samedi 21 octobre 2017

Enslaved : E

Était-il réellement permis ou raisonnable d'en douter, rétrospectivement, de la qualité de cet E ? Pour ma part, j'ai presque totalement cessé de le faire après analyse presque réfléchie de ce dont on pouvait lire l'augure (vous l'avez ?) dans "Storm Son". Ce morceau présenté en guise d'apéritif n'a fait, depuis, que grandir dans mon estime envoûtée, d'aimable et timide promesse qu'il était alors ; et ceux qui suivent sa majestueuse entrée en matière, confirmer toutes les suppositions.
La pochette, je vous laisse vérifier par vous-mêmes, est une fusion entre celles de Mardraum et de Riitiir, soit deux de tous meilleurs albums (manque peut-être Vertebrae), où la palette et les lignes de force de l'une et de l'autre s'entremêlent. Et Enslaved, depuis quelque temps, c'est un album sur deux : Axioma Ethica Odini était affreux, In Times insipide ; voyez ceux qu'on trouve, intercalés. Cela se joue surtout sur les lignes vocales claires, qui une fois sur deux tombent dans l'écueil qui menace en permanence ce type de vocaux, posé sur du metal progressif : la vulgarité. Il faut reconnaître qu'Enslaved y échappa plus souvent qu'Opeth.
Et cette fois, si ce ne sont pas leurs plus belles, ce sont assurément leurs plus gazeuses ; et leurs plus new-wave : on navigue, en plein ciel bien entendu, et au jugé, entre Faith No More - autre groupe toujours guetté par le mauvais goût et la balourdise FM question chant ; mais pas du temps que c'était un groupe new-wave - ,Yes et le Killing Joke hivernal d'Absolute Dissent et MMXII. A ces beautés s'ajoutent des guitares salines comme peuvent l'être celles du dernier Nooumena, qui rappellent magistralement comment Enslaved a su rester aussi corrosif et décapant que du black metal, mais en jouant du progressif, sans même avoir besoin de recourir à des choses aussi grossières que des "passages black metal" en due forme (de tunnels voués au fan service), tant même les parcimonieuses interventions en chant grutlé paraissent toujours moins incongrues, précisément dans cet idiome de metal façonné à même le vent, et ne prendre sens que par rapport à lui, et non comme un rappel, qui serait inopportun et vide de sens, d'une ancienne vie d'Enslaved. Plutôt comme la prise de parole, itérative, des falaises déchiquetées, de la roche aride, de ses aiguilles anciennes à l'expression impénétrable sous les gifles et les embruns : ici, il faut admettre que le cher vieux Kjellson atteint à l'élémental, grade Lasse Pyykkö. En unité, donc, avec avec le reste de la musique d'E.
Le vol d'un oiseau ne se racontant pas davantage que la sarabande des vagues, ou les boucles du vent, je vous laisserai, arrivé à ce point, vous reporter directement au disque. Il vous attend à bras ouverts.

Aucun commentaire: