samedi 12 novembre 2016

Negative Plane : Stained Glass Revelations

Ces riffs à facettes, ce black metal à base de magnétite, qui semble vu à travers une conscience transformée en vitrail par l'inhalation de quelque encens des Hashishins, et qui évoque d'un instant à l'autre le noise/jazz new-yorkais particulièrement mental, du Big Black, du psyché orientalisant (Queen Elephantine ou... Occultation, hin hin), de la musique baroque, et la batcave la plus intoxiquée et grinçant la folie - sans que lui ait changé un instant, au contraire de votre esprit qui d'une seconde à l'autre et dans un ralenti irréel vole en éclats d'une joie douce comme le cri de la craie ou du doigt mouillé sur la vitre... Y a-t-il beaucoup de disques qui figurent aussi bien la démence, l'insanité, une chose de cauchemar tellement elle ne laisse aucune place au refuge d'un doute quant à sa réalité parfaitement éveillée - quelque part entre la musique d'Erich Zann et celle de Mayhem, l'infernale saleté et désordre d'une âme qui est comme un poussiéreux manoir abandonné aux rats, aux mites et à la méchanceté des choses enterrées sous leur propre poussière ?
Je ne vais certainement pas vous fournir la clé de lecture de cet album, non pas simplement parce que j'éprouve une relative fierté qui m'appartient jalousement, à m'y être introduit - mais que je ne l'ai pas en main, et que Stained Glass Revelations du reste ne se lit pas. De cet album qui s'il en est incarne le mot de "psychédélique" et celui d' "occulte", et en éclaire horriblement l'association de malfaiteurs - la dégustation, pourrons-nous tout juste indiquer, s'obtient non pas par l'extrême concentration sur son miroitement péniblement soutenable, mais par la disponibilité, le regard non-fixé dans le vide entre les choses, le vague, à attendre patiemment que la chose peu à peu se mette en confiance, sorte des replis où elle se tapit, et lentement s'approche de vous, reptant en apesanteur, vous reniflant avec des chuintements soyeux comme des paillettes de verre brisé.
Un disque à ranger sur la même étagère dans votre bureau que ceux de Mortuus, et à comme ces derniers réserver à une écoute tout les tant d'années, pour respecter sans le brutaliser par une trop grande familiarité son bouquet riche mais délicat et fragile, et le toujours savourer dans un moment où l'on est absolument sûr de n'être pas dérangé, en compagnie d'un spiritueux aussi rare et pénétrant que lui, à l'abri du monde et de l'ordinaire.

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