jeudi 17 novembre 2016

King Dude : Sex


Évidemment que c’est mal fait avec de mauvaises intentions racoleuses, et que ça a la muflerie de convoquer tout ce qui va bien et de bien le mélanger-caca-d’oie, sans aucun scrupule ni la moindre considération de diététique : Eldritch, Nick Cave époque Let Love In, Iggy Pop et Lou Reed entrelacés, un  rhume pile entre celui de l’empaffé de The Sound et Andrew Weatherall, Timber Timbre, Raymond Watts, Bain Wolfkind, Mark Lanegan, les soundtracks de True Detective et Twin Peaks (mais seulement les passages blues graveleux)… Évidemment, qu’attendiez vous ? Évidemment que King Dude est un connard : c’est un métalleux ; et un ricain par surcroît.
Mais bon : dans le genre, ça sonne quand même bien plus mieux que 95% à vue de nez (qui s’allonge) de la production d’Ordo Rosarius Olibrius – et bien plus sexe, puisqu’ostensiblement c’est le propos dudit, justement, autant que celui de King Dude ; niveau érotisme autoritaire et inquiétant, on est bien plutôt dans les eaux huileuses de When did Wonderland End ?, si vous voulez tout savoir. Alors, qu’est-ce qu’on en a exactement à foutre ? Un "vrai goth", c’est quelqu'un qui a suffisamment pigé le truc pour en livrer une ode comme la présente. Chez certains, c’est un statut qui brûle comme un feu d’artifice, le temps d’une chanson. Chez d’autres, on n’en met pas une dedans du début à la fin des albums… Non, je bluffe : je ne sais pas ce que c’est qu’une fin d’album de Beastmilk. Mais, tant qu’on est dans ces clashes que semblerait-il je ne peux m’empêcher de créer par taquinerie, Sex parvient à maintenir à peu près sur toute sa durée la même ambiance envoûtante et torride que les Tétines Noires ne réussissaient à susciter que sur deux morceaux dans Sea, Sex and Burn – deux morceaux qui, certes, en faisaient tout le prix.
King Dude, c'est aussi un Gira qui au détour de la composition de morceaux pour World of Skin aurait basculé effroyablement du côté libidineux de son œuvre de gourou… Pas bien loin de Type O Negative, tout bien considéré, pendant qu’on est dans le suborneur goth armoire à glace autant que pressant. Sans compter, outre l’imposante liste que nous dressions en préambule, d’imaginaire plus ou moins volontairement convoqué par la musique de King Dude – tiens, on a oublié de glisser une version crépuscule/loups-garous/cache-poussière de Natural Born Killers, c’est idiot - les artistes saupoudrages de goulisme metal pur jus, juste ce qu’il faut, et les basses de face B de Cure circa 81 - jusqu'à Dolorian et HTRK inclus, pour vous dire un peu l'aqueux érotisme de la chose… Ah, pour ça, King Dude a bien tout lu, tout digéré, tout bien pigé – et, ce qui est bien plus important que tous les atermoiements de snob refoulé ci-dessus, le voilà aujourd'hui, inscrit certes dans une tradition voire un panthéon, mais se tenant debout pour lui-même au milieu de ses pairs plutôt que déposant à leur pieds une hypothétique offrande adoratrice, avec précisément cette efficace, artisane humilité que les métalleux peuvent y mettre lorsqu'ils... le peuvent ; et en somme parfaitement à la mesure du costume. Le Grand Méchant Loup.
Une phrase comme "Oh I wanna die in 69" aurait pu être le piteux et transparent résumé, d'un tel disque... vous avez deviné la fin de ma phrase ? S'il n'était pas scandaleusement réussi comme il l'est, bingo, avec un tel instinct, un tel flair permanent qui le guide dans les badlands venteux, qui lui permettent d'y échapper comme le coyote, et de mener sa propre captivante histoire (d'ailleurs, prenez à peu près n'importe lequel de ces morceaux, même les plus somptueux d'apparence pendant leur durée, pris isolément, ils semblent s'enfuir comme une traînée de poussière, alors que le film de bout en bout... remarquable ; comment appelle-t-on cela dites vous ? un album ? remarquable), au gré de son impérieuse voix qui dégueule des cendres. Le Grand Méchant Loup.
Jusqu'à se permettre pour finir, de laisser par surprise glisser à terre le costume, comme la plus fatale des effeuilleuses, comme on se présente devant l'autel dans sa native nudité frissonnante, offert et toutes défenses abandonnées... Nous laissant  d'abord amusés, ainsi qu'il semble nous y encourager ; puis pantois et conquis ; la pop, la cendre, le pathétique le plus ravageusement séduisant.


P.S : oui, vous avez le droit de penser à Daniel Darc

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