jeudi 29 juin 2017

Undergang : Misantropologi

C'est quoi, un bon growl ? Ce doit être une invitation ; à visiter le Warp, ou quelque autre forme de tout-à-l’égout cosmique, occulte au regard de quelque ère et culture, que vous voudrez - ou bien, pour les disques moins ambitieux, la gorge du chanteur.
Pas de doute, ma motivation à tenter un énième repêchage d'Undergang, et d'aller voir si pour une fois il y aurait quelque chose derrière l'indéniable talent de surface pour la saleté, c'est le récent disque de Phrenelith, et mon énième choc émerveillé devant le boyau que fait chanter David Mikkelsen. Plus humide, putride et chaud, on voit guère. Pas de doute, on se sent bien reçu, et loin de toute envie de rentrer chez soi, au milieu de ses glaires, ganglions et autres nodules.
Mais il n'y a pas que lui à vous ensorceler sur Misantropologi, voilà ce qui change. Undergang parvient cette fois, enfin, à rester aussi benêt qu'à l'accoutumée - mais en faisant les choses moins simplettes qu'à l'accoutumée. Le résultat évoque comme rarement - en tous les cas avec un effet sensuel comme rarement, sur un non-amateur de zombies comme bibi - l'image et les bruits corporels divers d'un zombie en train de se sustenter, grommelant à moitié au milieu de ses bruits de succion, de rongement et de salivation, et des marmottements de satisfaction aboyante. Du niveau d'Embalmer et personne d'autre - en version sensiblement plus torpide et, partant, langoureuse. Les guitares quant à elles sont d'une couleur de nausée - elles font vachement bien le bruit du frelon qui a la gerbe, entre autres - à en rendre jaloux Tom Gabriel Fischer, et telle qu'il est rare d'en rencontrer dans un disque se voulant aussi ostensiblement bas du front - la connerie passionnément choisie ne dispense pas d'un amoureux soin du détail, c'est ça la beauté du death metal quand il est fait convenablement.
D'une certaine façon, Misantropologi est donc un peu le frangin death du dernier Beastmaker, autant pour cette façon d'ouvrager des bijoux sans sortir du format petite vignette avec trois ingrédients maximum, eux-mêmes bien rustiques - ces riffs, crétins au dernier degré, et pourtant parfaitement "justes", comme on le dit de nos jours d'un assaisonnement : essayez donc d'oublier celui de "Efter Obduktionen" une fois que vous l'avez entendu... et ces mosh-parts, que l'on voit tellement venir un kilomètre avant, dès le début du plan qui leur prépare le terrain, qu'on a tout le temps de commencer à se lécher les babines, et que leur arrivée est jouissive comme si on venait d'inventer le procédé soi-même -, que pour ces parcimonieux mais parfaits ponts mélodiques d'ambiance, façon film d'horreur tout en onirisme aqueux et en tangage léger ; je me demande d'ailleurs s'ils ne sont pas exactement le même nombre que sur Inside the Skull ; je ne vérifie pas, je préfère préserver le mystère et la féérie - et du coup placer "féérie" dans un article sur Undergang.
Réussir à faire respirer d'autant de charisme, des morceaux rarement au-dessus des deux minutes et demi, et pas des bien denses vous pouvez me croire... La magie de la tautologie : il s'agit bien de cela, ne pas surcharger, et laisser les arômes se dégager - le death metal, j'ai toujours dit que c'était de la gastronomie. Du coup on émerge du disque ensorcelé - et avec un goût d'encore sur la langue, on croit rêver à voir comment l'album supporte de s'écouter plusieurs fois de suite ; l'estomac tout sauf surchargé, ainsi qu'on sort de table chez le japonais - je ne voulais pas le dire, qu'à mon humble avis c'est probablement la fréquentation de Takashi Tanaka dans Wormridden, qui a tout changé, mais si la logique m'y contraint aussi commodément...
On n'en est peut-être pas encore, question ambiance et aura méphitique, au suffocant niveau d'Anatomia, mais largement au-dessus d'un sacré paquet de disques gavés jusqu'à l'indigestion de passages atmosphériques ou surchargés en sur-texte occultiste pratiquant (oui, "sur-" et "-iste", il faut être précis), ce qui n'est pas peu d'insolence, de la part de pareil disque de death bidet, comme l'a qualifié un ami et collègue qui sur ce coup n'a pas volé son auguste patronyme. D'où il s'ensuit que le disque peut, au choix et selon l'envie ou l'humeur (ou la quantité de cerveau disponible, pour revenir dans le champ lexical zombique), se déguster comme un petit nanar envoûtant, ou se bâfrer comme un bon gros navet bourratif surtout pour le lobe du plaisir et ultra-minceur celui de la finesse. 
L'antidote à Coffins.


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