jeudi 29 juin 2017

Undergang : Misantropologi

C'est quoi, un bon growl ? Ce doit être une invitation ; à visiter le Warp, ou quelque autre forme de tout-à-l’égout cosmique, occulte au regard de quelque ère et culture, que vous voudrez - ou bien, pour les disques moins ambitieux, la gorge du chanteur.
Pas de doute, ma motivation à tenter un énième repêchage d'Undergang, et d'aller voir si pour une fois il y aurait quelque chose derrière l'indéniable talent de surface pour la saleté, c'est le récent disque de Phrenelith, et mon énième choc émerveillé devant le boyau que fait chanter David Mikkelsen. Plus humide, putride et chaud, on voit guère. Pas de doute, on se sent bien reçu, et loin de toute envie de rentrer chez soi, au milieu de ses glaires, ganglions et autres nodules.
Mais il n'y a pas que lui à vous ensorceler sur Misantropologi, voilà ce qui change. Undergang parvient cette fois, enfin, à rester aussi benêt qu'à l'accoutumée - mais en faisant les choses moins simplettes qu'à l'accoutumée. Le résultat évoque comme rarement - en tous les cas avec un effet sensuel comme rarement, sur un non-amateur de zombies comme bibi - l'image et les bruits corporels divers d'un zombie en train de se sustenter, grommelant à moitié au milieu de ses bruits de succion, de rongement et de salivation, et des marmottements de satisfaction aboyante. Du niveau d'Embalmer et personne d'autre - en version sensiblement plus torpide et, partant, langoureuse. Les guitares quant à elles sont d'une couleur de nausée - elles font vachement bien le bruit du frelon qui a la gerbe, entre autres - à en rendre jaloux Tom Gabriel Fischer, et telle qu'il est rare d'en rencontrer dans un disque se voulant aussi ostensiblement bas du front - la connerie passionnément choisie ne dispense pas d'un amoureux soin du détail, c'est ça la beauté du death metal quand il est fait convenablement.
D'une certaine façon, Misantropologi est donc un peu le frangin death du dernier Beastmaker, autant pour cette façon d'ouvrager des bijoux sans sortir du format petite vignette avec trois ingrédients maximum, eux-mêmes bien rustiques - ces riffs, crétins au dernier degré, et pourtant parfaitement "justes", comme on le dit de nos jours d'un assaisonnement : essayez donc d'oublier celui de "Efter Obduktionen" une fois que vous l'avez entendu... et ces mosh-parts, que l'on voit tellement venir un kilomètre avant, dès le début du plan qui leur prépare le terrain, qu'on a tout le temps de commencer à se lécher les babines, et que leur arrivée est jouissive comme si on venait d'inventer le procédé soi-même -, que pour ces parcimonieux mais parfaits ponts mélodiques d'ambiance, façon film d'horreur tout en onirisme aqueux et en tangage léger ; je me demande d'ailleurs s'ils ne sont pas exactement le même nombre que sur Inside the Skull ; je ne vérifie pas, je préfère préserver le mystère et la féérie - et du coup placer "féérie" dans un article sur Undergang.
Réussir à faire respirer d'autant de charisme, des morceaux rarement au-dessus des deux minutes et demi, et pas des bien denses vous pouvez me croire... La magie de la tautologie : il s'agit bien de cela, ne pas surcharger, et laisser les arômes se dégager - le death metal, j'ai toujours dit que c'était de la gastronomie. Du coup on émerge du disque ensorcelé - et avec un goût d'encore sur la langue, on croit rêver à voir comment l'album supporte de s'écouter plusieurs fois de suite ; l'estomac tout sauf surchargé, ainsi qu'on sort de table chez le japonais - je ne voulais pas le dire, qu'à mon humble avis c'est probablement la fréquentation de Takashi Tanaka dans Wormridden, qui a tout changé, mais si la logique m'y contraint aussi commodément...
On n'en est peut-être pas encore, question ambiance et aura méphitique, au suffocant niveau d'Anatomia, mais largement au-dessus d'un sacré paquet de disques gavés jusqu'à l'indigestion de passages atmosphériques ou surchargés en sur-texte occultiste pratiquant (oui, "sur-" et "-iste", il faut être précis), ce qui n'est pas peu d'insolence, de la part de pareil disque de death bidet, comme l'a qualifié un ami et collègue qui sur ce coup n'a pas volé son auguste patronyme. D'où il s'ensuit que le disque peut, au choix et selon l'envie ou l'humeur (ou la quantité de cerveau disponible, pour revenir dans le champ lexical zombique), se déguster comme un petit nanar envoûtant, ou se bâfrer comme un bon gros navet bourratif surtout pour le lobe du plaisir et ultra-minceur celui de la finesse. 
L'antidote à Coffins.


samedi 24 juin 2017

Viande : A la Mort !

La bonne musique est, comme la cuisine (audacieuse, la comparaison, pour un groupe pareillement nommé, pas vrai ?), une question tout d'abord de bons ingrédients. Ou encore pourrait-on dire - en veillant de n'aller pas s'embourber trop dans la théorie pour la théorie, à se demander le rapport entre ce qui va venir et : l'âge de l'écoutant, les styles écoutés, les préconçus esthétiques - que ce sont toujours les mêmes saveurs qui y reviennent, parce que ce sont les bonnes et il n'y en a pas non plus trente-six : oui, c'est un quadragénaire amateur de doom et de Motörhead qui est le locuteur ; pas un vingtenaire amateur de dream-black-step et frappé de zappite congénitale.
Bref : le death de Viande, c'est d'abord Witchrist/Encoffination/Grave Upheaval/Temple Nightside, comme saveurs de bases, mais que nos ladres maîtrisent largement aussi bien que les auteurs de la recette originale ; et ensuite cette touche, elle bien à eux, très industrielle voire indusrituelle, devant laquelle cette fois il sera très difficile de ne pas envoyer une purée (avec la viande, c'est de bon ton) de références telles que, en priorité, Brighter Death Now, Maschinenzimmer 412 et Swans, puis à l'envi SPK et... ainsi de suite. On le voit, il est question là encore d'un certain type d'industriel - le bon ? exactement ! - et on le devine aisément, un qui se marie par nature fort bien à la haute teneur nécrotique de leur type de death ; à la façon de celui-ci, un peu comme justement le dernier Temple Nightside, d'être lent jusqu'à l'inertie cependant même qu'il blaste à fond les gamelles ; de sonner plus putride, dans le registre statuaire funéraire, que précisément le dernier Encoffination ; en révélant clairement - si l'on ose dire, mais "joliment" eût été encore pire - la nature superlativement rituelle, voire sacrée, de Viande et d' A la Mort. Comme du reste on pouvait le subodorer à lire la liste de beau linge un peu plus haut, à laquelle ne manquait qu'un Of Darkness dont d'ailleurs Viande fait un très chouette cousin, avec sa façon de peindre des cimetières tout à la fois fournaises et chambres froides - Viande vient ici s'inscrire dans la catégorie très sélective du Cold Meat metal.
Mais de sacré il est bien question, lorsqu'on change ainsi le Styx en égout clapotant, et celui-ci encore après en banquet sans fin. Entre cette petite chose-ci et le nouvel Impetuous Ritual, l'été (s'il est une saison faite pour le death metal...) s'annonce fort bien, et voué aux extases du vaudou sub-cthonien.


vendredi 23 juin 2017

Nooumena : Controlled Freaks

Pourquoi, franchement, accepter que Nooumena vous envoie son nouveau disque ? Ne devrait-on pas s'estimer purement chanceux, d'avoir réussi à pisser une copie sur le premier, à mettre des mots sur ce qui a de multiples raisons de ne pas vous rendre bavard - progressif, trouble émotionnellement, non-monolithique - et ne pas s'exposer au sentiment de culpabilité du scribouillard incapable de refuser une "galette gratuite" ? Pourquoi récidiver dans la témérité, et finir d'ailleurs par quand même se lancer dans le discours, au risque d'un ridicule renouvelé ?
Parce que Nooumena fait partie de ces groupes qui vous prouvent qu'on peut être salement - vraiment, méchamment - heavy sans la facilité de la saturation pondérale.
Kayo Dot ? Non, en surface on est dans encore plus doux que ça, à la limite des vieux Yes, Relayer et Close to the Edge. Pour le fond, en revanche, on croise dans les périlleuses eaux de Fleshpress, Khanate et DHG.
Et comme la brutalité sonique pure n'est pas le seul confortable inconfort trop souvent utilisé par les groupes cherchant à évoquer la démence à peu de frais, je peux vous assurer que la oufdingrinderie klezmer n'est pas de mise non plus dans Controlled Freaks. Je ne cite pas de noms, chacun suppléera à sa guise avec celui de son bouc émissaire favori, dans le rayon de ces pénibles qui sursuggèrent l'instabilité mentale par ce qu'on appellera, si l'on est gentil, l'harmonie imitative, et sinon l'illustration appuyée.
On est plutôt, ici, du côté d'un Primus norvégien - le pays de Beyond Dawn et Virus, vous voyez... Celui d'Ulver, aussi ? Sans doute, malgré qu'il m'en coûte de l'admettre - mais alors d'un qui saurait causer ce que jamais l'original ne pourra : le hérissement des poils, excitation et malaise mêlés. Nooumena, si caressant soit-il, ne sera jamais réellement sucré ou doux au palais, et toujours sera sous-tendu - pas plus, ce n'est pas nécessaire, ou guère - d'inquiétante causticité, d'arrière-goût acide. Un Primus norvégien qui jouerait des reprises jazz d'Elend et Magma, dans des instruments soufflés avec une exquise longiligne délicatesse, dans un verre plus dur que tous les métaux.
Controlled Freaks ressemble bien à sa pochette, une sorte de pâtisserie, de Paris-Brest au glaçage cassis... avec un étrange flou causé par un grouillement sur lui comme de centaines d'asticots, lesquels ont des airs qu'on pourrait parfois trouver un peu cartoon, et qui en fait sont simplement dégueulasses ; comme une sorte de bijou de chair spontanément germé, mais de tout sauf des tissus sains ; ou comme une caresse onctueuse comme la crème anglaise, et qui pourtant sur les nerfs fait le même effet que celle du doigt mouillé sur la vitre. L'impression d'être dans un cocktail mondain du raffinement le plus exquis, et tout à coup de glisser dans une grinçante et tragique absurdité qui doit autant aux nuits de Twin Peaks qu'à Claro que Si ; mais sur un toboggan de la plus riche et fine soie. Parfaitement grisant, parfaitement crispant.

mercredi 21 juin 2017

Reverorum Ib Malacht : Te Agios Numini

Au cas où il aurait subsisté un doute sur la nature docte et occulte indissociablement, voire bibliothécaire, de la musique de Reverorum Ib Malacht, Te Agios Numini les voit opter franco (enfin, d'emblée... aussitôt qu'il en a fini avec cinq minutes préliminaires de friselis de violons dignes d'Henri Michaux) pour un son de batterie pattes de mouches, évocateur des plus infects et illisibles grimoires où se faire pleurer les yeux autant par la peine prise à les lire, qu'à la peine spirituelle éprouvée à y parvenir, dans un dégout cosmique hypnotisé - Le Nom de la Rose viendra à l'esprit, dans le même courant d'air désagréable que ceux de Spektr, de Mayhem et d'Imperial Triumphant : toutes choses qui suggèrent le tambourinement sournois et fiévreux de milliers d'insectes.
Le black, après tout et à de rares exceptions près (Satyricon et toute l'autre esthétique black dont il est le plus saillant et pompier champion, pour résumer), ce n'est pas la puissance physique, c'est même tout sauf physique si l'on veut théoriser un brin ; et là-dessus pas de doute, Reverorum ne se trompe pas de cheval : Te Agios Numini est un vrai film d'épouvante, une poursuite psychique panique
En fait d'occulte, on pourrait également noter que Reverorum l'est encore plus que Spektr, dont ils parviennent à égaler la diffuse sensation d'écouter quelque forme avilie, malingre, malade, dévitalisée, de jazz mais en usant pour leur part de rythmes beaucoup moins ambigus - au strict niveau du réel. Là encore, le réel et le black metal...
Les pattes de mouches, donc ; et la Bête dont elles sont le nom ; voilà bien de quoi il est question ici, à l'invocation de quoi la musique est vouée ; avec ses feintes d'apparitions ; ses mirages, eux-mêmes souffreteux et anémiés, de Nosferatu ; ses occasionnels vagissements semblant ceux d'un vieux poste TSF captant les émissions de l'au-delà ; ses relents d'electronica poussiéreuse dont les formules sacrilèges en provenance d'une autre dimension auraient été exhumées d'un codex médiéval ; ses sonorités généralement grêles et méticuleuses qui donnent une aura d' Esoteric Warfare à ce qui côté puissance magique trouble a davantage les airs d'Ordo Ad Chao ; son gargouillis sourd et malveillant qui en fait une chose dangereuse à l'égal d'un vieux Deutsch Nepal (Tolerance ou Deflagration of Hell, plus spécifiquement) ; les nappes d'ambient lynchéennes qui le lèchent, à en tutoyer l'Atropine de Velvet Cacoon...
Oh, et puis je ne vais tout de même pas vous avertir pour tout, non ? Vous voudriez qu'on vous balise tous les pièges d'une histoire d'épouvante ? Surtout qu'à ce stade, vous avez compris que tout était possible dans celle-ci, et qu'il serait futile d'espérer pouvoir se retrancher derrière un horizon d'attente, qu'il soit black metal, industriel, techno-ambient, illbient... Vous n'êtes, hélas pour vous, à l'abri d'aucun prodige en ces lieux qui ne sont pas des lieux. raccrochez vous donc à ce que vous pouvez, pensez à Wilt, à Skinny Puppy, à Lurker of Chalice... c'est tout le pouvoir de la suggestion : lorsque celle-ci est faite convenablement c'est à dire avec très peu, c'est alors que le sujet, laissé le plus libre, peut déployer toute l'ingéniosité de son inconscient, pour un effet de terreur sans bornes bien plus efficace que tout ce qu'on aurait pu rêver de lui décrire.
La Bête n'est pas Légion, contrairement aux insectes industrieux qui s'affairent à son culte malgré la peur qui eux aussi les étreint et leur broie la pensée, mais elle est vaste, car elle est la nuit. Elle aggrippe de ses griffes pour le tourmenter le sommeil aussi bien de Gravetemple que de Leviathan ; elle est le puits des cauchemars, elle est la fièvre qui saisit les rats dans le grenier et les fait courir crépitants en tous sens, elle est la musique des outils du rémouleur qui retentit seulement dans les plus purs silences de l'âme, où celle-ci livre une de ces parties de cache-cache où l'on espère n'être jamais trouvé ; pour pouvoir enfin à son gré se laisser plonger dans le gouffre sans fond, et se diluer dans l'encre et la nuit.

mercredi 14 juin 2017

Deliverance : CHRST

Avouons d'emblée : on s'avançait vers Deliverance avec le sentiment mêlé d'une double méfiance : celle qui s'impose, certes, devant tout album publié chez Deadlight Entertainment, officine dont il convient de systématiquement ausculter les parutions avec la même vigilance que le lait sur le feu, et la plus extrême circonspection même lorsqu'elles peuvent vous paraître présenter tous les signes d’innocuité ; et celle, moins reluisante, qui pouvait germer à la lecture du nom de ses auteurs, et de leur CV respectifs (je vous les remets pas ici, vous les trouverez bien assez facilement tout seuls si jamais vous désirez faire la même connerie que moi).
Soyons honnête, et explicite : on s'imaginait un genre de générique de Cowards, éventuellement mâtiné de Céleste un peu mélancolique, en bref certainement pas un disque aussi méchamment black metal - que ce soit dans le givre qui en mange les riffs (dont certains révèlent même quelques accents d'archaïsme du meilleur goût), ou dans la voix à la monocorde malveillance de goule affamée. Oh, il y a bien du hardcore chez Deliverance, qui ne sont pas vos premiers clones d'Immortal ou de Destroyer 666 venus : pas de doute qu'on porte la capuche ici ; cependant la nature hardcore de CHRST ne s'exprime pas vraiment dans des "plans" de solfège francs, mais à l'instar du dernier Plebeian Grandstand quoique sous une forme différente, plutôt dans une façon de faire : la vindicative, sinistre aridité neurosienne qui se ressent aussi bien sur les moments d'âpre dégelée que sur les passages plus pensifs qui auraient pu virer au légèrement Isis - que justement l'on croyait devoir craindre au vu des teasers - et ne le font jamais ; à la rigueur, ce qu'il peut y avoir de plus malade et lancinant, quelquefois, chez Breach. Une attitude mentale qui, forcément, se marie fort bien à la rigueur black inflexible et non moins sinistre, dont fait preuve toute la tonalité musicale.
La vérité de CHRST, c'est qu'il y avait bien longtemps que je n'avais eu l’occasion de me régaler d'un black metal de pareille lenteur - puisque, la chronique d'Omegaphilia en contrebas en atteste assez, je suis en matière de noirmétal amateur dévoyé, sinon perclus d'atermoiements ; et d'ailleurs, le rapprochement avec le nouveau Merrimack tombe bien, puisqu'à défaut d'avoir tout à fait la même cadence, les deux disques sont parents par leur lascivité. Mais le disque de Deliverance l'est peut-être plus encore - lascif - par la force des choses et surtout celle de son inertie, de sa lenteur aussi harassée que malveillante, empoisonnée, et implacable.
Peut-être la vérité objective serait-elle de se dire que Deliverance est très influencé par Thou - puisqu'on finit par penser à eux, un peu, en face de tels tempos pesants et sludgey nappés de vocaux au pH puissamment corrosif et gargouillant - mais ce rapprochement-là, pour le coup, me paraît à moi beaucoup moins pertinent, et nous continuerons à préférer entendre dans cette musique-ci une chose proprement singulière, unique, saisissante, qui vient prendre (il était temps) la suite des délices qu'on avait entr'aperçus avec le Unravel de Gehenna ; disons, si l'on croisait ledit rêve accablé avec ce qu'on préfère chez nos Khold chéris : la lenteur, la lenteur, la lenteur.
CHRST s'avance donc tout nimbé d'une aura "black metal brûlé par le soleil blanc", "blanc sale", "sous le soleil de Satan", avec la connotation de langueur maudite, impie, empoisonnée, qui s'y attache, et n'usurpe donc pas les connotations King Dudesques qu'on peut voir dans sa pochette et donc faire rejaillir sur la rédemption suggérée par son titre.
Bref toutes les appétissante sensations qu'on peut associer à un album qui ne se défait qu'à de très rares - et brefs - moments de sa tension continue, dont il s'ensuit que vous ressortez du disque rincé, et tout sensuellement endolori d'un sentiment de la grandeur de ce qu'on a traversé, quoi que ce puisse être.

Danzig : Black Laden Crown

... Et sur une note moins égotiste, il serait de bon ton à un moment de rendre hommage à la hauteur d'un homme dénommé Tommy Victor.
Confessons que la première fois qu'on a lu son nom dans le line-up du Glen Big Band, on a tiqué. Et que s'il n'a jamais rien commis de honteux, mais que de très écoutable, à ce poste - ce n'est qu'aujourd'hui que tout soudain l'idée de son embauche paraît dans toute sa lumineuse évidence. Ce n'est pas tout à fait en dépit de lui, de son jeu de guitare caractéristique mais qu'il a parfaitement mis au service de la musique de Danzig, et de cet album en particulier, que Black Laden Crown est une si fabuleuse réussite ; pas tout à fait sans lui et son touché, sur lequel le producteur a exercé ses talents, que l'album a ce ton de cendre et de crépuscule merveilleux, et merveilleusement adapté au crépuscule vocal d'un Glen qui fait rimer la patine joufflue de Louis Armstrong et Elvis Presley... avec la cendre, qui recouvre tout ici, et fait que le prodigieux album a un pied fermement planté dans l'heroic fantasy adolescente, toute pétrie de désir de puissance virile, de sa pochette bien accordée à certains riffs quasiment dignes de Rob Zombie qu'on entend ici - et un dans le monde des albums d'hommes sans âge qui font mal, et le blues.

Ouais ; Tommy Victor guitariste de blues. Ca fait drôle, pas vrai ? Et voilà comment on se retrouve, des années après, avec la suite de How the Gods Kill ; tranquille.
D'ailleurs, "Eyes Ripping Fire", bien malin qui saurait dire avec certitude et bon ordre si c'est un morceau de Danzig ou un du meilleur Prong - la vérité étant qu'il est les deux... tout comme, à regarder en arrière, "How the Gods Kill" était déjà bien étincelant d'harmoniques furieusement prongiennes, autant qu'en tous points diaboliques ; ou comme, justement, les sonorités et l'ambiance sorcelière de l'intro d' "Eyes Ripping Fire" est un énorme rappel de How the Gods Kill. Ce n'est pas uniquement Tommy, qui a réussi son intégration : c'est Glen aussi bien, qui a enfin sublimé la mue industriel de son blues...
Je veux, que ça fait plaisir !

samedi 10 juin 2017

Merrimack : Omegaphilia

Des mélodies à la fièrement, puissamment norvégienne, non pas presque : trop grandioses et de sensibilité wagnérienne pour être aisément digérées par un estomac de crado, une petite nature qui ne tolère pas Immortal, et Under the Sign of Hell uniquement à petites doses (bibi, qu'on a aisément reconnu), une batterie en surmultipliée qui donne au tout l'envergure musculaire d'un Nile ou d'un Behemoth (le gonze s'appelle Blastum, et vous pouvez vous estimer prévenu : l'homme tapisse), et l'effet d'épuisement assorti ou presque... Franchement, aux premières écoutes, difficile d'entendre autre chose que ce tonitruant appel à... partir en croisade contre les chrétiens ? pour le metal ? pour le plaisir ? En tous les cas à chausser son destrier, et harnaché des ses plus nobles et rutilants atours, encore, à dégainer son plus scintillant attirail, et à faire gronder un tonnerre de sabots à travers la forêt enneigée. La première écoute de ces riffs, dans les replis de certains desquels on croit entendre résonner des cornemuses, s'est soldée par un dumping syndrome et l'envie d'envahir la Pologne au bout de deux pistes.
Et pourtant çà, là, un peu partout, en iridescences ou tout comme, des touches qui subtilement mais décidément affilient le disque à Funeral Mist - tant celui de Salvation pour la fureur, que de Maranatha pour la ferveur, et la décadence, malgré une façon différente (tant que ça ?) d'être romantique, moins dans le narcissisme de la scatologie - et à Medico Peste - pour cette voix barbouillée de cendre, mais aussi bien pour certaines façons de faire pleuvoir les notes qui ne relève pas toujours de "Transilvanian Hunger", et pour les suaves stridences, et leur propre forme de ferveur, plus onctueuse et néanmoins brûlante. 

Finalement, Merrimack n'a pas changé depuis les deux albums précédents : il est toujours cette chose difforme et belle, en égales - et larges - proportions ; finalement, cette pochette lui va bien, à ce disque. Et l'on finit par voir la poignante, la perçante, la sanguinolente et douloureuse beauté dans cette foi en ce qu'on appelle parfois l'art noir ; et puis aussi, parce qu'il n'y a pas que le metal dans la vie même si c'est admirable (et qu' Omegaphilia vous la fait bien vite partager, cette foi enflammée) la beauté dans cette sorte de fadeur maladive, écœurante, enivrante (c'est que je commence à réellement m'attacher à cette pochette, et surtout à ses teintes...), qui a bien toujours ce goût de Merrimack : douceâtre, doucement écœurant, et tellement pénétrant, de black metal hermaphrodite en diable ; dans, au bout du compte, quelque chose dont on partage la fascination morbide ; cette douleur lancinante et permanente, lovée à son aise dans cette animalité débridée rappelant l'Arrow in Heart d'Aosoth, nichée au cœur de cette voix dont la fièvre rappelle la jeunesse de Marco Neves ; qui pourrait, devrait être celle toujours assortie à au moins une forme du black metal, et pourtant ne l'est pas toujours, pratiqué comme est le style par tant et tant de Monsieurs Mégot en corpsepaint... On finit même, pour tout dire, par ne plus voir aucune difformité, seulement de la cohérence entre le côté un peu suranné et guindé de cette pompe mélodique et rythmique, et le dandysme déchiré, tellement français, d'un disque auquel on finit par trouver des ponts avec le second Decline of the I, sa délicatesse, ses manières distinguées ; aussi raffiné après tout que le tableau d'Arcimboldo que paraissait The Acausal Mass, ni totalement true, ni totalement orthodox ; mais en même temps, quand on y songe, orthodoxe et français...

Le black metal rosâtre, Monsieur, c'est quelque chose. Et le servir comme fière réponse au non moins charnel mais bien plus outré Maranatha, que ce soit dans sa souillure à la cendre ou dans le ton de chair qu'il utilise - ce n'est pas à la portée de n'importe qui.
Tellement sonné pour le compte qu'on en serait presque passé à côté de l'autre signe de chapeau discret dont on peut les soupçonner, à un autre album - mais si, vous savez : pareillement aussi héroïquement virevoltant que néanmoins salé du goût de son propre sang, et pareillement estampé d'un pentacle... Vous le voyez venir, comme un loup dans le vent ?

mercredi 7 juin 2017

Phrenelith : Desolate Endscape

Les premières fois, il vous passe un peu dessus - en fatigant juste un peu, mais rien de trop pénible non plus. Ultra linéaire, rythmiquement comme riffiquement, avec ces mélodies ultra-primaires qu'on dirait du death metal pour les moins de 36 mois avec une hache en plastique.
Puis il devient de plus en plus collant, et putride. On s'aperçoit qu'en fait les instruments à corde ne sont là que pour faire, non pas tapisserie quoique le mérite soit le même, mais texture, et épaissir celle-ci ; qu'elles n'ont donc pas besoin d'en faire davantage, rayon notes, que les deux suffisantes à instaurer une ambiance death metal tragique ; peut-être même que si il n'y avait pas ce degré zéro de la mélodie, mais à la place un choix de l'atonal, la sauce n'aurait pas si bien pris, et l'on aurait eu une soupe indigeste, un disque de Monokrom, ou un énième album de war-metal 4.0 à la néozède ce qui fait par des danois n'aurait pas nécessairement été aussi réussi que chez un Witchrist.
Bref ; le reste - tout - se passe dans la lune de miel dégueulasse entre cette voix ULTRA-putride, genre du goregrind avec une âme - très sale -, et ce tapis, quasi-continu du début à la fin, de double-pédale, non moins putride et invraisemblablement sinistre. L'un comme l'autre aussi incapables de répit qu'ils vont pépères. Une sorte de furie au trot modéré, qui donnerait presque envie d'y coller un qualificatif du type "hilare", si les deux ne puaient pas, au sens le plus littéral possible, une morbidité dépourvue du moindre humour ou sentiment guilleret. Il y a dans cette infatigable rythmique d'artificier quelque chose qui tient à la fois de l'insatiable, comme si l'on regardait jouer Rich Hoak, et d'une austérité et d'un anhédonisme total. Simplement la discipline et le plaisir afférent, du travail bien fait d'annihiler méthodiquement, tout ce qui se trouve de vivant, à longues, mornes et infatigables rafales inhumaines, de munitions lourdes et de lance-flammes.
Et le disque de vous coller, vous coller, et vous coller toujours plus, dans cette hostile boue de merde, de sang et de matières moins rationnelles : on pense à Bolt Thrower, ne serait-ce que pour ces contours objectifs de rouleau-compresseur fatidiquement lancé sur le charnier d'une guerre sans espoir, mais niveau cosmogonique le seul qui, a-hem, colle, ce serait un Realm of Chaos en moins énervé, et en beaucoup plus noir-foutu-voué au Chaos et à la Guerre Éternelle. Desolate Endscape pue également la misère, mais vue depuis la vue surplombante du bourreau, et de celui qui ne la savoure pas même comme un quelconque dépravé sociopathe que vous pourriez penser, mais comme un soldat galvanisé par son adéquation à une idéologie totalitaire, mortifère et administrative. On aura rarement fait plus Warhammer, vous pouvez le dire - au-delà du simple fait d'être parfaitement à sa place chez la maison qui publie Sempiternal Dusk et Krypts. Aussi parfaitement, constitutivement apte à traduire ce qu'elle a de plus mélodramatique et brutal à la fois, et mettre en son le pathétique qu'il y a dans ce moment où dans la boue, le sang et la viscère et sous le fracas des armes lourdes, se fait piétiner et assassiner, par des fils de pute de militaires sociopathes narcissiques, le rêve de lumière scientifique fasciste de ce fils de pute d'Empereur de l'Humanité. De toutes les manières, à peu près tous les bons disques de death metal doivent pouvoir postuler comme bande-son à un récit de WH40K, pas vrai ? Desolate Endscape est celle de cette émotion-là en particulier, de ce nœud-ci. Oui, j'aime à dire que le death metal est une musique de sybarites et de la sensualité ; mais parfois aussi, pour ce qui est du désespoir, le death metal se pose juste un peu là ; sous une certaine forme, à un certain calibre, à tout le moins.
Si vous êtes sensible à ce genre de grandiose, et au plaisir de sentir votre cerveau tourné comme du boudin... soyez sûr que vous tenez là un album grandiose.