mercredi 21 juin 2017

Reverorum Ib Malacht : Te Agios Numini

Au cas où il aurait subsisté un doute sur la nature docte et occulte indissociablement, voire bibliothécaire, de la musique de Reverorum Ib Malacht, Te Agios Numini les voit opter franco (enfin, d'emblée... aussitôt qu'il en a fini avec cinq minutes préliminaires de friselis de violons dignes d'Henri Michaux) pour un son de batterie pattes de mouches, évocateur des plus infects et illisibles grimoires où se faire pleurer les yeux autant par la peine prise à les lire, qu'à la peine spirituelle éprouvée à y parvenir, dans un dégout cosmique hypnotisé - Le Nom de la Rose viendra à l'esprit, dans le même courant d'air désagréable que ceux de Spektr, de Mayhem et d'Imperial Triumphant : toutes choses qui suggèrent le tambourinement sournois et fiévreux de milliers d'insectes.
Le black, après tout et à de rares exceptions près (Satyricon et toute l'autre esthétique black dont il est le plus saillant et pompier champion, pour résumer), ce n'est pas la puissance physique, c'est même tout sauf physique si l'on veut théoriser un brin ; et là-dessus pas de doute, Reverorum ne se trompe pas de cheval : Te Agios Numini est un vrai film d'épouvante, une poursuite psychique panique
En fait d'occulte, on pourrait également noter que Reverorum l'est encore plus que Spektr, dont ils parviennent à égaler la diffuse sensation d'écouter quelque forme avilie, malingre, malade, dévitalisée, de jazz mais en usant pour leur part de rythmes beaucoup moins ambigus - au strict niveau du réel. Là encore, le réel et le black metal...
Les pattes de mouches, donc ; et la Bête dont elles sont le nom ; voilà bien de quoi il est question ici, à l'invocation de quoi la musique est vouée ; avec ses feintes d'apparitions ; ses mirages, eux-mêmes souffreteux et anémiés, de Nosferatu ; ses occasionnels vagissements semblant ceux d'un vieux poste TSF captant les émissions de l'au-delà ; ses relents d'electronica poussiéreuse dont les formules sacrilèges en provenance d'une autre dimension auraient été exhumées d'un codex médiéval ; ses sonorités généralement grêles et méticuleuses qui donnent une aura d' Esoteric Warfare à ce qui côté puissance magique trouble a davantage les airs d'Ordo Ad Chao ; son gargouillis sourd et malveillant qui en fait une chose dangereuse à l'égal d'un vieux Deutsch Nepal (Tolerance ou Deflagration of Hell, plus spécifiquement) ; les nappes d'ambient lynchéennes qui le lèchent, à en tutoyer l'Atropine de Velvet Cacoon...
Oh, et puis je ne vais tout de même pas vous avertir pour tout, non ? Vous voudriez qu'on vous balise tous les pièges d'une histoire d'épouvante ? Surtout qu'à ce stade, vous avez compris que tout était possible dans celle-ci, et qu'il serait futile d'espérer pouvoir se retrancher derrière un horizon d'attente, qu'il soit black metal, industriel, techno-ambient, illbient... Vous n'êtes, hélas pour vous, à l'abri d'aucun prodige en ces lieux qui ne sont pas des lieux. raccrochez vous donc à ce que vous pouvez, pensez à Wilt, à Skinny Puppy, à Lurker of Chalice... c'est tout le pouvoir de la suggestion : lorsque celle-ci est faite convenablement c'est à dire avec très peu, c'est alors que le sujet, laissé le plus libre, peut déployer toute l'ingéniosité de son inconscient, pour un effet de terreur sans bornes bien plus efficace que tout ce qu'on aurait pu rêver de lui décrire.
La Bête n'est pas Légion, contrairement aux insectes industrieux qui s'affairent à son culte malgré la peur qui eux aussi les étreint et leur broie la pensée, mais elle est vaste, car elle est la nuit. Elle aggrippe de ses griffes pour le tourmenter le sommeil aussi bien de Gravetemple que de Leviathan ; elle est le puits des cauchemars, elle est la fièvre qui saisit les rats dans le grenier et les fait courir crépitants en tous sens, elle est la musique des outils du rémouleur qui retentit seulement dans les plus purs silences de l'âme, où celle-ci livre une de ces parties de cache-cache où l'on espère n'être jamais trouvé ; pour pouvoir enfin à son gré se laisser plonger dans le gouffre sans fond, et se diluer dans l'encre et la nuit.

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