mercredi 4 octobre 2017

Blut aus Nord : Deus Salutis Meae

On dira ce qu'on veut, et peut-être êtes-vous pour votre part passé à l'ère du dématérialisé (vous passerez à la fin de la conférence, m'expliquer comment vous bouffez et baisez, ça m'intéresse ; me dites pas que vous voyez pas le rapport avec la musique), mais chez certains d'entre nous du moins, une vieille pochette, ça n'aide pas un disque. Celle-ci, là, certes est moins pire que celle que se tapait Codex Obscura Numina, les couleurs en disent même assez bien l'essentiel, mais...
Je vais vous dire, la couverture qu'il lui fallait, à Deus Salutis Meae : une illustration d' H.R. Giger. Une bien gratinée, une de celles qui te suffoquent par les yeux au premier regard, et à tous ceux d'après. Là on en aurait eu, de l'adjuvant visuel approprié pour vraiment décoller dans l'emphase et l'extase. Je ne sais pas ce que j'ai, à voir dernièrement Celtic Frost un peu partout, possiblement depuis que j'ai enfin découvert Melana Chasmata - au point d'en avoir trouvé par exemple chez Teeth of Lions Rule the Divine - mais ce nouveau Blut aus Nord, c'est un peu beaucoup Celtic Frost restauré pour l'ère moderne ; pour en faire de nouveau ressentir, à notre ère escaladeuse, ce qu'il a pu avoir de choquant, de répugnant, d'extrême, en son temps. Évidemment, on ne sera pas réellement choqué, parce que c'est Blut aus Nord et qu'on connaît toujours à moitié tous ses trucs, et que l'attention a la fâcheuse tendance à se fixer sur ceux-là, plutôt que sur ceux qu'on ne connaît pas et qu'il conviendrait de déguster ; mais tout de même, cet affreux black metal puant la mort comme à ses troubles origines, mais en l'occurrence se procurant son matériau de chair morte dans la chambre froide du Nostromo... Lorsqu'on fait l'aimable effort de la suspension de crédulité, il y a de quoi être séduit ; et s'installer confortablement, dans ce cossu salon frigorifique, s'y délecter des nouvelles notes de maladie vocale, qui s'y égaillent ainsi qu'en une volière Harkonnen, aux barreaux solides de métal en putréfaction - album de la synthèse, Deus Salutis Meae ? Certes pas au sens compilation ou vitrine technologique de l'exercice, alors ; plutôt comme un tableau fait de perspectives, a-hem, harmonieuses, où tout tombe (vous l'avez ?) à sa juste place : la bestialité des What Once Was, les chœurs célestes en bourrasques glacées de Cosmosophy, les martiales lignes de croiseur extra-terrestre de Sect(s), on peut distinguer bien des choses, déjà dites par Blut aus Nord, dans Deus Salutis Meae si l'on y tient ; mais chacune est où il faut dans la profondeur du transept bio-mécanique aux puissants effluves de chair en animation forcée par des vérins oints d'huiles délétères, afin de concourir au grandiose de toute l'affaire, et à son meilleur effet d'horreur blasphématrice contre la vie - le disque a vraiment un caractère death metal prononcé, ce qui est par nature assez euphorisant... L'album donne envie d'ériger des fantasmagories pompeuses à son majestueux frétillement noirâtre, au grouillement de son odieux concert de vagissements, qui apprend quelques tours de sa façon autant au premier Aevangelist qu'au dernier Impetuous Ritual... Un grand moment de train-fantôme, pour sûr.
Et le tableau général, que représente-t-il, je vous le donne en mille ? Une infecte ignominie, quelque part (un cul-de-basse-fosse, un tout-à-l'égout, une oubliette...) entre death et black, ni l'un ni l'autre, à l'impossible mine et l'haleine épouvantable - encore souillée ce qu'il restait de possible à souiller, dévoyée, avilie, dénaturée par l'industriel.
C'est monstrueusement cool - c'est du death metal - ça n'a pas la mégalomanie de durer beaucoup plus de trente minutes : il sera bien temps à l'heure de l'Histoire de vérifier si cette abominable moule y est restée accrochée ; pour l'instant, on déguste.

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