vendredi 17 février 2017

Medico Peste : Herzogian Darkness

De l'art de composer son menu... Je n'y suis généralement pas (consciemment) sensible ; est-ce parce qu'ici le format ramassé permet de le constater plus aisément, c'est probable ; néanmoins je reste persuadé - avec émerveillement - que le talent singulier que montre Medico Peste dans l'exercice n'y est pas tout à fait innocent.
Et la discipline inclut celle d'accommoder ce qui, cru et devant les yeux sans imagination du profane, n'est pas fait pour aller ensemble. Un mat et sautillant poc-poc de batterie, qui vient rapidement chiper la vedette au blast-beat et qui - là, si vous en voulez de l'involontaire, pour ce coup et ce coup seul cela peut-il probablement se discuter - d'emblée évoquera Therapy?, au moins à l'auteur de ces lignes, ce qui le met toujours dans les meilleures dispositions ; des guitares maladives qui bien vite, du Deathspell Omega qu'on y verra par réflexe - et qui du reste a sûrement été écouté chez Medico Peste, peu importe de savoir avec quel exact degré de religiosité, mais qui s'il est permis de le dire, nous évoquera plutôt la version moins doctorale et plus... malade, tiens, viciée et vicieuse (parisienne en un mot) qu'en peut donner, de ces fameuses harmoniques, un groupe tel que Nyseius sur son dernier album - se voient bientôt dévoyées par Medico Peste en quelque chose qui possède la stridence et la répétitivité d'une sensibilité bien plus industrielle, continuant par le fait d'évoquer Therapy? - sérieusement, certains de ces riffs pourraient avoir été exfiltrés de Born in a Crash -  et Godflesh ; des lignes de basse reptiliennes, prédatrices, claudicantes tour à tour ; et puis des choses plus discrètes, telle cette batterie batcave, digne des Virgin Prunes, qui entame puis entrelarde "Hallucinating Warmth and Bliss", sans oublier cette voix de dégueuleur de cendres chaudes, qui paraît parfaitement dans les clous du style pratiqué, et réussirait presque à occulter un talent aussi singulier qu'il est discret.
En somme rien pour nous empêcher de redonder encore avec le mot malade, qui ne sera toujours pas employé pour la dernière fois, à propos d'un disque dont dès la pochette - ses airs de Septic Flesh, Sopor Aeternus, Marylin Manson voire Rammstein - on est préparé à entendre ensuite des cousinages avec des choses aussi saines que Shining, Lifelover, Karv Du, Urfaust, Circle of Ouroborus... dans ses accents de cabaret décadent occasionnels comme dans ses plus continuels échos d'alcôve capitonnée, bref toute la grande famille du "ça pourrait aller mieux" dégueulassement auto-complaisant, du décadent, du syphilitique et de l'auto-mutilateur, famille dont du reste on a la sensation délicieuse, lorsqu'on rencontre la mélodie de cette triste valse alcoolique qu'est "Le Délire de Négation", d'avoir enfin ressorti des étagères l'un de ses disques préférés parmi les œuvres - vous trouvez ces phrases longues, juste un peu ? Elles le sont, autant que Herzogian Darkness peut pour sa part se montrer direct, compact, concis, au point de prime abord de paraître une chose simpliste, alors qu'il est juste simple et concentré sur son propos, lequel de ce fait et sous ces airs modestes produit d'autant plus efficacement son effet de sape et d'obsession, frappant toujours aigu au même endroit, au contraire de ces références disparates (ajoutez Hell Militia, Aosoth et Unearthly Trance où vous pouvez, pour essayer définir un peu ce qui cloche chez Medico Peste... moi je baisse les bras) qui peinent à situer exactement en quel endroit du bide on se fait perforer... Medico Peste, en toute simplicité, rend l'orthodox inorthodoxe.
Et c'est sur ces entrefaites que déboule, en conclusion et comme une bouffée d'air enfin, à la manière de celle qu'on trouvait en pénultième position sur Skandinavisk Misantropi - du moins le croit-on lorsqu'en résonnent les premières frappes de batterie, après cette daliesque crise de chaude-pisse qu'est "Le Délire de Négation" - ... "Stigmata Martyr". "Stigmata Martyr" que je n'avais entendue depuis des années, et dont je n'avais jamais entendu dans le riff le potentiel canaille (erreur toujours fatale autant que grossière, me direz-vous, de sous-estimer le potentiel "cran-d'arrêt" d'un morceau de bon gothic rock : vous savez, ce punk-rock auquel sans qu'on sache pourquoi il faudrait ajouter le préfixe post ?) au point d'en inspirer le qualificatif "urbain" et "proto-nineties", jusqu'à susciter des réminiscences du morceau d'Helmet avec House of Pain, plus proche (dites vous que c'était ça, ou bien je vous citais RATM et -(16)- ) exemple de ce type de rock industriel de première bourre, à la fois mécanique et félin ; on n'avait pas entendu aussi carnassier et vicelard depuis Pig Destroyer qui reprenait... Helmet, vous n'y échapperez pas.
Allons : renonçons aux trois autres paragraphes qu'on pourrait avoir envie de partager, au sujet de ses joies et ses acidités gastriques, dans son quotidien avec Herzogian Darkness, et les hallucinations auditives que son noir brillant provoque ; abdiquons enfin toute prétention critique, j'ai de nouveau 15 ans : putain, ça c'est du rock, les gars. Vous savez, la même musique, ramassée, féline, fluidement, ouvertement meurtrière, que joue Cowards sur Still (comparaison incongrue ? de une, même choix de donner à son écriture une nouvelle limpidité, quasiment américaine, après un album en forme de roncier, cet art de ce qui est évident et long en bouche à la fois, et qu'on appelle autrement "classique instantané" ; de deux, même façon de finir un disque sur une reprise tout à la fois jubilation et enfonçage de clou dans la plaie ; de trois, même capacité à me rendre volubile jusqu'au point du jour, à propos d'un disque de pas trente minutes ; d'autres questions ?), ou Funeral Mist sur Maranatha ?

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