lundi 8 mai 2017

Noise Trade Company : Unfaithful Believers

Comme quoi on n'a jamais fini de cliquer partout où l'on pourrait sur Discogs... Pas d'autre constat à faire, quant au fait que je ne découvre que tout fraîchement ce succulent projet du succulent Gianluca Becuzzi.
Première écoute - parcellaire, à ma décharge - je me dis "hé, l'a l'air d'avoir été assez marqué par Twin Peaks et Angelo Badalamenti, le père Becuzzi, à un moment donné" - c'est qu'après un rapide survol des styles mentionnés pour les divers albums de Noise Trade Company, le groupe a l'air peu fixé sur un style ou porté au surplace, un peu à la Pigface. Seconde écoute, complète enfin, impossible de ne pas comprendre que l'album est une manière de variation libre sur Twin Peaks, on reconnaît des thèmes, et la caractéristique réverb surf, on est même parfois très proche de l'original... et pourtant si loin (pour rester dans le cinématographique, pas vrai ?).
On est dans le noir, dans l'espace des rêves et des fantasmes, et on navigue à l'aveugle dans la profondeur de silences qui évoquent, davantage que Mick Harris (on a découvert entre temps que le précédent album de Noise Trade Company est une sorte d'étrange pont entre Scorn, dont Becuzzi comme Mauro Teho Tehardo ont visiblement été marqués, et Kirlian Camera, dont après tout Becuzzi a toujours maraudé dans des eaux proches, tout comme pour rester en Italie (pays dont vient au moins le nom de Badalamenti, au passage) les non moins succulents Pankow, dont Becuzzi a chanté sur un album - vous me dites quand vous avez la nausée ? on est en Italie c'est normal et ils le font mieux que les autres... On en était où ? Les silences ; ceux d' Unfaithful Believers évoquent l'album illbient de Sielwolf, le mystérieux V, par leur magie entre rudesse taillée à la serpe (très Becuzzi ça, la serpe, voyez son accent) et velours fétichiste (non moins Becuzzi, le fétichisme... et très Twin Peaks : il est délicieusement troublant par endroits de se demander si le texte qu'on entend réciter est du Becuzzi dans le texte (il vous a de ces façons de se réapproprier le mot "fire", qu'on met bien plusieurs minutes à percuter), du pur Lynch, ou... une variation ; un frémissement d'infra-basse, d'aile de papillon de nuit, un vrombissement de noir sur noir, un grognement de contrariété dans une nuit agitée par des rêves pénibles et poussifs ; un parent austère, reclus dans un donjon mental, du Beast of Dreams de qui l'on sait ?
Enfin bref, si vous avez suivi qu'il n'y a rien à suivre (le noir, vous vous rappelez ?), vous avez compris qu'on parle d'une musique qui n'est ni drum'n'bass ni EBM rituelle ni cold-rock minimal (on pourrait citer deux choses, hors d'Italie : Young Marble Giants et Golden Palominos), puisqu'elle est dans le gouffre béant entre tout cela, et qu'à se laisser flotter dans le noir et cette résonance - ça me rappelle une chanson, ça, flotter, une meuf qui s'appelait Julee quelque chose... la chanteuse de NTC parvient, juste comme le reste, à matérialiser, si l'on ose dire, une ambiguïté entre son propre mélodisme new/dark-wave et celui typique de la mère Cruise, sans qu'on sache véritablement ce qui est révérence, ce qui est maladresse et ce qui est appropriation ; ni ce qui est grotesque - on parle de dark-wave et d'italienne qui plus est - ou réellement confondant de grâce ; juste comme chez Limbo... ou chez Lynch.

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