lundi 9 janvier 2017

Light of the Morning Star : Nocta

Soyons rationnel, un instant avant que de, par le vent mordant des morceaux qui viennent, se faire déloquer de toute considération dépassionnée : sachant ce que l'on savait, à savoir Cemetery Glow, et voyant cette pochette frappée de ce titre, chargée de toujours autant de référence à Mayhem et toujours autant de sensibilité goth exquisément aristocratique et dédaigneuse... Y avait-il une surprise à attendre de Nocta ?
Non, certes. Mais, comme je pense l'avoir déjà dit un autre jour à propos d'un autre disque d'un autre groupe, ce n'est, très trivialement, pas parce qu'on n'est pas étonné de la qualité des morceaux et de leur effet sur soi, que pour autant l'on est pas divinement surpris et ravi par leur exacte - l'on n'ose dire réelle - couleur et la réalité - pour le coup - présente de leur effet sur soi. On pourrait autrement dire que Nocta existait déjà, on en avait l'intime conviction au cœur, et qu'il ne restait plus qu'à le rencontrer pour que les étoiles soient alignées.
Et pour se renverser en arrière dans un rire de ravissement. Non, la famille Addams ce n'est pas forcément Barry Sonnenfeld, voilà qui est clair aux premières notes du disques - puisque Light of the Morning Star y confond Fester et Dracula (à la rigueur, et puisque l'auteur du disque semble tout de même chérir cette version 1991 : vous gardez Angelica Huston, mais vous mettez Gary Oldman dans le costume de Fester) avec autant d'aisance qu'il le fait de Mortuus et Mayhem, soit deux formes de maladie aussi différentes que carabinées, qu'on n'aura du reste pas la balourdise de définir par des comparaisons qui en dissiperaient la trouble et inquiétante séduction : en jouant son rock lunaire, cadavéreux et puissant pourtant sans aucun doute ; comme il marie avec la plus maussade majesté clavecins fantomatiques et lignes de basse qui tour à tour grattent les os ou se meuvent parmi des ombres sans causes tangibles... En vérité non seulement les fameux clavecins, mais encore toutes sortes de semblables sortes de détails du plus furieux et glacé gothique se sont cette fois délicieusement affirmés (bien entendu dans une discrétion du meilleur goût, se fondant avec une exquise réserve dans le gris glacé et mordant des guitares), ainsi qu'on ne pouvait que l'espérer enfiévré, depuis un Cemetery Glow dont on s'éloigne un peu ici de la sinistre chape, du déluge cruel, pour... un déluge plus sensuel ; le vampirisme, Mortuus, je l'ai dit, déjà, oui ? je m'y perds, quelquefois, quand il faut ré-expliquer des évidences telles que le gothique - pour une enfilade de morceaux noueux qui paraissent - pour le meilleur - durer bien plus longtemps que leurs formats pragmatiques et droit au but, et offrir bien plus que ceux-ci ne pourraient le laisser soupçonner de pérégrinations dans leurs méandres brumeux, glapissants, frissonnants, et traversées comme un vent polaire par ce sentiment religieux à nul autre pareil (... je me comprends) ; le mérite en revenant également, discret, à une batterie, mais également à la voix, pourtant toujours pudiquement drapée dans son manteau d'épouvante - bien plus versatiles, émancipées et capricantes qu'il n'y paraît à ce premier coup d’œil qu'elles ne cherchent pas à démentir... Mais bientôt peu à peu les morceaux se développent, s'étirent comme des toiles d'araignée ou des ailes de chauve-souris, et révèlent leur ampleur épique, mate et pourtant profonde, sous leurs dehors immédiatement familiers voire intimes, leurs espaces et leurs courants d'air, leurs couleurs aussi à mesure que l’œil s'accoutume aux ténèbres... Le violet de Cemetery Glow, que l'on retrouve intact sur "Lord of the Graves" ? Le gris sensuel et mortuuesque du bien-nommé "Grey Carriages" ? Le tournis couleur de lune acide, de "Ophidian"  (oui, les titres des morceaux sont comme cela, et leurs paroles de même : simples avec mordant et élégance : on dit "classique") ?
Irons-nous pour autant jusqu'à parler d'air ? de pop ? de lumière ? Clairement, le matin est encore loin, si non hors de portée. Disons que justement Nocta sait jouer du tragique plutôt que du fatidique et de l'implacable, ce qui est encore plus cruel et offre davantage de plaisir ; le jeu plutôt que la domination ; pour ça, au rayon du tragique, et à celui de son jeu pour y être à loisir la plaie et le couteau, le doute n'est pas permis : Light of the Morning Star est citoyen goth de première catégorie, tout comme il l'est au titre de la nervosité qui sous-tend la langoureuse valse avec les eaux profondes, de sa silhouette efflanquée, quoique généreusement découplée. Non certes, en dépit des couleurs que vous croirez apercevoir dans l'égarement que constitue cette étourdissante suite de morceaux, l'humeur est à la nuit d'hiver glacée ; et le fil rouge, c'est le cas de le dire, un bouquet de tragédie ferreux et pourtant - ou plutôt partant - irrésistible comme un bourgogne. Autant dire qu'on en boit d'une soif inextinguible, et comme qui rigole.
Mais après tout, peut-on vraiment affirmer que les choses se finissent mal, lorsqu'elles se finissent en un pareil "Five Point Star" ?


Aucun commentaire: