jeudi 5 octobre 2017

Cerf Boiteux : Alternative au Silence

On parlait pas de musiques pas heavy bien plus heavy que les heavy assermentées, récemment ? Enfin, sauf à considérer que le post-rock, puisqu'apparemment il faudra prendre Cerf Boiteux comme tel, soit reconnu comme faisant partie des musiques heavy : j'ai bien cru comprendre (pas écouté : pas fou) que Mogwai pouvait se montrer pesant, et je les crois capables de l'être sans mal, surtout sur ma patience, mais... Passons.
Or donc, en vérité Cerf Boiteux font partie de ces groupes qui peuvent avec une pesante pesanteur vous laminer le moral et l'allant. Il leur suffit d'ailleurs pour ce faire de quelques minutes d'introduction - mais probablement par la précaution qui dénote des esprits ordonnés, ils s'y appliquent tout leur disque durant. Les passages aériens et autres séquences d'arrachage au plancher des vaches - il paraît que c'est également une obligation post-rock - y compris. Pour s'acquitter promptement de la vacherie règlementaire : niveau ambiance qui vous ronge, sans vous laisser d'autre choix que gémir de semi-plaisir morose, on est, avec n'importe quel moment d'Alternative au Silence, confronté à bien plus forte affaire que dans toutes les gueulardises dont se rend coupable le dernier (et affreux) AmenRa, dont ce qu'il a de plus lourd est sans doute la tartignolade qui lui sert de pochette - mais revenons à Cerf Boiteux.
Dont la musique - autre point commun, en sus de cette répugnance à l'explicite, avec celle de Nooumena qui ne lui ressemble formellement guère - parvient à concilier ladite pesanteur avec une tension non moins démentie, installée dans presque chaque seconde du disque, grâce à une retenue de tous les instants, sévère, exigeante, précise.
C'est donc avec une moitié de surprise seulement que, approchant la fin de l'album, l'on contemple la mutation de Cerf Boiteux en une manière d'Oranssi Pazuzu version sinistre, sans une once de ce sens de l'humour qu'on peut toujours entrevoir sous les grimaces carnassières de ces bons vivants que sont tant les toxicomanes que les adorateurs de Satan ; la tension du coup est presque sauve, ce dont on ne peut dire autant de vous, éreinté comme vous voilà laissé par une alternative au silence qui, certes, ne soulage de rien et ressemble à un fruit empoisonné, mais pourtant procure un bien fou, peut-être parce que la tension - qui n'est pas la raideur - est la caresse de la vie, et l'ai-je déjà dit ? l'anxiété c'est beau, et c'est bien ; appelez la l'inquiétude si le mot vous fait peur, mais la peur Cerf Boiteux sont de ceux qu'elle n'empêche pas d'avancer, comme on s'engage dans le jour venteux et sa gifle continue et son sourd mugissement qui vous baigne la carcasse - et d'ailleurs Cerf Boiteux s'y baigne comme si elle était aussi limpide qu'un ciel étoilé, et soyeuse qu'un album de Bohren & der Club of Gore, avec la sensualité d'une lame.
Qui refuse pareilles caresses a une bien triste existence.

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