dimanche 8 octobre 2017

Hexis : Tando Ashanti

Rigoureux.
Tel est ce qui doit être le premier mot avant tout autre au sujet de Tando Ashanti.
Je confesse sans difficulté une paresse certaine (il est possible que j'aie écouté Abalam une fois ; un jour), au moment d'aller vérifier si c'est là un état de fait qui dure, depuis un temps, à déterminer, pouvant aller jusqu'aux origines du groupes, ou bien si plutôt cela date du présent disque - mais il y aurait erreur à prendre Hexis pour ce que d'emblée on a envie de les croire : un groupe pré-repassé, prêt-à-mépriser, avec la propreté qu'il ajoute à cette outrecuidance ridicule de vouloir s'aventurer sur le terrain déjà dévasté et vitrifié par This Gift is a Curse. Voyez ces visuels, ces intitulés, cette exécution : tout ne paraît-il pas bien trop propre, découpé, défini, pour être honnête, sale, hardcore : réellement violent ? malsain ?
Là réside bien le malentendu. Hexis, qui ne doivent pas être si bêtes (ils nous en redonneraient presque foi en l'humain, un comble), ne jouent pas du tout du This Gift is a Curse ; cela y ressemble, par l'emploi de cette cadence volontiers stroboscopique et de cette engeance de "riffs" typique, aux harmoniques d'alerte atomique, d'urgence toute colorée de malfaisance dystopique. Mais les pairs d'Hexis - au moins, encore une fois, pour Tando Ashanti - sont Khanate, Monokrom et Emptyset. La musique que vous trouverez ici, ses infra-basses en pagaille malveillante mais tracées à l'équerre, ses impitoyables pentes de guitares dénudées de toute personnalité sensible, son rythme presque en permanence calé sur le tapis de double pédale, la pureté sévère et maniaque de toutes ses sonorités : tout ici n'est que rigueur extrême d'une épure particulièrement, cérébralement, sévère. Mêmes riffs, oui, mais comme dit plus haut, ne méritant ici le terme qu'entre guillemets tant ils sont ici servi à l'état de minerai brut, aussi monumental que black metal peut l'être mais épuré de tout romantisme, seulement taillé pour les besoins de ces belliqueux polyèdres noir mat de morceaux, et certainement ni dégrossi, ni serti, ni ciselé selon quelque motif émotif que ce soit : tout juste comme se sculpte également la musique d'Hexis dans la monolithique, uniforme, mate et obtuse matière d'une cadence à peu près exclusivement - rigoureusement - figée dans la double-pédale - ou quoi que ce soit qui y ressemble trait pour trait, peu importe où soit-il que ce bourreau inflexible de batteur cogne... Ou pas, d'ailleurs : il importe, justement, et en particulier à la jouissance humaine, si, dévoyée soit-elle, qu'il y a à écouter Hexis, que l'improbable machin parvient à moduler - guère, hein, ce serait un contresens vu la stratégie générale - subtilement ce qui ne paraît pourtant qu'un stroboscope, folichon comme de petites tranches de gabber, courant en continu à travers des morceaux dé-personnalisés, que pourtant il arrive à faire luire d'une viscosité différente de l'un à l'autre, malgré encore l'uniformité globale d'une gangue dont l'ample cours linéaire semble indifférent au découpage du disque ; et à disposer en perspectives de béances carrées noires dans des murs noirs.
Repassé, disions nous encore : il s'agit bien de cela, de cette minutie qu'il faut à aplatir, à marquer les plis jusqu'à ce qu'ils coupent, à imprimer et imposer avec la force brûlante la forme - droite, géométrique, sans fantaisie - que l'on a décidée pour les choses. La musique de This Gift is a Curse peut être qualifiée de cataclysmique, et celle d'Hexis ? Certes pas, c'est bien ce qu'elle a d'horrible : cette absence totale d'excuses naturelles, de circonstances atténuantes, d'irresponsabilité animale. Elle tient bien davantage d'une dévastation minutieusement, obsessionnellement préméditée ; de sang froid, qu'elle ne perd jamais ; tout sauf écorchée. Du hardcore ? Ha ha ha ; même du true black metal norvégien est plus hardcore que cela ; les larsens ici font les bruits d'une usine affairée, tranquillement appliquée à son activité ; le seul sentiment humain, puisqu'il en reste, est celui d'une légère lassitude ça ou là devant le peu d'héroïsme et de folie de la tâche restant à accomplir. La beauté de tout le machin est forcément un peu crispante ; mais réelle. Une chose étrangement vide ? Ou tout simplement apaisante ?
Il vous faut une petite vacherie pour la route ? Tando Ashanti est tout ce que Céleste n'a jamais su être, parce qu'ils n'ont jamais cessé d'être les emos de leur premier disque, malgré les coups de menton.

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