jeudi 20 juillet 2017

Brian Case : Spirit Design

"Ah ben voilà" ; ou encore : "Que se passe-t-il lorsque" un gus dont le groupe de rock s'échine un peu en vain à égaler le minimalisme et la sévérité dont est capable la techno - se décide enfin à donner dans la techno franche et pure ?
Le gonze des prometteurs - ascendant frustrants - Disappears met au jour le filon d'une techno (appelez cela bass music si vous êtes jeune) qui reprend directement les choses où les a laissées Second Layer - un très gros rhume, ça aide - et les catapulte directement dans le futur où il vit déjà : un qui tient beaucoup de 2001 : Odyssée de l'Espace, pour le niveau de festif et de légèreté de l'âme, si vous voyez ce que je veux dire.
La cold-wave et la techno ont beaucoup à se raconter mutuellement, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on le sait, mais ce n'est jamais fini, et l'on n'a jamais fini de s'en délecter - pour peu qu'on aime frissonner de fièvres glacées, et écouter langoureusement crisser ses dents. Si l'on est capable de voir la beauté dans les grincements, le claquement de mâchoires de la redescente, le grelottement, à n'en pas douter on en trouvera ici, dans un disque qui va plus haut que la somme de ses parties, si l'on considère que ses parties sont Disappears et Second Layer - et va carrément susurrer à l'oreille de Specific Momentific... qu'il emmène faire un after au bloc opératoire désert. Mais vous pouvez si vous y tenez ajouter à ladite somme Pan Sonic et Emptyset, que Brian Case met au rencard où est leur place, avec sa délicatesse sans tapage qui produit au moins largement autant de pesanteur, tangible autant qu'intangible - ces brutes en moufles, aux idées courtes de décorateurs...
Oui, on parle d'un tel grade de savoir-faire, en chirurgie du son, touchant à l'alchimique, qui laisse difficilement déterminer si l'on est la proie frissonnante d'un froissement, du frigo, du réacteur d'un d'avion, d'un cyclotron langoureux... Qu'on comprendra aisément comment je ne comprendrai jamais, justement, qu'on la gaspille de façon contresensique au service d'un rock, tel que chez Disappears ou autres My Disco. Cette science est ici à sa place, comme qui dirait où les étoiles la lui avaient préméditée pour unifier tout un corpus, une recherche qui court de Klinik à Starfish Pool en passant par Zymosiz, Black Lung et Haus Arafna, et qui paraît au moins le temps que dure Spirit Design se résoudre dans ce gisement de rayonnement brut, pur, ce creuset de son où la voix blanche de Case vient pareille à la Pythie dans les fumigations, se baignant, se faire le véhicule sensuel et irrésistible de toute la puissance comminatoire enclose dans ces sonorités qui sont elles-mêmes puissance, alchimie, mutation en marche, qu'on appelle cela comme on préfère. Ici, dans cette chambre noire, ces minerais de son non-pareils sont à leur place, celle où leur brillance effrayante peut être honorée, cultivée, affutée comme elle se doit, pour éclairer des rêves géométriques aux saveurs particulièrement rares.
Y a pas à dire, des plongeons dans le coma de cette trempe, pour aller baigner dans pareils effleurements non-euclidiens des nerfs nus : ça réveille comme on n'en a pas si souvent l'occasion.

mercredi 12 juillet 2017

Wolfkhan : Cyber Necro Spirituals

De la dark-wave à forts relents, combinés, de C.A.I. 777, Calva Y Nada, Limbo... de la meilleure possible, bien biscornue, heurtée, gibbeuse et ombrageuse, ainsi qu'il se doit, donc ; mais exécutée par des types sortis d'un groupe de metal ingrat quelconque, dont le nom importe peu - d'ailleurs je l'ai déjà oublié, un truc du style Thy Blaze of Azazel Pandemonium, casez un K quelque part démerdez vous - et c'est exactement comme ça que ça sonne : dénué de tout trop-plein testostéronal de personnalité à affirmer côté metal, juste ce qu'il faut d'animalité en bagage, un peu à la manière de Wolfpack 44...
Mais alors un hirsutisme dont la transposition, et la transmutation, s'avère parfaitement réussie, puisqu'en résulte que le disque tour à tour et sans résoudre son ambiguïté évoquera Punish Yourself, que j'ai vu cité ailleurs, pour son côté primitif et dionysiaque, ou bien Mother Destruction, pour la sourde exaltation celtique de son chamanisme, voire carrément Fever Ray, pour ce halo étrangement new-age à sa dance tribale, sourde elle aussi : on voit si le disque est univoque ; ce qui n'est probablement pas pour rien dans le fait que l'album, avec les seuls expédients de ses sonorités et effets que d'aucuns jugeraient probablement ringards ou bon marché, au regard de ce que les velléités occultistes modernes sont capables de déballer, avec une ostentatoire opulence - s'avère bien plus rituel que bien des choses ritualistes, grâce à cette aura de secret nocturne, de cérémonie discrète, de magie ombreuse, bref de mystère au sens premier, qui l'entoure à chaque instant.
Ce pourrait être la langueur d'une fin de calme bacchanale vespérale, sur une île perdue dans le Pacifique, où Dagon coulerait des vieux jours doux, entouré pour changer de moelleuses hétaïres baléares ; ou bien les premiers cris de loup dans le crépuscule sanglant d'une région égarée de l'Est européen, à l'heure où langoureusement les vampires s'étirent. C'est un étrange petit monstre tel qu'on n'en avait vu l'égal depuis Les Berrtas.

mardi 4 juillet 2017

Undergang : Døden Læger Alle Sår

Alors là, dans le genre nauséeux, on aura du mal à faire mieux. Avec une pareille basse - un tuyau d'échappement qu'on vous donne directement à téter, plutôt - on ne court guère de risque de mal faire, pour sûr - mais pour être sûr Undergang en seconde l'effet avec une guitare chaude et clapotante comme la deuxième vague de gerbe qui monte tranquillement, réconfortante, accommodante, enveloppante ; et le triple avec une abondance de tempos popo typés goregrind, idéaux pour parachever le mal de mer que procure une virée sur les mers jaunâtres de la bile et des grumeaux ; et puis, bien entendu, il y a la voix de Mikkelsen, comme un long et morne rot qui marmotte du début à la fin de l'album, brûlant et réconfortant lui aussi, qui vous berce de ses histoires de flaques de vomi, de vers qui grignotent, de fluides qui dégoulinent lentement le long des murs
C'est bien simple, l'affaire est tellement rondement menée, que même un solo étincelant, arrivant comme un cheveu de princesse sur la soupe au caca du dernier et plus dégueulatoire morceau du disque - n'est plus en capacité de rompre le charme, et se pare lui aussi des couleurs du vomi universel, et d'un halo doré comme le staphylocoque du même nom.
On peut parler d'un véritable art de rendre le sordide le plus macabre et le désespoir le plus gluant, accueillants, chauds et rassurants ; parce que, n'en doutez pas, tout comme pour Wormridden, on se marre bien à décrire leur musique, mais nettement moins à l'écouter : prêtez l'attention deux secondes au monocorde murmure d'égout de Mikkelsen, au grognement horriblement vitreux de sa voix - non mais sérieusement, quel caractère hypnotiquement impérieux est celui de ce continu torrent de grumeau de ténèbre... cet homme ou en tous les cas cette voix, est au gabarit d'un mythe, d'une bête fabuleuse - ; au clapotement de cette hideuse batterie, capable en un clin d’œil et sans aucun accroc dans sa fluidité diarrhéique, de passer du titubement de zombie las au pas de charge létal certifié Bolt Thrower, où à la house music pour vermine coprophage ; au trépidement de moteur de cette abominable basse, qu'on croirait Ben Green mais mordu par un mâtin enragé...  Votre esprit est irrémédiablement souillé ; vous réalisez qu'entre terreur et terreux il n'y a qu'un frémissement.
Døden Læger Alle Sår, c'est à la fois "enfin du goregrind qui groove vraiment", et "enfin du goregrind qui donne pas envie de rigoler et de péter". Un tour de force assez peu banal, quand on y songe. Tout comme celui qui va consister à devoir intercaler le disque pile entre ceux d'Autopsy et ceux de Circle of Dead Children.