mercredi 11 octobre 2017

Hexis : Abalam

Oui : j'ai décidé de me faire le film à l'envers, c'est amusant aussi.
Abalam est mignon - un peu ; touchant : il est - encore, donc - un peu plus riche que la suite en traces d'un black metal sous sa forme un peu plus traditionnelle : dans le riffing, dans la netteté avec laquelle on le lit, mis en son et en scène, dans un vomi vocal qui bave davantage... Tout ceci, bien entendu, maîtrisé avec toujours - ou déjà, c'est égal - la même minimaliste et très graphique rigueur ; on parle donc de black monumentalement brutal qui vous libère de tout souci concernant, pour prendre un exemple vachard au hasard, les aventures ultérieures... d'Aosoth ? allez, disons plutôt les passées, présentes et à venir d'Antaeus ou Arkhon Infaustus - simplement par la magie de son black définitif en tranches parfois d'une ou deux minutes TTC - puisque cela en revanche ne change pas : qui dit théâtralité plus grande ne dit pour autant pas, dans le langage d'Hexis, préliminaires, interludes et effets de manche, l'on est toujours d'entrée au cœur de la fournaise glaciale, de la sulfate paroxystique, de l'extermination, au noyau de l'affaire (rappelez moi, comment on dit noyau en grand-breton ?), et l'on y reste, à travailler des modulations d'ondes subtiles sur ce qui peut paraître, par le fait, une sorte de signal plat.
On l'a déjà dit et c'est ce qui peut rebuter, laisser à la porte des disques du groupe : le plat, l'à-plat, le nuancier de noir sur noir, c'est le lexique Hexis. La faculté, certes, du stroboscope à installer le surplace, mais aussi, corollairement, à étirer le temps ; de façon à, si on le souhaite, y pulvériser des mondes en une minute et demi effective (c'eût été davantage opportun à propos de "Miseria", mais il faut bien à un moment formuler, au sujet d'Hexis en général, une parenté avec This Great City). Quand bien même, encore une fois, certaines choses ici paraissent davantage gravées dans la matière, le relief de celle-ci plus montagneux, et le rythme plus capable d'une émotion hardcore : c'est parfois pour le meilleur, avec un "Abalam" au milieu duquel le batteur prouve une nouvelle fois la cuisante pertinence avec laquelle il sait taper répétitivement au même endroit, mais pas au même qu'à l'accoutumée, et qui laisse étourdi, à subir impuissant l'enchaînement avec un "Immolabant" en miroir ; le pas de trop étant toutefois franchi par un "Inferis" de clôture qui verse dans le pathos post-hardcore - agrémenté de moulinets d'un black metal d'une larmiche trop humain ; un peu dommage, pour une conclusion qui porte mièvrement son nom, et fait piètre usage de ses huit minutes. Enfin, on est sans doute un poil sévère, mais c'est que lorsqu'on avait vu d'indiquées presque neuf minutes, on avait espéré la même invraisemblable sauvagerie que les morceaux de cinquante secondes, mais déployée au ralenti, plutôt que cette calme descente ; il faut reconnaître que le batteur y reste impeccable d'austérité sinistre.
Mais on peu donc préférer la version japonaise de l'album, qui présente la particularité salutaire d'y enchaîner deux nouvelles décharges de black on black on black, dans la veine qui sera poursuivie sur Tando Ashanti : dans une époque qui, de Noir Plus Noir que le Noir à The Blackest Curse en passant par le label Blackest Ever Black, a ma foi un peu l'air de qui cherche ce qu'il y a après (après se dit post, au fait) l'histoire et après le noir... Il faut avouer à la fin que Hexis semble avoir réussi bien mieux que, par exemple Primitive Man - ce n'est pas moi qui leur cherche noise, puisque l'un des deux dits morceaux est issu d'un disque partagé avec eux - à susciter la réponse émotionnelle à l'écoute d'une musique ennemie jurée de toute émotion et humanité plus claire que le noir - d'ailleurs l'autre morceau provient pour sa part d'un disque partagé avec This Gift is a Curse, et assez logiquement il donne à ses derniers des airs punk rock débrailllé, en tous les cas définitivement pas dans le même pré.

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