samedi 10 juin 2017

Merrimack : Omegaphilia

Des mélodies à la fièrement, puissamment norvégienne, non pas presque : trop grandioses et de sensibilité wagnérienne pour être aisément digérées par un estomac de crado, une petite nature qui ne tolère pas Immortal, et Under the Sign of Hell uniquement à petites doses (bibi, qu'on a aisément reconnu), une batterie en surmultipliée qui donne au tout l'envergure musculaire d'un Nile ou d'un Behemoth (le gonze s'appelle Blastum, et vous pouvez vous estimer prévenu : l'homme tapisse), et l'effet d'épuisement assorti ou presque... Franchement, aux premières écoutes, difficile d'entendre autre chose que ce tonitruant appel à... partir en croisade contre les chrétiens ? pour le metal ? pour le plaisir ? En tous les cas à chausser son destrier, et harnaché des ses plus nobles et rutilants atours, encore, à dégainer son plus scintillant attirail, et à faire gronder un tonnerre de sabots à travers la forêt enneigée. La première écoute de ces riffs, dans les replis de certains desquels on croit entendre résonner des cornemuses, s'est soldée par un dumping syndrome et l'envie d'envahir la Pologne au bout de deux pistes.
Et pourtant çà, là, un peu partout, en iridescences ou tout comme, des touches qui subtilement mais décidément affilient le disque à Funeral Mist - tant celui de Salvation pour la fureur, que de Maranatha pour la ferveur, et la décadence, malgré une façon différente (tant que ça ?) d'être romantique, moins dans le narcissisme de la scatologie - et à Medico Peste - pour cette voix barbouillée de cendre, mais aussi bien pour certaines façons de faire pleuvoir les notes qui ne relève pas toujours de "Transilvanian Hunger", et pour les suaves stridences, et leur propre forme de ferveur, plus onctueuse et néanmoins brûlante. 

Finalement, Merrimack n'a pas changé depuis les deux albums précédents : il est toujours cette chose difforme et belle, en égales - et larges - proportions ; finalement, cette pochette lui va bien, à ce disque. Et l'on finit par voir la poignante, la perçante, la sanguinolente et douloureuse beauté dans cette foi en ce qu'on appelle parfois l'art noir ; et puis aussi, parce qu'il n'y a pas que le metal dans la vie même si c'est admirable (et qu' Omegaphilia vous la fait bien vite partager, cette foi enflammée) la beauté dans cette sorte de fadeur maladive, écœurante, enivrante (c'est que je commence à réellement m'attacher à cette pochette, et surtout à ses teintes...), qui a bien toujours ce goût de Merrimack : douceâtre, doucement écœurant, et tellement pénétrant, de black metal hermaphrodite en diable ; dans, au bout du compte, quelque chose dont on partage la fascination morbide ; cette douleur lancinante et permanente, lovée à son aise dans cette animalité débridée rappelant l'Arrow in Heart d'Aosoth, nichée au cœur de cette voix dont la fièvre rappelle la jeunesse de Marco Neves ; qui pourrait, devrait être celle toujours assortie à au moins une forme du black metal, et pourtant ne l'est pas toujours, pratiqué comme est le style par tant et tant de Monsieurs Mégot en corpsepaint... On finit même, pour tout dire, par ne plus voir aucune difformité, seulement de la cohérence entre le côté un peu suranné et guindé de cette pompe mélodique et rythmique, et le dandysme déchiré, tellement français, d'un disque auquel on finit par trouver des ponts avec le second Decline of the I, sa délicatesse, ses manières distinguées ; aussi raffiné après tout que le tableau d'Arcimboldo que paraissait The Acausal Mass, ni totalement true, ni totalement orthodox ; mais en même temps, quand on y songe, orthodoxe et français...

Le black metal rosâtre, Monsieur, c'est quelque chose. Et le servir comme fière réponse au non moins charnel mais bien plus outré Maranatha, que ce soit dans sa souillure à la cendre ou dans le ton de chair qu'il utilise - ce n'est pas à la portée de n'importe qui.
Tellement sonné pour le compte qu'on en serait presque passé à côté de l'autre signe de chapeau discret dont on peut les soupçonner, à un autre album - mais si, vous savez : pareillement aussi héroïquement virevoltant que néanmoins salé du goût de son propre sang, et pareillement estampé d'un pentacle... Vous le voyez venir, comme un loup dans le vent ?

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