mercredi 22 février 2017

Crucifix : Dehumanization

Université de Bordeaux One - Département de Psychologie Clinique
Séminaire "Contresens et Susceptibilité – Learn it the Hard Way !"
Cinquième conférence : "Crucifix, le Désir d’Extermination à l’État Pur"

- …"Crucifix, c’est une machine de guerre", pourrait-on tout d’abord penser. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre, chacune plus puissante que la coalition de toutes les autres. Un implacable essaim de haine semant mort et destruction partout sur son passage. "Une machine de machines de guerre infernale, lancée à 100 km/h", pourrait-on alors précipitamment conclure. Mais, en fait, non : Crucifix est une machine de machines de guerre infernale lancée à pas moins de 140 km/h, faisant fi des radars et se riant des contraventions. C’est l’arme absolue, la suprématie totale pour qui la possède. Des hameaux rayés du cadastre en un souffle ! Des mégatonnes de bombes déversées en un claquement de doigt ! Des territoires ennemis rasés jusqu’aux couches géologiques les plus profondes le temps d'allumer une cigarette ! "L’herbe ne repousse pas sur les roches métamorphiques", disait Nietzsche et il avait bien raison (…) Dehumanization, c’est aussi la chaleur des frères d’armes auprès du feu de camp. Le soir venu, après une journée bien remplie, on échange des plaisanteries grivoises en trinquant dans des crânes d’enfants. La conscience du travail bien fait, les cartouchières se relâchent. Les corps, jusqu’alors opprimés dans des treillis trop étroits, se détendent. Les chaussettes respirent. "Dehumanization, c’est le repos du guerrier", pourrait-on penser. Mais, en fait, non et c’est précisément là où je veux en venir : Dehumanization, c’est le repos du guerrier entre guerriers. Lorsque la camaraderie virile change de nature. Lorsque la soumission au chef devient sexuelle. Lorsque les étreintes entre garçons se…
- Monsieur, Monsieur, Professeur Cousteaux
- Qu’y a t-il, mon jeune ami ?
- Monsieur, il semble que vous fassiez fausse route, qu’au contrai…
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- …
- Que voyez-vous, là, posé sur mon bureau ?
- Un, un pistolet, pourrait-on penser.
- Quel modèle ? Quel calibre ?
- Je, je ne sais pas.
BLAM, BLAM, BLAM.
- D’autres petits malins, non ? Tant mieux ! Alors c’est tout pour aujourd’hui. N’oubliez pas que la semaine prochaine notre dernier rendez-vous, "De Vikernes et du Contrat Social", est avancé à 14h. Merci de votre attention.

lundi 20 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness (Addendum)

Bon sang de bon soir ! Je n'en mettrai pas ma main à couper, parce que je n'ai encore qu'une confiance toute relative envers de tels ressortissants de Polaquie - mais tout de même, "Le Délire de Négation", maintenant que je la regarde à nouveau... Si ce n'est pas un hommage à Tom Waits dans son interprétation du rôle de R.M. Renfield...
Pour ce qui concerne Dali, n'étant pas familier de l'accent polonais, il m'est tout aussi hasardeux de statuer autrement qu'avec la plus véhémente subjectivité.

... Allez, pendant que je vous tiens, je ne résiste pas à la tentation de vous en remettre une pour la route, sur les vertiges sans fin de correspondances divines, qu'ouvre ce petit disque : face à leur manière d'interpréter "Stigmata Martyr", on se prend à penser, aussi, que d'une certaine façon Bauhaus avait déjà inventé Ministry, on se dit qu'en tous les cas l'autre crevard cubain avait de vraies racines goth entortillées autour de son petit cœur, qu'entre "Stigmata Martyr" à "Stigmata" il n'y a qu'un mot, qu'entre leurs riffs guère davantage de différence... Et de se rappeler tout à coup que Revolting Cocks en avait déjà révélé faire partie, de ce petit nombre de groupes (avec les Chicks on Speed aidées de Dave Clarke) à avoir su reprendre de très magistrale façon du Bauhaus. J'aime beaucoup, quand tout concorde, se recoupe et fait sens ainsi, et que le temps se renvoie la balle ; depuis bien avant certain mauvais film de science-fiction récent et à l'eau-de-rose.

dimanche 19 février 2017

Black Wine Order : vvvvv

Ça va finir en rafales incohérentes de noms - comme d'habitude ? Mais cette fois, ce sera vraiment, ou du moins encore pire que d'habitude, pour attester à quel point Black Wine Order ne se situe nulle part. Alors, autant y aller direct, pas vrai ?
vvvvv évoquera autant, tour à tour et chaque fois pour ne surtout pas suffire, voire pire - Sisters of Mercy que Atomic Cries, Bain Wolfkind qu'un truc de dark-wave médiévorientalisant pour lequel aucun nom pertinent ne me vient (non, certainement pas Dead Can Dance), un genre d'Omala tout malingre peut-être, de Moon Lay rachitique jusqu'au diaphane ; Danzig réincarné en guise de pénitence en Barry Adamson ; Horse Latitudes et Avgrunden ; Heart in Mouth, un Finitribe de bled roumain paumé ; Angelo Badalamenti retiré à Tchernobyl... En étant moins littéral, alors, pour encore un peu plus prendre la chose par cet aspect onirique dégueulasse, désespérant et pourtant doux à l'extrême, qu'elle a ? Sink, Messagero Killer Boys, Échancrure, 202Project... Ce n'est toujours pas ça, désespérément pas.
Tous ceux-là, mais à la manière de fantômes flasques comme des serpillères, des écharpes de brume au-delà du livide, au stade de vestige, comme une trace sur une vitre, comme des âmes en peine errant et traînant leurs patins dans de blanches et déprimantes limbes, limbes, justement, que sont la musique de Black Wine Order, elle qui parvient à être noire et blanche en même temps, gouffre et poussière, malveillante comme une incantation primitive et confortable comme un martini dry, aqueuse et aride dans sa consistance incertaine - le ton est bien en vérité à l'incertitude, comme celle de savoir si oui ou non le thème initial de "Lvmen" est un hommage aux Sisters of Mercy ; vvvvv, c'est  le truc en minuscules qui n'est pas vraiment là, mais dont la gêne elle est bien présente, juste assez pesante sur le moral pour incommode, matière vide d'une manière de western existentiel dans les décors déserts d'un Nosferatu d'Herzog en proie au doute rampant et à la neurasthénie, trop barbouillé d'il ne sait trop quoi pour avoir les crocs, même si ceux-ci protubèrent toujours aussi ignoblement que son haleine fétide flotte à plusieurs mètres autour, douceâtre, écœurante, hypotique.
Une chose qui, ainsi qu'on le voit, échappe aux phrases, qu'elle disloque, dissout, effiloche, sans que ce l'empêche de suivre son chemin, par capillarité presque, par lente infiltration, à son rythme de soyeuse procession dont sourd, affleure par endroits un caverneux marmottement, nulle part musicalement autant que temporellement.... Une infection.

samedi 18 février 2017

Medico Peste : א : Tremendum et Fascinatio

Comme ils disent, là-bas aux 'Stazuni : "a whole different beast". En tous les cas certainement pas un album qu'il y aurait du charme à découvrir après une rencontre-révélation via une oeuvre ultérieure - en l'occurrence Herzogian Darkness - supposée plus aboutie, et dont on remarquerait attendri les prémices dans ce qui l'a précédé.
Prémices il n'y a pas, ici : plutôt convient-il de dire que tout est déjà là, mais dans autre chose, donc. On trouve déjà ces soubassements de groove nineties mécanicanaille (l'entame de "Livid"... sacré bon sang !), et cette sensibilité goth renversante, qui expliqueront ensuite si l'on veut la réussite, toute en élégance naturelle voire native, d'un coming-out aussi grandiose que "Stigmata Martyr" ; mais ce premier album, qui peut pour cela précisément paraître au premier contact épuisant et un peu moins personnel, est un album de black metal bien plus pur que Herzogian Darkness - enfin, pourvu que vous considériez que l'orthodox est du côté de la pureté : d'évidence on s'inscrit ici dans une obédience à la jonction du meilleur d'Ondskapt - les deux premiers disques, jusqu'à nouvel ordre - et du meilleur des caveaux dandy de Paname - un peu d'Aosoth, beaucoup de Merrimack et Decline of the I, et pour un peu à entendre la majestueuse rampance de certaines séquences, que je vous déflore donc ici, j'en courrais dépoussiérer ce joyau de Verbia Daemonicus, resté tragiquement unique ; c'est là la composante majeure, le terreau sur lequel pousse et prospère florissante la musique de Medico Peste, avec tous ses fruits pourris ; soient-ils ceux évoqués plus haut, donc, et les stridences d'ambiance industrielle, qu'ils savent faire irradier déjà des accords beumeu, aussi, mais encore les couleurs de cabaret dégénéré, et puis de sourds martèlements de tambour qu'on ne leur connaissait pas et qui s'avèrent merveilleusement compatibles voire complémentaires avec un appétit féroce de blastbeat à la frénésie digne de Mayhem, et puis encore aussi une façon de ramper surnaturelle, dont le mérite revient autant aux guitaristes qu'à ce batteur traîtreux et versatile comme un félin, dont les bouillons, associés à ces accents industriels dont je ne laisse pas de vous rebattre les oreilles et sur lesquels il brode avec appétit, rappellent avec des frissons de plaisir que Medico Peste sont compatriotes de Kriegsmaschine, autant qu'ils sont frères spirituels d'Ondskapt - "The Great Illumination", et son finale de buveur de sang... Versatile, virevoltant avec grâce dans la fange, éblouissant dans ses couleurs vineuses, étincelant de pourriture, א : Tremendum et Fascinatio est un festival et une orgie d'une bestialité raffinée que l'on associait plutôt aux Carpathes qu'à la Pologne.
A whole different beast... ou pas. A la manière des démons, la musique de Medico Peste est tributaire de la forme sous laquelle elle est invoquée par l'officiant, mais demeure la même viscéralement : ici sous, en résumé, une apparence nettement plus black metal et appliquée, le groupe reste celui qui fait de l'orthodox atypique ; puis, bon, ce n'est pas comme si c'était tout à fait rien, que de rejoindre le très sélectif club des rampants, où pour ma part je ne range guère qu' Obscurus Advocam, Creeping bien entendu, et Mortuus.
Et pour l'essentiel, l'effet de א : Tremendum et Fascinatio est peu ou prou le même que celui d' Herzogian Darkness : à sa sortie, on se sent fiévreux et sali.

vendredi 17 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness

De l'art de composer son menu... Je n'y suis généralement pas (consciemment) sensible ; est-ce parce qu'ici le format ramassé permet de le constater plus aisément, c'est probable ; néanmoins je reste persuadé - avec émerveillement - que le talent singulier que montre Medico Peste dans l'exercice n'y est pas tout à fait innocent.
Et la discipline inclut celle d'accommoder ce qui, cru et devant les yeux sans imagination du profane, n'est pas fait pour aller ensemble. Un mat et sautillant poc-poc de batterie, qui vient rapidement chiper la vedette au blast-beat et qui - là, si vous en voulez de l'involontaire, pour ce coup et ce coup seul cela peut-il probablement se discuter - d'emblée évoquera Therapy?, au moins à l'auteur de ces lignes, ce qui le met toujours dans les meilleures dispositions ; des guitares maladives qui bien vite, du Deathspell Omega qu'on y verra par réflexe - et qui du reste a sûrement été écouté chez Medico Peste, peu importe de savoir avec quel exact degré de religiosité, mais qui s'il est permis de le dire, nous évoquera plutôt la version moins doctorale et plus... malade, tiens, viciée et vicieuse (parisienne en un mot) qu'en peut donner, de ces fameuses harmoniques, un groupe tel que Nyseius sur son dernier album - se voient bientôt dévoyées par Medico Peste en quelque chose qui possède la stridence et la répétitivité d'une sensibilité bien plus industrielle, continuant par le fait d'évoquer Therapy? - sérieusement, certains de ces riffs pourraient avoir été exfiltrés de Born in a Crash -  et Godflesh ; des lignes de basse reptiliennes, prédatrices, claudicantes tour à tour ; et puis des choses plus discrètes, telle cette batterie batcave, digne des Virgin Prunes, qui entame puis entrelarde "Hallucinating Warmth and Bliss", sans oublier cette voix de dégueuleur de cendres chaudes, qui paraît parfaitement dans les clous du style pratiqué, et réussirait presque à occulter un talent aussi singulier qu'il est discret.
En somme rien pour nous empêcher de redonder encore avec le mot malade, qui ne sera toujours pas employé pour la dernière fois, à propos d'un disque dont dès la pochette - ses airs de Septic Flesh, Sopor Aeternus, Marylin Manson voire Rammstein - on est préparé à entendre ensuite des cousinages avec des choses aussi saines que Shining, Lifelover, Karv Du, Urfaust, Circle of Ouroborus... dans ses accents de cabaret décadent occasionnels comme dans ses plus continuels échos d'alcôve capitonnée, bref toute la grande famille du "ça pourrait aller mieux" dégueulassement auto-complaisant, du décadent, du syphilitique et de l'auto-mutilateur, famille dont du reste on a la sensation délicieuse, lorsqu'on rencontre la mélodie de cette triste valse alcoolique qu'est "Le Délire de Négation", d'avoir enfin ressorti des étagères l'un de ses disques préférés parmi les œuvres - vous trouvez ces phrases longues, juste un peu ? Elles le sont, autant que Herzogian Darkness peut pour sa part se montrer direct, compact, concis, au point de prime abord de paraître une chose simpliste, alors qu'il est juste simple et concentré sur son propos, lequel de ce fait et sous ces airs modestes produit d'autant plus efficacement son effet de sape et d'obsession, frappant toujours aigu au même endroit, au contraire de ces références disparates (ajoutez Hell Militia, Aosoth et Unearthly Trance où vous pouvez, pour essayer définir un peu ce qui cloche chez Medico Peste... moi je baisse les bras) qui peinent à situer exactement en quel endroit du bide on se fait perforer... Medico Peste, en toute simplicité, rend l'orthodox inorthodoxe.
Et c'est sur ces entrefaites que déboule, en conclusion et comme une bouffée d'air enfin, à la manière de celle qu'on trouvait en pénultième position sur Skandinavisk Misantropi - du moins le croit-on lorsqu'en résonnent les premières frappes de batterie, après cette daliesque crise de chaude-pisse qu'est "Le Délire de Négation" - ... "Stigmata Martyr". "Stigmata Martyr" que je n'avais entendue depuis des années, et dont je n'avais jamais entendu dans le riff le potentiel canaille (erreur toujours fatale autant que grossière, me direz-vous, de sous-estimer le potentiel "cran-d'arrêt" d'un morceau de bon gothic rock : vous savez, ce punk-rock auquel sans qu'on sache pourquoi il faudrait ajouter le préfixe post ?) au point d'en inspirer le qualificatif "urbain" et "proto-nineties", jusqu'à susciter des réminiscences du morceau d'Helmet avec House of Pain, plus proche (dites vous que c'était ça, ou bien je vous citais RATM et -(16)- ) exemple de ce type de rock industriel de première bourre, à la fois mécanique et félin ; on n'avait pas entendu aussi carnassier et vicelard depuis Pig Destroyer qui reprenait... Helmet, vous n'y échapperez pas.
Allons : renonçons aux trois autres paragraphes qu'on pourrait avoir envie de partager, au sujet de ses joies et ses acidités gastriques, dans son quotidien avec Herzogian Darkness, et les hallucinations auditives que son noir brillant provoque ; abdiquons enfin toute prétention critique, j'ai de nouveau 15 ans : putain, ça c'est du rock, les gars. Vous savez, la même musique, ramassée, féline, fluidement, ouvertement meurtrière, que joue Cowards sur Still (comparaison incongrue ? de une, même choix de donner à son écriture une nouvelle limpidité, quasiment américaine, après un album en forme de roncier, cet art de ce qui est évident et long en bouche à la fois, et qu'on appelle autrement "classique instantané" ; de deux, même façon de finir un disque sur une reprise tout à la fois jubilation et enfonçage de clou dans la plaie ; de trois, même capacité à me rendre volubile jusqu'au point du jour, à propos d'un disque de pas trente minutes ; d'autres questions ?), ou Funeral Mist sur Maranatha ?

Clandestine Blaze : Harmony of Struggle

M'étant déjà suffisamment épanché dessus, comme on se soulage, sur des agoras numériques, je ne vous raconterai pas trop en détail mon rapport compliqué avec Clandestine Blaze, le défaut de la cuirasse de Mikko Aspa à mes oreilles.
Mais cette fois, je le tiens, c'est le bon, puisque malgré l'insuccès des autres albums à m'affoler j'y ai toujours flairé la trace de quelque chose, et me suis acharné sur ses disques : Harmony of Struggle est mon album de Clandestine Blaze.

Entre "Myth Turned Alive" et son ambiance doom boréal où se mêlent merde, neige et sang - et son piano odieux ! -, celle plus space opera, grandiloquente à tout le moins, de "Messiah for the Dying World", le menaçant "Face of Granite", comme un prologue prometteur des pires horreurs, à "Wings of the Archangel", l'invraisemblable rafale de double pédale finale (en bien des sens) du dernier nommé - cet hallali…  à ce stade c'est presque un hommage à la double originelle, celle d' "Overkill"… simplement à la finlandaise -, les chuchotements de cadavre dans son scaphandrier, nombreux, et les lancinants et mélancoliques interludes Memento Mori, qui viennent matérialiser çà et là une ambiance quelque part entre Raison d'Être et In Slaughter Natives qu'on sent subliminalement courir sous tout le disque ; et la façon permanente dont tout cela alterne et ensemble valse et s'entretisse : cette fois c'est bien sûr, c'est bien mon Mikko, et il a mobilisé ici tout le talent qui est en lui pour les ambiances de fin du monde - à sa sauce, c'est-à-dire aussi sale que grandiosement tragique. Une sorte d'horrible et bouleversante collision entre Stabat Mater et Darkthrone (que Clandestine Blaze aime au point de ne faire différence aucune, entre Transilvanian Hunger et Sardonic Wrath, béni soit-il), chantée par sa voix la plus horriblement congelée de prédicateur charognard dans sa cathédrale tombant en ruines au milieu du dernier bombardement.

mercredi 15 février 2017

Oureboros : Mysterium Tremendum

Où donc était passé le talent insolent pour propager la transe des noyaux planétaires, qui s'était penché sur le berceau de Fragmentation et Vita Mediativa, Dieu sait si je les ai usés ? En hibernation, qu'il était, le fourbe, laissant Oprhx se démerder seuls pour le reste de leur carrière (dernier en date, à peu près du même âge que cet Oureboros, compris)... A attendre ce jour présent pour, avec la fraîcheur d'un gardon, venir retrouver Orphx sous une nouvelle identité, et faire la nique à ce que d'autres vieux de la vieille on pu faire dernièrement, me laissant pour ma part chaque fois sur ma faim avec l'envie de les mettre de force à la retraite : In Slaughter Natives, Sielwolf, et dans une moindre mesure Raison d'Être ; on imagine la mort dans l'âme.
L'osmose de la plus raffinée des technologies ambient avec le pouls tellurique des tambours primitifs, pour un mieux-disant basses-profondes et sourdes cadences rocailleuses ; c'est à dire, évidemment, beaucoup mieux que tout ce qu'a pu pondre Brian Lustmord depuis des années, ou Riton Nordvargr pour ne pas toujours taper sur les mêmes : pour vous figurer la chose, imaginer de soyeuses réminiscences des deux illustres ancêtres précités, panachées d'un trait de Mz.412 où se mêlerait Infernal Affairs à In Nomine... sans oublier des effluves des trois illustres déchus, qui n'ont pas été cités par hasard,  puisqu'on en peut trouver ici ce qu'on était en droit d'attendre sur leurs propres productions ; on pourrait même (des fois que vous m'auriez pas vu venir) voir dans Mysterium Tremendum une manière de synthèse des trois... à laquelle se viendraient mêler d'autres choses, toutefois, puisque le laïus de l'éditeur n'a pas tout à fait tort de parler de racines metal (dont personnellement j'ignorais jusqu'à l'existence) s'exprimant ici, et s'entrelaçant à merveille au matériau ambient chamanique : on songera également, çà ou là, aux excroissances modernes où ensemble boursouflent drone, post-hardcore et shoegaze dans une monumentale chorale de larmoiements astraux - pensez The Angelic Process, en forcément moins ouin-ouin-Nadja ; on enterrera aussi, sans même s'en rendre compte, de larges pans de la discographie de Wolvserpent ; et jamais on ne se départira d'un équilibre tel, gracieux comme le dialogue de deux méduses, entre techno et industriel, qu'il ne semble ensuite que pure logique que l'on pense sans prévenir à Elektroplasma, rien que ça - devant ces mouvantes nappes d'un noir d'encre profond et frissonnant. Sans compter, pour le même prix, une conclusion sur un petit morceau digne de Sol Invictus ou Orchestre Noir, tranquillement, histoire de faire remarquer que oui, on pouvait encore glacer un peu plus le fond de l'air.
Vous ne cherchez pas : vous achetez tous ceux qui vus manquent sur les trois.

Inferno : Gnosis Kardias (Of Transcension and Involution)

Le Dracula de Coppola, mais traversé comme on le ferait d'une fête foraine trouvée par erreur au fond de la nuit tchèque - toute peuplée d'yeux soulignés d'un khôl lourd de menaçantes suggestions - avec barbouillé sur la face un doux et enfantin sourire d'ecstasy, et ressenti à travers l'épais matelas d'une bande-son constituée de multiples couches de The Top, de Dolorian, de Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions et d'Urfaust, alternées encore et encore de plus en plus fines, jusqu'à obtenir un flou scintillant de vieil or, source de narcotiques vertiges, dont la liquide ivresse ne connaît guère d'autres équivalents, que celle qui emporte dans ses euphoriques bouillons la colère du divin Mardraum... Et les vrilles graciles, délicates comme la rosée sur une toile d'araignée, aucun, malgré l'envie, qui brûle, d'affilier le disque au seul autre avec lequel vraiment il ait des affinités de silhouette (à part Omniabsence filled by His Greatness, bien entendu) à savoir Erotomysticism. Quasiment, le Dracula de Coppola tout nacré de sa joyeuse collision et interpolation avec le Münchhausen de Gilliam.
Où d'autres s'échinent en vain à prendre leurs airs les plus mal intentionnés de grenouilles de bénitier inversé, Inferno se contentent d'avec largesse déverser leur son, occulte au sens le plus physique du terme, lui qui vous immerge dans l'épaisseur et la profondeur d'une dimension insoupçonnée la minute d'avant avoir lancé le disque, qui vous catapulte au milieu d'une soyeuse pluie en suspension de particules au goût de fer douceâtre sur la langue, bruissante des élytres nombreuses d'une parpadelle d'angelots aussi ocres que bossus... Vous valsez, les yeux mi-clos de plaisir.
Avant de peu à peu vous apercevoir que le grésillement s'est ralenti, qu'il vous engourdit tous les membres, qu'il y a peut-être là un peu plus stupéfiant qu'un simple comprimé d'ecstasy, que vous êtes embourbé dans ladite strate de la réalité et ne disposez plus de l'option d'en sortir, pas plus que d'échapper au plus puissant narcotique; que, pour débonnaires, bienveillantes que puissent paraître les fulminations de la cascade de cendres qu'est cette voix, elle ne vous en a pas moins - au contraire - enseveli dans un cul-de-basse-fosse de la réalité dont vous n'êtes pas prêt de vous extirper, ni de cesser d'y onduler sans répit.
Après, il faut reconnaître : pour une oubliette, la décoration y est somptueuse. L'inquiétant épilogue qu'on peut entendre, cependant, après le grandiose et bacchique finale, laisse présager d'ultérieures aventures possiblement moins réjouissantes. Seront-elles documentées dans le prochain album, on ne peut que l'espérer.

mardi 14 février 2017

Power Trip : Nightmare Logic

Bien sûr, que moi aussi j'aime Kill'em All, et même un peu Ride the Lightning même si je l'ai revendu.
Mais de Power Trip j'attendais un peu autre chose qu'un album de Metallica.
Du coup, si je veux du thrash ultra-belliciste, j'imagine qu'il ne me restera qu'à ressortir enfin mes Warbringer, comme cela me pend au nez depuis déjà longtemps, et si je veux du sur-congestionné, à réécouter Violator voire enfin acheter Chemical Assault. J'ai lu quelque part (pudeur) une formule du style "si les Cro-Mags avaient pu se blairer pendant l'enregistrement d'Alpha Omega, voilà ce que c'eût pu donner", voyons, hum, mais, très chère, pour quelle raison voudriez-vous donc que des primates qui jouent telle musique pour pugilat dussent éprouver la moindre bienveillance réciproque en la jouant, dites moi ?
Du coup, l'analyse est sans doute très juste, et dit fort bien ce qui de mon point de vue cloche profondément chez Nightmare Logic : on a la nette sensation que ces mecs-là s'entendent super bien ; on les imagine même facilement, ainsi encouragé par des formules si obligeantes, se décocher sourires et amoureux clins d'yeux à la façon des twins-guitaristes d'Iron Maiden pendant le morceau de bravoure, sur la scène principale d'un festival - contexte où à ce qu'on me dit Power Trip font merveille.
Mais continuez donc à les sucer, avec un peu de chance ils vont fondre. Du thrash fondant, c'est tout ce qu'il nous manquait.

dimanche 12 février 2017

Atropine : Assailant

Il en restait un peu, je vous le mets quand même - non, pas de point d’interrogation. C'est à dire que je me l'injecte au minimum deux fois par jour depuis bientôt une semaine, y a pas de raison que vous
n'en profitiez pas.
Or donc, Atropine, indiscutablement, s'affilie autant à l'école ultra-gluante - et ultra-sélective - des Mortal Constraint - qu'à celle, plutôt canadienne une nouvelle fois, des trucs electro-indus intelligents tels que Scar Tissue, Index ou Mentallo and the Fixer… parfois trop intelligents, justement, ou plutôt trop purement spéculatifs, erreur que ne commet jamais Atropine, ce prédateur alpha, insomniaque, du bocal de bouillon de culture ; en techno, il aurait encore fallu avoir l'insistance de noter les allures limites psytrance que prend par endroits Assailant, ou les échos de Zen Paradox, auxquels il marie son Skinny Puppy (que, du reste, on a un peu trop eu hâte de circonscrire à Mind : The Perpetual Intercourse, puisque celui d'Atropine opère un peu la jonction entre ce dernier et Too Dark Park, ou les moments les moins, hm, cubains de Rabies)…
Et à la fin de s'apercevoir que ce qu’il aurait surtout fallu citer, au rayon référence illustre balaise, c'est… tout simplement Download, quand ils étaient encore affreusement bons, tranchants, infectieux - c'est à dire jusqu'au III en ce qui concerne la qualité pure, mais vous avez normalement dû déjà déduire que la lumière zen de ce dernier n'est pas des masses le propos d'Atropine... Pour ce qui est de grouiller de détails griffus et corrosifs autant que pouvaient l'être aussi bien Furnace que The Eyes of Stanley Pain chacun dans leur genre, en revanche, Atropine est une vraie cochonnerie insidieuse.

Y reste plus que Dive à caser, vous le foutez où vous voulez : il y sera.

vendredi 3 février 2017

Atropine : Assailant

Bon, niveau réjouissance du tastevin, déjà, on est bien garnis : on a, ainsi que l'a signalé un autre connoisseur, du FLA époque de référence - pour bibi, Gashed Senses - du Skinny Puppy des mêmes parages, Remission, Bites et Mind - quelques flamboyances qui arrivent à sans équivoque s'inscrire dans la descendance glorieuse de "Assimilate", sans démordre en valeur intrinsèque ; on a du Cri du Chat, avec des moments qui n'auraient pas à baisser le nez sur un disque de Trial, Simbolo ou Morgue ; on a de ce que Celtic Circle peut avoir eu de pas trop douzième zone, bien au contraire, à savoir du Putrefy Factor 7 ; on a l'acrimonie effarante d'Insurgent...
Mais surtout, surtout, Atropine ont tout compris, rythmiquement, et tiennent bien fermement cet art typiquement dark-electro, de vous démanger de furieuses fourmis cybernétiques les genoux, les coudes et les épaules, de vous infecter d'une bilieuse pulsion de vous désarticuler comme un pantin cyborg déréglé - ou pour les plus bio, de danser le Stefan Ackermann - et bon à envoyer à la casse pour agressivité contre-productive - sans un seul instant donner véritablement dans la trance, la techno ou même, ce qui eût été accueilli avec bien plus d'indulgence, house. Atropine vous suscitera pour sûr des envies de dancefloors, mais seulement peuplés de créatures dans le goût de celle de sa pochette, pour le dire autrement. D'instiller la fièvre, les spasmes, l'inconfort musculaire, l'intranquillité - mais jamais l'envie de marteler du poing en l'air ou de pulser de quoi que ce soit.
Et pourquoi y penser, aussi ? Eh, parce qu'il ne s'agirait surtout pas de s'aller imaginer qu'Atropine n'utilise que des sonorités ringardes, farouchement nostalgiques et restées bloquées dans la préhistoire d'un genre, où la techno de toutes les façons n'existait pas, au moins à la connaissance des bodymen valeureux. Non, vous n'aurez pas la sensation d'écouter un disque Celtic Circle ; seulement quelque chose qui en a retenu tout ce qu'il y avait à en retenir, niveau gargouillisme et suintements de vice.
Une impossible acid-techno, discrètement aussi exigeante que du Cristian Vogel, mais à la patience et capacité d'inertie d'insecte, et toute collante de sécrétions aux usages obscurs. Pour tout fan de Skinny Puppy peu friand de clones imbéciles et à contresens, du nanan.