mercredi 1 mars 2017

Emptiness : Not for Music

Comme prévisible au vu de leur évolution sur Nothing but the Whole, comme prévu à l'écoute du morceau lâché en apéritif avant Not for Music, Emptiness n'a plus qu'infiniment peu à voir avec le moindre groupe de metal ; à la rigueur Blut aus Nord, que justement ils font paraître metal as fucking Ronnie James Dio ; Emptiness quant à eux sont plutôt dead as Dillinger.
Emptiness, comme espéré sans oser y croire tout à fait, est désormais un étrange mais certain cousin de Phallus Dei ; certain car c'est le premier nom qui a bondi à l'esprit, tel le jaguar à la gorge du buffle, lorsqu'on avait entendu ledit morceau, et qu'il le fait à nouveau ici ; étrange car il règne ici, malgré la somptuosité des matières aristocratiques, une atmosphère de stérilité, une odeur comme de la carcasse froide du désir qui n'est, contrairement à ce que l'intitulé semble dire, ne se trouve pas chez Phallus Dei, lesquels tout comme Die Form, auxquels on pense également et pas uniquement, je vous vois venir, à cause des sonorités poussiéreuses et moisies volées à la bande originale d'Orange Mécanique ou Scarface (v'là les histoires qui sentent l'appétit de vie), aiment la chair morte, justement, de toute leur âme et de leur corps également, et aiment à raboter la brûlure de leur peau à la brûlure du marbre froid des cadavres auxquels ils chantent leurs canrassières mais distinguées aubades... Emptiness, non. Ou peut-être est-ce surtout que leur corps à eux est mort à toute expression et éclosion du du désir, dont ils passent leur temps à contempler le souvenir comme des insectes supérieurement développés contempleraient des humanoïdes sur une lame de microscope - d'ailleurs le metal chez Emptiness, les vagues résidus de riffs, les trilles infectés, ressemblent seulement à des traces de saleté mal nettoyées sur une telle lame. La chose en vérité est aussi morte et pharmaceutiquement sale que le suggère sa ressemblance de pochette avec l'abominable double d'Hypnotizer.
Voici ce qui disqualifie toutes les autres références bien trop vives et irriguées de sang, qui peuvent venir à l'esprit, et dieu sait si le mien y est complaisant, et attend à bras ouverts les suggestions telles que Dolorian et Sleazy Listening, ou November Növelet meets Dodheimsgard, ou encore Winter in the Belly of a Snake mais dépouillé minutieusement de toutes ses vertèbres et ses veines, et changé pour ainsi dire en méduse échouée ; d'ailleurs elles s'expliquent, et elles se présentent par endroits, on le voit, une fois qu'on a surmonté le choc initial et la nausée, mais voici ce qui frappe d'obsolescence toutes tentatives de classification de la musique de Not for Music - selon les moments dans ce brouillard anesthésique d'album... électro-valse ? version trip-hop de Decline of the I ? angst-lounge ? cloud gothic rock ? cold-dub ? cadaverifunk ? indus-cha-cha ? - autre que cette communauté d'appétits avec la musique fétichiste, soit-elle Die Form, Phallus Dei, Sleep Chamber ou Fetisch Park, autre que chimique, que chloroforme, formol et tous les autres dans le registre qu'on imagine :
Rarement a-t-on eu aussi froid, et eu le sentiment que la sensation venait d'un profond vide auquel on était directement confronté, rarement le froid et le vide ont-ils eu pareille putride haleine de charogne, rarement putridité a-t-elle eu pareille soyeuse et médicamenteuse consistance, rarement le vide, le néant, la stérilité ont-ils eu si enjôleuse et terne nacre.
Oui, on l'aura compris, Not for Music est un disque rare.



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