lundi 12 décembre 2016

Verdun : The Eternal Drift's Canticles

Petits veinards : vous avez droit à la « chronique du recul », dont n’a pas bénéficié le site spécialisé.
Alors, pour sûr davantage qu’alors, je vois ici ce que je voyais dans la démo de Verdun : du Neurosis et du Electric Wizard en masse – en masse parce qu’en toute candeur, ils ne se dissimulent pas, et du reste pourquoi auraient-ils à le faire ? mais ne sautons pas les étapes ; les riffs et les cadences me paraissent moins extra-terrestrement liquides qu’alors. Mais ce que j’entends, surtout, c’est ce que j’entendais déjà dans leur démo... poussé ici à un nouveau paroxysme – Verdun a toujours joué au paroxysme, il se trouve simplement que leur paroxysme se hausse avec les années – à savoir les très lourdes volutes malades de hardcore psychédélique.
Puisqu’on est dans le journalisme musical, vous vous rappellerez aussi comment j’ai dit depuis la première fois, quand je n’en connaissais aucun sinon de vue, que ces petits gars-là sentaient le putain de potentiel. Sans faire de révisionnisme aucun, heureusement qu’Electric Wizard donnait dans le full-on bubblegum-doom, la première fois que j’ai vu jouer Verdun juste avant eux, tant déjà à ce deuxième concert de leur existence ils étaient déjà imprenables en terreur pure… Ce n’est, donc, allé qu’en empirant ; pour ce qui est de mettre la branlée à une tripotée de groupes de doom, autant que de groupes de hardcore.
Puis après tout, ce n’est pas comme si ça tombait sous le sens, d’accoupler Neurosis avec Electric Wizard, et les registres du doom moderne sont remplis des affreuses choses commises par ceux qui l’ont cru ; le pont existe, certes : il s’appelle Verdun (comme, soit dit en passant, existe ce qu’on appelle « le post-hardcore » : il s’appelle Neurosis, et n’a pas de deuxième prénom). Seulement eux ont été capable de modeler sur la forge – frappes monumentales du batteur appuyées par les ahanements d’effort calibre Héphaïstos du chanteur, métal en fusion des riffs, il n’y a qu’à se servir – ce prométhéen et monstrueux alliage, et d’en faire la chose la plus compacte, dense et charbonneuse possible : ce n’est pas manquer de respect à Yob que de l’affirmer, Yob ne joue pas du hardcore.
Tant et si bien que les gros chunks restants de Neurosis et d'Electric Wizard ne font finalement plus que surnager, comme un vocabulaire fluidement disloqué par le torrent des émotions, éperdument dans l'épouvantable magma des propres fulgurances permanentes de Verdun... Pas à dire, rarement doom aura-t-il été aussi déchiré, écartelé, la souffrance du propos en unisson total ici avec la souffrance de l'exécution - et pourtant jamais ne cédant à la dislocation, toujours plus hurlant, toujours plus monumentalement douloureux et pourtant herculéen... Pas à dire, avec Prométhée, l'emo ç'avait quand même une autre gueule ; autrement plus bonhomme.
Non, assurément il n’est pas besoin de savoir ce que ce disque a coûté. Il suffit de l’écouter, le cœur ouvert – ou d’écarter ses bras, il l’ouvre à votre place.


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