mercredi 7 juin 2017

Phrenelith : Desolate Endscape

Les premières fois, il vous passe un peu dessus - en fatigant juste un peu, mais rien de trop pénible non plus. Ultra linéaire, rythmiquement comme riffiquement, avec ces mélodies ultra-primaires qu'on dirait du death metal pour les moins de 36 mois avec une hache en plastique.
Puis il devient de plus en plus collant, et putride. On s'aperçoit qu'en fait les instruments à corde ne sont là que pour faire, non pas tapisserie quoique le mérite soit le même, mais texture, et épaissir celle-ci ; qu'elles n'ont donc pas besoin d'en faire davantage, rayon notes, que les deux suffisantes à instaurer une ambiance death metal tragique ; peut-être même que si il n'y avait pas ce degré zéro de la mélodie, mais à la place un choix de l'atonal, la sauce n'aurait pas si bien pris, et l'on aurait eu une soupe indigeste, un disque de Monokrom, ou un énième album de war-metal 4.0 à la néozède ce qui fait par des danois n'aurait pas nécessairement été aussi réussi que chez un Witchrist.
Bref ; le reste - tout - se passe dans la lune de miel dégueulasse entre cette voix ULTRA-putride, genre du goregrind avec une âme - très sale -, et ce tapis, quasi-continu du début à la fin, de double-pédale, non moins putride et invraisemblablement sinistre. L'un comme l'autre aussi incapables de répit qu'ils vont pépères. Une sorte de furie au trot modéré, qui donnerait presque envie d'y coller un qualificatif du type "hilare", si les deux ne puaient pas, au sens le plus littéral possible, une morbidité dépourvue du moindre humour ou sentiment guilleret. Il y a dans cette infatigable rythmique d'artificier quelque chose qui tient à la fois de l'insatiable, comme si l'on regardait jouer Rich Hoak, et d'une austérité et d'un anhédonisme total. Simplement la discipline et le plaisir afférent, du travail bien fait d'annihiler méthodiquement, tout ce qui se trouve de vivant, à longues, mornes et infatigables rafales inhumaines, de munitions lourdes et de lance-flammes.
Et le disque de vous coller, vous coller, et vous coller toujours plus, dans cette hostile boue de merde, de sang et de matières moins rationnelles : on pense à Bolt Thrower, ne serait-ce que pour ces contours objectifs de rouleau-compresseur fatidiquement lancé sur le charnier d'une guerre sans espoir, mais niveau cosmogonique le seul qui, a-hem, colle, ce serait un Realm of Chaos en moins énervé, et en beaucoup plus noir-foutu-voué au Chaos et à la Guerre Éternelle. Desolate Endscape pue également la misère, mais vue depuis la vue surplombante du bourreau, et de celui qui ne la savoure pas même comme un quelconque dépravé sociopathe que vous pourriez penser, mais comme un soldat galvanisé par son adéquation à une idéologie totalitaire, mortifère et administrative. On aura rarement fait plus Warhammer, vous pouvez le dire - au-delà du simple fait d'être parfaitement à sa place chez la maison qui publie Sempiternal Dusk et Krypts. Aussi parfaitement, constitutivement apte à traduire ce qu'elle a de plus mélodramatique et brutal à la fois, et mettre en son le pathétique qu'il y a dans ce moment où dans la boue, le sang et la viscère et sous le fracas des armes lourdes, se fait piétiner et assassiner, par des fils de pute de militaires sociopathes narcissiques, le rêve de lumière scientifique fasciste de ce fils de pute d'Empereur de l'Humanité. De toutes les manières, à peu près tous les bons disques de death metal doivent pouvoir postuler comme bande-son à un récit de WH40K, pas vrai ? Desolate Endscape est celle de cette émotion-là en particulier, de ce nœud-ci. Oui, j'aime à dire que le death metal est une musique de sybarites et de la sensualité ; mais parfois aussi, pour ce qui est du désespoir, le death metal se pose juste un peu là ; sous une certaine forme, à un certain calibre, à tout le moins.
Si vous êtes sensible à ce genre de grandiose, et au plaisir de sentir votre cerveau tourné comme du boudin... soyez sûr que vous tenez là un album grandiose.



Aucun commentaire: