samedi 18 février 2017

Medico Peste : א : Tremendum et Fascinatio

Comme ils disent, là-bas aux 'Stazuni : "a whole different beast". En tous les cas certainement pas un album qu'il y aurait du charme à découvrir après une rencontre-révélation via une oeuvre ultérieure - en l'occurrence Herzogian Darkness - supposée plus aboutie, et dont on remarquerait attendri les prémices dans ce qui l'a précédé.
Prémices il n'y a pas, ici : plutôt convient-il de dire que tout est déjà là, mais dans autre chose, donc. On trouve déjà ces soubassements de groove nineties mécanicanaille (l'entame de "Livid"... sacré bon sang !), et cette sensibilité goth renversante, qui expliqueront ensuite si l'on veut la réussite, toute en élégance naturelle voire native, d'un coming-out aussi grandiose que "Stigmata Martyr" ; mais ce premier album, qui peut pour cela précisément paraître au premier contact épuisant et un peu moins personnel, est un album de black metal bien plus pur que Herzogian Darkness - enfin, pourvu que vous considériez que l'orthodox est du côté de la pureté : d'évidence on s'inscrit ici dans une obédience à la jonction du meilleur d'Ondskapt - les deux premiers disques, jusqu'à nouvel ordre - et du meilleur des caveaux dandy de Paname - un peu d'Aosoth, beaucoup de Merrimack et Decline of the I, et pour un peu à entendre la majestueuse rampance de certaines séquences, que je vous déflore donc ici, j'en courrais dépoussiérer ce joyau de Verbia Daemonicus, resté tragiquement unique ; c'est là la composante majeure, le terreau sur lequel pousse et prospère florissante la musique de Medico Peste, avec tous ses fruits pourris ; soient-ils ceux évoqués plus haut, donc, et les stridences d'ambiance industrielle, qu'ils savent faire irradier déjà des accords beumeu, aussi, mais encore les couleurs de cabaret dégénéré, et puis de sourds martèlements de tambour qu'on ne leur connaissait pas et qui s'avèrent merveilleusement compatibles voire complémentaires avec un appétit féroce de blastbeat à la frénésie digne de Mayhem, et puis encore aussi une façon de ramper surnaturelle, dont le mérite revient autant aux guitaristes qu'à ce batteur traîtreux et versatile comme un félin, dont les bouillons, associés à ces accents industriels dont je ne laisse pas de vous rebattre les oreilles et sur lesquels il brode avec appétit, rappellent avec des frissons de plaisir que Medico Peste sont compatriotes de Kriegsmaschine, autant qu'ils sont frères spirituels d'Ondskapt - "The Great Illumination", et son finale de buveur de sang... Versatile, virevoltant avec grâce dans la fange, éblouissant dans ses couleurs vineuses, étincelant de pourriture, א : Tremendum et Fascinatio est un festival et une orgie d'une bestialité raffinée que l'on associait plutôt aux Carpathes qu'à la Pologne.
A whole different beast... ou pas. A la manière des démons, la musique de Medico Peste est tributaire de la forme sous laquelle elle est invoquée par l'officiant, mais demeure la même viscéralement : ici sous, en résumé, une apparence nettement plus black metal et appliquée, le groupe reste celui qui fait de l'orthodox atypique ; puis, bon, ce n'est pas comme si c'était tout à fait rien, que de rejoindre le très sélectif club des rampants, où pour ma part je ne range guère qu' Obscurus Advocam, Creeping bien entendu, et Mortuus.
Et pour l'essentiel, l'effet de א : Tremendum et Fascinatio est peu ou prou le même que celui d' Herzogian Darkness : à sa sortie, on se sent fiévreux et sali.

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