mercredi 15 février 2017

Inferno : Gnosis Kardias (Of Transcension and Involution)

Le Dracula de Coppola, mais traversé comme on le ferait d'une fête foraine trouvée par erreur au fond de la nuit tchèque - toute peuplée d'yeux soulignés d'un khôl lourd de menaçantes suggestions - avec barbouillé sur la face un doux et enfantin sourire d'ecstasy, et ressenti à travers l'épais matelas d'une bande-son constituée de multiples couches de The Top, de Dolorian, de Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions et d'Urfaust, alternées encore et encore de plus en plus fines, jusqu'à obtenir un flou scintillant de vieil or, source de narcotiques vertiges, dont la liquide ivresse ne connaît guère d'autres équivalents, que celle qui emporte dans ses euphoriques bouillons la colère du divin Mardraum... Et les vrilles graciles, délicates comme la rosée sur une toile d'araignée, aucun, malgré l'envie, qui brûle, d'affilier le disque au seul autre avec lequel vraiment il ait des affinités de silhouette (à part Omniabsence filled by His Greatness, bien entendu) à savoir Erotomysticism. Quasiment, le Dracula de Coppola tout nacré de sa joyeuse collision et interpolation avec le Münchhausen de Gilliam.
Où d'autres s'échinent en vain à prendre leurs airs les plus mal intentionnés de grenouilles de bénitier inversé, Inferno se contentent d'avec largesse déverser leur son, occulte au sens le plus physique du terme, lui qui vous immerge dans l'épaisseur et la profondeur d'une dimension insoupçonnée la minute d'avant avoir lancé le disque, qui vous catapulte au milieu d'une soyeuse pluie en suspension de particules au goût de fer douceâtre sur la langue, bruissante des élytres nombreuses d'une parpadelle d'angelots aussi ocres que bossus... Vous valsez, les yeux mi-clos de plaisir.
Avant de peu à peu vous apercevoir que le grésillement s'est ralenti, qu'il vous engourdit tous les membres, qu'il y a peut-être là un peu plus stupéfiant qu'un simple comprimé d'ecstasy, que vous êtes embourbé dans ladite strate de la réalité et ne disposez plus de l'option d'en sortir, pas plus que d'échapper au plus puissant narcotique; que, pour débonnaires, bienveillantes que puissent paraître les fulminations de la cascade de cendres qu'est cette voix, elle ne vous en a pas moins - au contraire - enseveli dans un cul-de-basse-fosse de la réalité dont vous n'êtes pas prêt de vous extirper, ni de cesser d'y onduler sans répit.
Après, il faut reconnaître : pour une oubliette, la décoration y est somptueuse. L'inquiétant épilogue qu'on peut entendre, cependant, après le grandiose et bacchique finale, laisse présager d'ultérieures aventures possiblement moins réjouissantes. Seront-elles documentées dans le prochain album, on ne peut que l'espérer.

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