mardi 17 octobre 2017

Stonebirds : Time

Dans "équilibrisme" il y a ... ? Il en faut un sacré, pour ainsi que le font les Stonebirds, caracoler, cabrioler, élégamment virevolter parmi les nuées ; mais c'est qu'eux en démontrent un permanent et total, d'équilibre, entre épaisseur des riffs en bois raboteux et nature gazeuse de l'âme ; au risque de se répéter, il n'y a qu'à voir comment ils s'appellent, et annoncent au fond la couleur.
Du coup, on pense à... pas grand monde. Mais dites vous, s'il est besoin, simplement ces noms-ci : Kalas, Mike Scheidt, et Hangman's Chair. Ça ne devrait pas trop vous décrire la brumeuse, changeante, rêveuse musique de Stonebirds d'une façon précise - hors de propos -, mais vous situer en revanche assez bien de quelle teneur en soul on parle, de quelle facilité onctueuse et bienveillante à marier amertume, abrasion, mélodisme bluesy à l'hospitalité auguste.
On me dira - et l'on aura en partie raison - que tout ceci s'appliquerait aussi bien au disque précédent ? C'est que Time réussit, avec le ravissement qui s'ensuit on s'en doute, susciter les mêmes impressions et émerveillement "malgré" une lourdeur plus prononcée, un air plus penché vers le côté neurocore de son équilibre au premier abord, moins volatil comme on le craint quelques instants en entendant certains accents orientaux - mais alors, s'avère-t-il heureusement bien vite, un neurocore doux, en tous les cas toujours aussi rêveur malgré d'occasionnels bien réels accès de fureur, et d'une noirceur à l'ambiguïté nocturne que sa pochette ne vole pas, et très humain, voire terrien ; et pour cette exacte raison bien plus spirituel, et céleste, que tous les super-héros prométhéens de la discipline.
Time est physiquement plus bûcheron et, magie ou simple évidence, c'est cela qui le rend plus profond, sans façon, dans son ascension des nuées, au mépris nonchalant de sa corpulence, sa charpente aussi raboteuse que le vent d'hiver à qui elle se frotte, ainsi qu'un félin cherchant caresse (les moments où il ne s'y débroussaille pas un chemin à la manière d'un ours dévoré par quelque feu dans son ventre, c'est à dire) : un groupe de stoner qui se met au post-machin, dit aussi platement ce peut avoir l'air d'une reconversion marketing, mais lorsque ce sont de pareils drilles, c'est plutôt une élévation, pour le meilleur et sur des racines profondes, et si l'on se dispensera de spéculations hasardeuses sur "la part bretonne de leur ADN", on n'en pensera pas moins, à entendre comment ils habitent comme nuls autres les nuées troublées, y imprimant au mépris de toute logique métaphorique, débordée, leur puissante foulée griffue ; lorsqu'il est épique, héroïque, cataclsymique, grandiose - et Dieu sait s'il peut l'être - Time l'est à la manière, si l'on veut, du Seigneur des Anneaux mais vu par les yeux de Círdan, depuis ses Havres Gris. Pour ce qui est de savoir sculpter sa musique à même le vent, à part le dernier et l'antépénultième Enslaved, on n'en connaît guère.
Verdun, Monarch, Stonebirds : pour la french touch vraiment fresh, oubliez un fameux art du black metal qui, au vu de ce qui s'annonce chez Blut aus Nord (NB : ce commentaire a été formulé avant la découverte intégrale de Deus salutis Meae) et Aosoth, ronronne et engraisse au coin du feu ; c'est le doom aujourd'hui auquel est offerte une nouvelle ébouriffante jeunesse, avec une étrange forme d'humble insolence (disons que les trois ont, probablement, senti, humé un certain air du temps avec une telle acuité d'intuition que, plutôt que le suivre, ils en ont carrément pris les devants, loin devant), sans s'obliger jamais à la stupidité de choisir entre beauté candide, enfantine, angélique, et férocité post-moderne.

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