mardi 24 janvier 2017

Uniform : Wake in Fright

Ce coup, c'est cuisamment impossible à ignorer : Pop.1280 prennent la correction qui leur pendait au nez. Je vous arrête de suite : ce n'est pas moi qui veux à toute force faire s'affronter les groupes : ce n'est pas moi qui ai fait publier les deux groupes sur le même label, que je sache, avec la similitude de son et de façon de chanter qu'ils entretiennent ? Alors, bien sûr, Pop.1280 cherchent plutôt à s'affilier du côté Suicide ou Birthday Party de la Force - ce qui peut facilement s'avérer un handicap avec moi, quoique The Birthday Party soit pour moi un peu comme Breach ou Black Sabbath : un groupe dont les héritiers reconnaissants valent incommensurablement mieux que lui-même - alors que Uniform tape dans... tout ce que l'on va voir dans quelques instants - mais on parle bien tout de même, le minimum d'objectivité commande de l'admettre, dans la même chose à savoir un genre d'EBM-batcave bâtard, qui se définit avant tout par une virulence obscène de tous les instants.
Uniform, donc, confirme ici ce qu'on a commencé surtout à voir éclore avec Ghosthouse : qu'ils sont les héritiers d'un esprit qui court de Pailhead au NIN de l'époque "Wish"... court-circuité par une sorte de version idéalisée - en ce qui me concerne - du Ministry de la fin des années 80, qui pour être moins ostensiblement déshumanisée par les machines n'en serait pas moins invraisemblablement sauvage, au contraire. Uniform s'adonne pleinement à la dimension dancefloor cyberpunk de cette musique mécaniquement hachée ; toutes sortes de riffs hard - là encore, ainsi qu'annoncé benoîtement par le carnage qu'était la reprise de Black Sabbath sur Ghosthouse : on est loin de FLA et ses samples de Metallica, je vous préviens aimablement - prennent donc ici, horriblement découennés et déchromés, les traits grimaçants et les couleurs cauchemardesques du trip surrégime d'amphétamines de sagouin, qu'est la musique d'Uniform, qui fait toujours moins de différence, entre swamp-goth-boogie de horde vandale, et power-electronics : dans le manque et la dèche on ne fait que peu de différences, de manière générale, ou de chichis et autres coquetteries ou tours à éplucher les poires avec la fourchette et le couteau. Uniform met bien l'accent sur le punk dans cyberpunk, et sur les poux radioactifs teigneux qui vont avec. Wake in Fright combine ce que l'aggrotech américaine ou canadienne des belles années peut avoir eu de mieux, ce qu'il y a de plus hargneux chez Babyland, Stereotaxic Device et Spahn Ranch, avec un concentré toxique de "Stigmata" et "March of the Pigs", et la fureur dégénérée du noise-rock... et en fait quelque chose d'encore moins sympa que tout cela réuni. Une musique de rats gros comme des castors qui courent partout avec des yeux jaunes à leur sortir du crâne, et mangent toute chose trop lente pour se mettre à l'abri dans un concert de crissements insupportables ; une tarentelle avec un marteau-piqueur, où l'on croit apercevoir sous la douche furieuse de copeaux de toutes sorte, les Swans de 84 qui déboulent, à poil façon premier Terminator, dans le futur acide d'un décor de disque de Brighter Death Now à ciel ouvert, où les larsens vous donnent la grippe aviaire...
Enfin, bref : on a rarement entendu aussi décapé et décapant. La frontière entre EBM et punk y disparaît sans même qu'on y pense ; le The Mind is a Terrible Thing to Taste du troisième millénaire est le croisement, évidemment grêlé de petite vérole, entre Slayer et Corrections House. Une partie de moi me glisse qu'on appelle cela "industriel" ; je la félicite. Et je me félicite qu'il en existe encore. Le premier qui prononce le nom de Youth Code, en revanche, sera rossé sans merci.

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