mercredi 29 mars 2017

Hangman's Chair : Split with Greenmachine

Plus ça va, et plus mon pauvre cerveau peu à peu parvient à déchiffrer les mots qu'il reçoit, et à percevoir enfin ce que le cœur avait ressenti d'entrée, à entendre ce thème d'un sordide napolitain, et ce "Sleep well" doucereusement empoisonné : "Can't Talk" raconte un suicide ; celui d'une femme, belle comme la mort, à l'existence tragique de demi-prostituée qu'on devine ruinée par la maladie de la drogue dure.
Elle en parle si bien qu'on est brûlé par l'envie, uniquement rhétorique, de la bombarder meilleure chanson sur le sujet, avant de se rendre compte qu'on en connaît pas d'autre, tout bien réfléchi, et ne souhaite pas qu'il en soit autrement, qu'a priori s'attaquer à ce type de récit ne peut déboucher que sur du mauvais goût - mais eux le font, et qui d'autre d'ailleurs le pouvait, et l'a toujours pu, puisque c'est un peu le sujet permanent du groupe, et qu'ils sont bien les seuls à pouvoir le faire, avec autant de délicatesse, de morbidité capiteuse, de constance...
Qui d'autre, pour narrer ainsi, avec la tendresse qu'on prend pour caresser la rousse chevelure d'un cadavre, comment ignoré de tous et misérable on rentre chez soi et se met fin, dans un silence du monde affreux, dans une soupente sordide, avec la lenteur des choses dernières et pourtant en trois pauvres gestes vite achevés : en un couplet c'est déjà plié, t'as qu'à voir (deux, probablement, mais coupés par aucun véritable refrain parce que ce n'est pas l'humeur, de faire des parties pop bien définies lorsque le moment est celui où tout s'en va dans l'évier) ; et lorsqu'on a brutalement réalisé cela, le solo façon décollage alors prend un sens nouveau, à te démontrer que les chairs de poule multiples que tu te payais déjà n'étaient encore qu'un avant-goût, de ce que contient réellement le morceau comme poison violent...
Oui, "Can't Talk" est ce qu'on appelle communément un morceau monstrueux. Même placé comme il l'est avant lui, le malheureux "Give and Take" souffre un peu - mais souffrir c'est bien, et un disque de Hangman's Chair est fait pour cela - de n'être qu'un morceau excellent en tous points ; et il faut un certain nombre d'écoutes du disque, toutes effectuées en répétant au moins deux fois "Can't Talk", pour se rendre compte qu'il est même un peu mieux que cela - excellent - puisqu'après tout il est du Hangman's Chair, et même pas de la chute de studio, mais de la viande bien fraîche, pour autant que l'adjectif puisse s'employer concernant le groupe dont on parle. Oui, il a du mal à exister, malgré sa grande valeur, et la nouvelle preuve qu'il apporte d'un talent littéralement sans pareil : en résumé, Alice in Chains, Life of Agony, Acid Bath, oui encore et toujours, et toujours et encore en au moins aussi bien, ce que TRÈS peu de groupes (qui, au fait ?) peuvent prétendre accomplir - et avec une dose de cold wave qui continue d'aller croissant et florissant depuis This is Not Supposed to Be Positive.

Le morceau de Greenmachine, lui, n'existe même pas.

mardi 28 mars 2017

Anvil Strykez : Anvil Strykez

De la "synthwave", Anvil Strykez ? Probable, probable que le gus étant métalleux, l'idée du projet lui soit venu par le fait de l'existence de choses fastidieuses telles que Perturbator et tous les autres dont le nom grâce à dieu ne s'imprime jamais dans mon cerveau ; ou peut-être pas ; et bla, et bla, et bla...
Aucune espèce d'importance. Le résultat sonne comme un concentré du meilleur du vieux Leaether Strip - Pleasure of Penetration, tally-ho nous revoilô ! - et puis aussi, pourquoi se priver après tout, celui très Drucker de Solitary Confinement, d'en fait de carpenter-ism du moroder-ism droit sorti de Scarface, ce dont on déduit que Anvil Strykez contient également beaucoup de Van Halen, ou de Twisted Sister, ou d'à tout le moins l'idée confuse que je me fais d'un peu les deux...
Bref, du viril, du peroxydé, de l'enflammé, du ce qu'on veut ; des voitures volantes qui bouffent la couche d'ozone avec leur propulsion, et du sexe visqueux à cheval sur leur levier de vitesse, sans quitter ses lunettes de soleil bandeau au reflets nacrés.
Non, ce n'est pas "la classe", arrêtez avec cette expression aussi ridicule que l'appellation "synthwave", qui au fond révèle que vous ne vous assumez pas autant esthétiquement que vous le prétendez, et me donne envie de vous traiter de babtou fragiles : ça n'a aucune classe, par définition puisque c'est de la musique de ruffian, c'est le summum de la ringardise et c'est ce qu'on apprécie dans ce genre de disque.

Bon, par contre comme c'est de la bonne j'ai exceptionnellement écouté le disque jusqu'au bout, mais comme c'est de la synthwave je n'irai pas jusqu'à l'écouter une seconde fois. Soyons sérieux.

lundi 6 mars 2017

Supergenius : Supertired

Musicalement, une séance de funambulisme entre End of a Year et le Fugazi poppy du fabuleux Red Medicine - quoique, lorsqu'ils virent à la ballade indie neurasthénique, on pense aux morceaux les plus dépressifs de In on the Kill Taker, oui Monsieur, avec leurs ambiances lunaires - alors disons du Fugazi d'une divine douceur, d'autant que question douceur, avec cette magnifique voix qui taquine Charlie Looker et Maynard J. Keenan, sans jamais cesser d'être une pure voix emocore le cœur en bandoulière, à la fois douloureusement banale et céleste, douloureusement aussi, montant à l'assaut des nuages sans hésiter, armée de sa pâleur surnaturelle, pour secouer le ciel comme un prunier...
Emocore avec des membres de Rise and Fall, aussi : on la sentait, en potentiel, la merveille, vu que ce sont les arômes emo qui font tout le sel, rarement l'expression a-t-elle été aussi appropriée, de Rise and Fall ; emocore pour l'intensité d'émotionnelle, pas pour celle des guitares à tout prix, comme une version en blue jeans élimés de Twilight Singers par endroits, ou (forcément) un Planes Mistaken for Stars des jours d'éclaircie - du ciel comme de la gorge - sans aucun complexe quant à ses élans indie, sensible sans être nouille une seconde, ni idiot, avec une finesse digne de Don Caballero, mais dévouée à la simplicité, sans aucun besoin de compliquer les formulations vu que ce sont les émotions, qui sont bien assez compliquées - à ce rayon-là, d'ailleurs, on songe même par moments à l'autre illustre référence, soit bien entendu Quicksand, en version plus ambigüe encore puisque inondée de lumière... At the Drive-In peut savourer sa retraite en toute quiétude, ils ne sont plus de taille.
Gracieux, rien moins.

mercredi 1 mars 2017

Emptiness : Not for Music

Comme prévisible au vu de leur évolution sur Nothing but the Whole, comme prévu à l'écoute du morceau lâché en apéritif avant Not for Music, Emptiness n'a plus qu'infiniment peu à voir avec le moindre groupe de metal ; à la rigueur Blut aus Nord, que justement ils font paraître metal as fucking Ronnie James Dio ; Emptiness quant à eux sont plutôt dead as Dillinger.
Emptiness, comme espéré sans oser y croire tout à fait, est désormais un étrange mais certain cousin de Phallus Dei ; certain car c'est le premier nom qui a bondi à l'esprit, tel le jaguar à la gorge du buffle, lorsqu'on avait entendu ledit morceau, et qu'il le fait à nouveau ici ; étrange car il règne ici, malgré la somptuosité des matières aristocratiques, une atmosphère de stérilité, une odeur comme de la carcasse froide du désir qui n'est, contrairement à ce que l'intitulé semble dire, ne se trouve pas chez Phallus Dei, lesquels tout comme Die Form, auxquels on pense également et pas uniquement, je vous vois venir, à cause des sonorités poussiéreuses et moisies volées à la bande originale d'Orange Mécanique ou Scarface (v'là les histoires qui sentent l'appétit de vie), aiment la chair morte, justement, de toute leur âme et de leur corps également, et aiment à raboter la brûlure de leur peau à la brûlure du marbre froid des cadavres auxquels ils chantent leurs canrassières mais distinguées aubades... Emptiness, non. Ou peut-être est-ce surtout que leur corps à eux est mort à toute expression et éclosion du du désir, dont ils passent leur temps à contempler le souvenir comme des insectes supérieurement développés contempleraient des humanoïdes sur une lame de microscope - d'ailleurs le metal chez Emptiness, les vagues résidus de riffs, les trilles infectés, ressemblent seulement à des traces de saleté mal nettoyées sur une telle lame. La chose en vérité est aussi morte et pharmaceutiquement sale que le suggère sa ressemblance de pochette avec l'abominable double d'Hypnotizer.
Voici ce qui disqualifie toutes les autres références bien trop vives et irriguées de sang, qui peuvent venir à l'esprit, et dieu sait si le mien y est complaisant, et attend à bras ouverts les suggestions telles que Dolorian et Sleazy Listening, ou November Növelet meets Dodheimsgard, ou encore Winter in the Belly of a Snake mais dépouillé minutieusement de toutes ses vertèbres et ses veines, et changé pour ainsi dire en méduse échouée ; d'ailleurs elles s'expliquent, et elles se présentent par endroits, on le voit, une fois qu'on a surmonté le choc initial et la nausée, mais voici ce qui frappe d'obsolescence toutes tentatives de classification de la musique de Not for Music - selon les moments dans ce brouillard anesthésique d'album... électro-valse ? version trip-hop de Decline of the I ? angst-lounge ? cloud gothic rock ? cold-dub ? cadaverifunk ? indus-cha-cha ? - autre que cette communauté d'appétits avec la musique fétichiste, soit-elle Die Form, Phallus Dei, Sleep Chamber ou Fetisch Park, autre que chimique, que chloroforme, formol et tous les autres dans le registre qu'on imagine :
Rarement a-t-on eu aussi froid, et eu le sentiment que la sensation venait d'un profond vide auquel on était directement confronté, rarement le froid et le vide ont-ils eu pareille putride haleine de charogne, rarement putridité a-t-elle eu pareille soyeuse et médicamenteuse consistance, rarement le vide, le néant, la stérilité ont-ils eu si enjôleuse et terne nacre.
Oui, on l'aura compris, Not for Music est un disque rare.