jeudi 12 octobre 2017

Marilyn Manson : Heaven Upside Down

Bonjour ; installez vous quelque part, prenez une chaise, de quoi noter si besoin - normalement ça devrait pas... Bienvenue au cours de Lecture de Bonne Pochette.
Alors : qu'avons-nous là ?
La petite croix de Lorraine inversée : le cachet satanico-nazi, parce que c'est Manson donc petit a il se doit d'y avoir un arôme "soufre", et petit b c'est un has been qui n'est pas encore passé à le "occulte", resté vaguement bloqué qu'il est sur ce blaireau de Satan, et sait qui est Marlene Dietrich.
La grosse gueule à Brian, avec son oeil de couch potato porphyrique, sa lippe de mérou dépressif, son teint de Polonais mort : ma foi, ça évite de marquer un nom malseyant sur une pochette très graphique et tautologiquement non-verbale, et puis ça nous avertit aussi, par le fait, que, eh ! c'est du Manson qu'il faut attendre malgré tout ce qui pourrait venir à nous surprendre : tics vocaux de drag-goule dégoulinante, refrains neo/dark biseautés, arrangements électroniques de Nine Inch Nails pour strip-bar du Michigan, bouffées sci-fi-glam et ainsi de suite.
Notons cependant que, entre la coupe de cheveux et la moue, le trouble et la confusion des genres sont bien plus grands que d'habitude : Brian Molko ? Nicolas Cage ? Ian Curtis ? Gary Oldman ? Oliver Chessler ? Mark Hollis ? Martin Gore ? Une star nazie quelconque ? Il est permis déjà de soupçonner un album pas forcément aussi "signature" que tant d'autres qu'il s'est permis l'auto-indulgence de faire.
La coupe du loden : géométrique, minimale, disposée de façon autoritaire, violemment fashion, elle nous dit que le Révérend et ses sbires ont beaucoup potassé Josh Homme, et en particulier, sinon le dernier, l'un de ses tout meilleurs : Era Vulgaris. On est dans le design sonore, ces gens ont bien compris que désormais le rock ordinaire est à un cheveu de l'industriel, tant tout est autant chimique et taillé au rasoir dans un disque des Kills ou Dead Weather, que dans Sea, Sex & Burn ou un album de H3llb3nt, on est un peu dans Karl Lagerfeld aussi, c'est impeccablement taillé au millimètre, et les chevrons paraissant sculptés dans la cendre pétrifiée permettront de faire passer même des pellicules pour de la cocaïne retrouvée dans les ruines de Dachau.
Notez que la pelure est fourrée ; Brian nous signale qu'il craint une vague de froid. Il sent le vent même en studio.
Le gris : Berlin. Clairement, Brian et son escouade de nervis n'ont pas écouté que Era Vulgaris, mais également Post Pop Depression ; et aussi, mais il y a beaucoup plus longtemps, The Idiot et Low ; et ils se sont dit que s'ils n'étaient certainement pas Osterberg, ils avaient pour sûr au moins autant que lui d'amour à revendre, pour ces deux derniers - que personne ne vienne m'interrompre pour un procès en incommensurabilité, ce sont des albums que personnellement je ne mets dans aucun panthéon, simplement des modèle d'une couleur sonore bien connue et identifiée : celle du médicament, de la descente dans l'enfer de la cocaïne, les claquements de dents et les frissons de la paranoia... et ainsi de suite. Et croyez moi, le temps de quelques breaks, Warner va te vous leur apprendre sur le sujet et la conscience cristallisée, quelques tours à sa façon de gamin ex-moderne, aux ancêtres ; et aux proféreurs de "Nine Inch Nails du Michigan". Il te tisse même - couture - une continuité entre les gimmicks bubblegum-fifties-whatever made in Homme, et le gospel à la Depeche Mode, dont du reste les albums tardifs sont des cousins de Heaven Upside Down, dans le genre synthetic rock anxieux de quinquas sapés pour plus cher que ta bagnole.
Notez Berlin et chute, ça devrait suffire.
Bon : au passage, Brian se permet de réconcilier les jumeaux contrariés Ministry new-wave et Bauhaus, d'en faire un de ces morceaux qui sont des figures obligées sur ses albums, donc d'y imprimer sa marque propre sans encombrant excédent de révérence - et de donner au résultat le nom éminemment distingué de "Saturnalia" : est-ce assez dire la grande forme où il se trouve, ainsi largué dans un Berlin des nuages en coton hydrophile, porté perdu pour la science de la pop culture à succès depuis longtemps ?
Son meilleur disque ? Comme on dit lorsqu'on est journaliste : "probablement".
Et donc, mes regrets pour vos pudeurs de sainte nitouche - mais en même temps si vous traînez sur des pages où on écrit sur la musique au lieu d'en écouter, vous n'allez pas me jouer les effarouché-e-s et les midinettes au moment de disséquer votre émotion - voilà toutes les raisons, qui ne doivent donc pas grand chose au si poétique hasard des sentiments, pour lesquelles vous trouvez Brian Hugh Warner si fichument beau, là dans ce petit carré.
Merci, à jeudi prochain.

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