mercredi 29 novembre 2017

Aosoth : V - The Inside Scriptures

Une chose est sûre, déjà : si d'aventure le Portal ne tient pas la promesse de son teaser et ne redresse pas la barre de Vexovoid (revendu, pas vous ? vous faites partie des petits malins qui savent voir que c'est leur meilleur, probablement ; veinards, va), j'aurai quoi qu'il en soit mon nid de frelons pour cette année.
Il ne fait pas trop de mystère, pourquoi cet Aosoth m'enchante d'emblée : on y retrouve ce qu'on avait oublié adorer de l'épisode III, à savoir l'impression d'entendre vaguement Deathspell Omega, mais si Deathspell Omega était le nom d'un rottweiler.
Molosse et insecte féroce à la fois : Aosoth est une furie, on l'avait un peu oublié avec un volume IV un brin draculesque. Aosoth est de la même bestiale famille que Hell Militia, et c'est pas dommage vu que Hell Militia, celui de Meyhnach et Persecutor, n'est plus.
Ce que The Inside Scriptures préserve pourtant d'Arrow in Heart - parce qu'Aosoth n'est pas trop du genre à errer totalement en vain, dans ces bois dont il est le maître-prédateur ? L'aspect black metal plus prononcé, au sens épique, conquérant, mélodique de la chose ; l'album de la synthèse, dirait-on prosaïquement - mais certainement pas d'un point de vue de dégustateur, puisqu'il est tout sauf ce trivial genre d'upgrade d'un III dont pour rien au monde on ne renierait pour périmées les ambiances rampantes ; plutôt une toute nouvelle bête, rayonnante et terrifiante à la fois, le Chien des Baskerville apparaissant tout nimbé d'une aura dorée de maladie et de malédiction : pensez au dernier Merrimack, pour situer le genre d'odeur subtile et pénétrante - et par la même occasion le niveau de virulence athlétique que l'album déploie par endroits ; enfin, le batteur l'est pour sa part en continu, athlétique, ce qui fait que lorsque le reste de l'orchestre et nommément les guitares s'y mettent aussi, à l'héroïsme, qui chez elle emprunte autant au norvégien le plus hiverno-centriste qu'à l'orthodoxie la plus blette à force d'être somptueuse... Cela peut faire un peu trop ; ou plutôt discorder, un brin, tant l'image - fort réjouissante, au demeurant - qu'évoque ledit frappeur est celle d'une paire d'Adidas Torsion - je vous jure, en plusieurs endroits c'est à en avoir les mollets qui vous démangent, de coller un démarrage en 2-step, ou à se demander si c'est pas No Surrender qu'on a oublié dans le lecteur, en-dessous de l'album, et qui s'invite au festin -, ce qui forcément jure un rien sous la blancheur de la robe épiscopale de l'ange destructeur ivre et virevoltant de puissance.
Mais c'est à ce prix que l'album tient sa place sur les étagères, aux côtés de deux premiers volumes déjà magistralement animaux chacun à leur manière : en ne jouant pas sur ce terrain où Aosoth a déjà tout dit, et où les quelques zones d'ombre qui subsistent - au cœur de l'ombre elle-même, s'entend - doivent être maintenues et laissées à la jouissance de l'imagination et des terreurs de l'auditeur, faute de quoi c'est tout l'édifice du groupe qui s'écroulera dans une grande tristesse, le forçant ensuite à la même tâche ardue qui attend justement - les revoilà - Portal avec Ion : créer de nouvelles ombres.
The Inside Scriptures, c'est presque comme entendre du black metal pour la première fois ; c'est comme découvrir 1349 - en mieux ; c'est ce que ne pouvait être III, avec ses habitudes alimentaires maladives : du black metal d'une pureté norvégienne altière, dans toute la prestance un brin guindée que la chose charrie... ou presque. A cette nuance que les grêlons y sont des frelons. La fourberie française. The Inside Scriptures est tout simplement - ce qui confirme sa gémellité avec Omegaphilia - excessif, et incapable de se retenir d'aucun des penchants où le porte sa généreuse, dilettante et gourmande nature : un tel tempérament ne va pas sans moments de malaise face aux apparences de difformité qu'il donne à votre silhouette, votre façon de vous mouvoir ou alimenter...
Alors qu'on parle, pour qui sait passer outre la chasteté de ses yeux, d'une aisance lumineuse et héroïque, virtuose et généreuse tant dans la frénésie que dans la langueur, qu'on irait presque jusqu'à qualifier de l'équivalent pop du metal, à savoir le heavy : oui, tout juste comme le Passion d'Anaal Nathrakh.
C'est probablement cette vigueur de surhomme qui lui coûte de me laisser, en ce qui me concerne, extérieur dans mon admiration pour lui, toute violemment charmée que soit celle-ci, cette sportive condition physique, impeccable et inflexible qui ne peut que faire préférer à ma chair la maladie que l'on sent lovée au cœur des deux choses dont il est une manière de combinaison, Omegaphilia et II, à ce merveilleux - qu'on n'en doute surtout pas - péplum aveuglant, à ce grandiose ballet de cisailles.
Rien que de véniel, en somme, rien qui justifie que vous passiez au large.

Gruntruck : Gruntruck

Et si après tout je n'avais pas totalement campé à côté de mes pompes, lorsque j'hésitai longtemps à fiche Soul Pretender sur le webzine spécialisé qui m'employait, au chef d'accusation de "grunge aggravé" ? Et si après tout l'on avait un petit peu sous-estimé la part de new-wave dans ce truc - le "grunge" ? Allez : coller des étiquettes toute la journée, cela rend fou, laissons donc les débats aux gens compétents.
D'évidence, il existe, au moins par l'existence des deux disques dont il est question, un axe grunge-wave, sous-tendu plus ou moins sourdement par le sentiment de Geordie Walker ; pas la peine, après tout, de rappeler avec qui et à propos de quoi Nirvana eut autrefois injonction à s'expliquer par avocats interposés. C'est moins patent avec ces morceaux de Gruntruck, qu'avec ceux de Primitive Race, puisque ce n'est pas "trop new-wave", que pour leur part ils sonnent - mais trop beaux pour être vrais. Trop étincelants de hard rock solaire et salin, délavé et puissant, ainsi que le serait un Pearl Jam des deux premiers disques qui aurait fait le bon choix pour sa route à suivre, et résolu de plaire aux camionneurs et à tous ceux qui portent la chemise à carreaux parce que le cambouis s'y voit moins - plutôt que de devenir la chemise à carreaux de Susan Sarrandon ou Tim Robbins.
Le son de Gruntruck, pas de doute, est typiquement nineties, avec ce grain coalescent et ce riffing où il s'avèrera vain de chercher à démêler quasi-rock-indus, proto-stoner, et Duane Denison ; Pearl Jam, Soundgarden et le premier Tomahawk (comment ça, il ne date pas des nineties ? vous ne pouvez pas parler sérieusement) ; et pour autant, leur singularité est palpable, volant librement, semblant prendre de tous les plus glorieux confrères - Soundgarden, Pearl Jam et consorts - seulement le plus simplement hard rock, en toute sincérité et gorge déployée, tout ce qu'ils ont de moins "alternatif", un peu à la manière paysanne de Paw, pour en faire quelque chose d'unique, propre à réveiller la vieille image du mustang ; le vague à l'âme sous le large et généreux sourire laborieux, la sourde mélancolie sous les refrains puissants.
Une identité où l'on pourra se délecter de détecter des traces de leurs contemporains - de tout ce qu'il y a de meilleur chez eux, et de plus subtil sur la langue - mais toujours de façon savoureusement fugace, comme la preuve atavique de l'appartenance à une même famille : celle des grands du grunge, dont pour sûr Gruntruck fait partie avec cette manière de troisième album perdu, que des bienfaiteurs de l'humanité ont eu la salutaire idée de rendre enfin réel. On y rencontrera du reste tout aussi bien du Clutch, du Led Zeppelin, du Jane's Addiction... Et des torrents brûlants d'âme, à l'égal de nos plus brûlants classiques : il ne fait pas de doute que Gruntruck, fût-il sorti dans les années 90, figurerait aujourd'hui profondément planté dans notre cœur aux côtés des immortels albums des quatre patrons.
Comme je n'ai jamais saisi pour certain le sens du concept "chaînon manquant", nous dirons que Gruntruck, au moins avec Gruntruck, s'avère être l'indispensable et succulente sauce liant entre toutes ces déjà savoureuses choses, puis aussi entre les Beatles et Alice in Chains, dont bien avant le Slick d'Under, elles viennent montrer à quel point le nom même de ces derniers aurait du nous mettre la puce à l'oreille, avec ses consonances Lewis Carroll. Voyez comment le disque peu à peu sur son dernier tiers doucement s'égare vers les eaux troubles des nineties, tissant à sa guise des ponts gracieux et insoupçonnés, entre toutes ces essences au caractère en apparence si fort : "Reverse Angel", entre Nirvana, Alice in Chains et... Gruntruck ; "It's alright", riff à la Helmet, et basse pourtant couleur de marécage intérieur, et de démon intime qui rôde sous sa surface, vénérienne à l'égal de celle d'Undertow ; "Spy" entre Tool et Deftones mais qui s'achève sur un "I got my eyes set on you", dont le soupçon d'allusion à Georges Harrison, qu'on peut croire y entendre, paraîtrait alors se confirmer dans la "Flang" qui suit, et ses airs de Beatles ricanant comme des imbéciles malheureux dans la jungle corrodée d'un bad trip sous la lune rousse, qu'on aurait pas trouvé déplacé quelque part sur Dirt... Ou Sap. On penserait même citer Bloodlet, pour le niveau de saumâtre ambiguïté de cette trouble musique.
En un mot comme en deux-mille, Gruntruck s'avère celui qui achève ou parachève de faire de tout cela une authentique famille esthétique (ce qui veut dire de cœur, renseignez vous) et à sa façon, de définir ce qu'on appelle grunge - puisque, ça va sans le dire mais ça va mieux en le disant, tout ce lâcher de noms n'est fait qu'à la fin de vous donner une vague idée de ce qui vous attend comme explosion de saveurs étroitement tissées, de phéromones : non de dénoncer un pot-pourri gauchement fagoté. Une crème de nineties dans laquelle Gruntruck baignait autant qu'il en faisait partie des ingrédients, c'est ce que cet album miraculeux puisque, aussi impensable puisse-t-il paraître en l'écoutant, une chose telle que "Noise Field" a failli être ignorée à jamais hors ses auteurs.
Mais oubliez donc le peu évocateur concept de "grunge", et celui plus réaliste mais si peu flatteur de "metal alernatif" : Gruntruck joue, comme Primitive Race et comme les quatre illustres, de la soul. De soul féline, si vous tenez à la précision.


P.S. : on remercie évidemment chaleureusement Found Recordings ; mais aussi un certain Monsieur Olivier Drago, dont l'insistance, comme presque toujours, était impeccablement justifiée.

lundi 27 novembre 2017

Malvento : Pneuma

Cela paraîtra probablement quelque peu tautologique - mais c'est rudement bien, tout de même, lorsqu'une fiche promo intrigante se révèle strictement factuelle.
Celle de Pneuma parlait de quelque chose qui se qualifiait en black-doom - ce qui, concédons le, peut vouloir dire un paquet de choses, mais désigne souvent peu ou prou la même : grosso modo, une alternance de doom droneslugisant chanté par une goule, de black pataugeant dans une lente agonie, et de black pur ; et tout le monde n'est pas Barbarian Swords, pour faire cela comme il convient - et dans le même temps était vendu comme porteur d'une profonde singularité déjà démontrée et confirmée album après album.
Et c'est exactement cela qu'on entend : une musique qui ne se présente pas mais alors du tout sous les trompettes du forward-thinking et du genre-bending sa mère (comme peuvent du reste le faire des choses fort recommandables et recommandées, telles au hasard Blut aus Nord), paraît plutôt se ranger d'office et de plein gré dans la sous-catégorie des démodés à la naissance, Dolorian et compagnie... Et qui s'avère surtout fort compliquée à ranger où que ce soit ; tout à fait à l'image de celle de Dead Woman's Ditch, publiée également chez 3rd I Rex (ou de Slow Worm, dans un idiome un peu plus éloigné de ce qui nous occupe). Du black, oui, avec une farouche et passionnée conviction chevillée aux gènes, mais affranchi de toute attitude servile face à la doctrine ou la discipline de genre, et qui divague à travers bois en caressant langoureusement les arbres d'une griffe énamourée ; une délicieusement trouble, troublée et troublante liqueur de black rendu à l'état de nature et de rock gothique lui aussi insoucieux de toute obligation rock, ses passions morbides le poussant volontiers à dériver vers la presque dark-wave, divaguant dans les tableaux de quelque film d'horreur sacrificielle chérissant davantage la rêverie que les climax ou le choquant ; les chuchotements dévotement obscènes, les fantômes de carillons, les synthés habités de préoccupations supérieures à celle de sonner convenable : on se situe à la lisière d'une version à guitares de Nightmare Lodge ; tout dénote sans pudeur hypocrite les gens pour qui les termes de nuit, magie et soie recouvrent la même stricte chose.
Pneuma met en œuvre une sorte de psychédélisme de la chute doucereuse à travers les eaux noires - car savoir au juste si l'on est en train d'errer entre les arbres ou de se noyer, est ici de peu d'importance ; oui, tout ceci est bien trop liquide pour du metal (d'ailleurs quand les guitares sortent franchement du bois elles sonnent à tout prendre comme de l'industriel ou du sludge), ou alors une tentative de traduction, avec des instruments vaguement assimilables à ceux d'un groupe de rock, de choses telles que Limbo, Mortal Constraint, Oneiroid Psychosis : un truc de spectres, on le voit. Du rock, autant que peut en jouer un groupe comme Il Giardino Violetto : une sorte de sortilège qui tient du plomb et de l'eau croupie ; trop liquide pour du metal... A moins que ce ne soit, justement, la qualité par où Malvento relève du doom - celui de Zaum, Queen Elephantine et autres hashishines cauchemarderies sacrées, qu'il fait croiser le black de Nunfuck Ritual (ou du Mayhem des nuits les plus hallucinées) ; ou encore, pour rester dans la famille des bizarreries sournoises 3rd I Rex, peut-on imaginer le même genre d'histoires rurales obscures que chez Dead Woman's Ditch, mais racontées du point de vue de la Sainte Inquisition, et donc révélatrices, comme de règle en pareil cas, de combien celle-ci est plus cruellement dépravée encore que les sorcières qu'elle traque, et leur animalité pétrie d'instincts, même ensorcelés. Mais peut-être, plutôt que cette haute institution ibérique de la cruauté, eussé-je dû citer les Borgia, les Césars tardifs, ou qui sais-je encore d'autres, qui se soient donné pour principe inflexible d'associer toujours à ce trait de caractère le degré "exquis".
Car enfin - pour une fois, j'ai réussi à ne pas le dévoiler d'emblée - c'est aussi un peu normal : Malvento sont Italiens. Chez eux ce sont religieux, sexuel et pourri qui désignent strictement la même chose. La morbidité là-bas est un art de vivre et d'aimer ; les autres considérations - telles la réalité - sont annexes lorsqu'on le pratique. Quel beau pays, sans blague...
Un rêve qui vous laisse la chair intacte... les narines seules souillées du souvenir d'une odeur à chavirer de revenez-y ; l'odeur d'un  havre.

samedi 25 novembre 2017

Godflesh : Post Self

La faute à ? Tous les deux. Moi, qui écoute trop de metal pour ma propre santé ; Justin, qui a sorti avec l'album précédent le présent le seul disque de ce que Godflesh hors ledit n'a jamais été : du metal. Moi, qui cherchais les nouveaux riffs ; et Justin, qui les cherchait aussi.
Post Self, c'est très simple, est du Godflesh revenu à jouer ce qu'il est : du godflesh. Soit de la cold-wave industrielle funky ; du Killing Joke entré en collision avec un hip-hop non moins blafard. Un truc électroïde hagard qui lutte de haute lutte pour sa mobilité dans un bain d'azote liquide. Une sorte de Techno Animal - dans tout le spectre de ce dernier, allant de Ghosts à Vs Reality - qui tente de se frayer un chemin à travers la jungle de poutrelles écroulées et corrodées d'une new-wave dévastée par les radiations, dont on entend encore la mortelle pulsation dans les basses rémanentes, comme une phosphorescence de vide. De l'ambient techno usinée avec des guitares, depuis le fond des pires oubliettes où les vieux Swans ont pu jeter des âmes à pourrir quelques éternités auparavant. Un halètement engourdi. Une proie plus effrayante que ses chasseurs. Une sorte de steppe urbaine hallucinée dans le genre d'Unknown Pleasures, mais projeté dans un monstrueux futur post-humanité, un dantesque spectacle en forme de pièce nô peignant les nuits des mécha-robots à l'humeur noire ; le cauchemar debout d'un aliéné incapable de rentrer chez lui après une journée à l'usine, et qui marche toute la nuit, en proie à des antilluminations mangeuses de cerveau. Certains riffs y paraissent déjà entendus, et pourtant rien n'est pareil que les autres fois, et l'on n'a aucun souvenir d'avoir mis les pieds jamais en ces lieux d'épouvante et de ravissement.
Quant à la question de la palette émotionnelle intérieure sur laquelle il joue, et de la profondeur des teintes explorées : il est toujours impossible, évidemment, de dire avant le passage de plusieurs années où Post Self se situera dans ma géographie godfleshienne tout à fait personnelle (ce qui est la seule chose qui compte, après tout), parce qu'il n'y pas de raison, cela a pris plusieurs années aux autres aussi pour s'agencer et y trouver leur espace vital - mais il est déjà certain qu'il ne vole pas l'affiliation qu'il revendique avec Selfless (rien que les titres des morceaux...), dont il est caressé par les mêmes touches de jet de fréon, peut-être de plus délicate, savante, rêveuse, amoureuse manière encore que ce colosse minéral de douleur d'ancêtre ; tout en parlant, encore et toujours, du même sujet : la terreur éprouvée par Justin K. Broadrick.
Reviendrai-je à nouveau sur le disque en ces parages - et dans l'affirmative, combien de fois ? Une réponse à l'indicatif est ici tout à fait non-pertinente : il paraît d'ores et déjà placidement acquis que Post Self  appartient à la catégorie de ces albums dont il peut germer une chronique par écoute ou presque ; de ces disques dont chaque morceau est un rêve dont on sort troublé pour la journée ; de ces albums dont la relation avec eux est un dialogue au long cours. Un album qui se niche naturellement dans votre intimité, dans votre petit intérieur familier, où il s'installe tel un chat ; comme tout album de Godflesh dans les règles de l'art. Il ne vous aura pas échappé que cette dernière phrase fonctionne très bien avec Robert à la place de Justin, comme beaucoup d'autres.

Jessica93 : Guilty Species

Oh ! la vache... Vous savez quoi ? Il faisait bien, de mettre des effets sur sa voix.
Sinon, y a toujours une bonne base de deux riffs de Pornography délayés pour les faire durer tout une dizaine de chansons ; et c'est toujours les deux mêmes : après tout, si ça marche une dizaine de chansons, pourquoi pas une dizaine d'albums ?
Champion. On se croirait le 21 juin, c'est confondant.

Pourquoi je m'acharne ? Toujours la même raison : des gens recommandables dans mon entourage continuent de s'extasier dessus, des gens qui ne sont pas des perdreaux de l'année, et brament de plus en plus fort même, alors j'essaie de comprendre... Et perplexe est un mot faible. Je ne sais toujours pas le petit frère de qui c'est, même si Brian Molko est une réponse plausible - mais il a pas grandi, un vrai miracle. Du coup, comme Luis Vasquez ne passe toujours pas en troisième non plus, c'est la teuf au dernier rang.
Il paraît que le mec voulait qu'on étouffe à l'écoute de son disque. Y a encore du boulot, coco. En revanche, pour passer à Taratata ou à Quotidien, c'est opérationnel ; ça va même cartonner, mon pote.

vendredi 24 novembre 2017

R.I.P. : Street Reaper

Petite mise au point de rappel, qui peut s'avérer d'utilité pour tous les groupes qui croient qu'on peut continuer de creuser, et qu'on pourra toujours aller plus lent et lourd que le voisin histoire de se faire remarquer par les autorités, ou bien totalement superflue, mais fera quoi qu'il en soi toujours du bien à proférer, puisque sauf si vous avez un vrai problème, on la fait toujours sous le charme d'un disque qui rend la vérité palpable :
Le doom ce n'est pas une question de vitesse. Ce n'est même pas une question de voix, comme présentement avec R.I.P, de chèvre hallucinée - enfin, si : c'est surtout, pour être précis, une question de ce qui lui donne ses hallucinations, et la teneur d'icelles.
La fin du monde, mes petits potes, et la punition personnalisée aux petits oignons qui va avec en ce qui vous concerne. Ne voir que cela, en surimpression de tout ce qui vous entoure, partout où vous alliez. En couleurs de feu. C'est simple voire primaire, et cela R.I.P l'a parfaitement en tête ou plutôt en main, car toutes les finasseries qu'on pourra rajouter, sur cette simple fatidique promesse de la ruine misérable de toutes choses, ne seront au mieux que brillante prestidigitation, au pire contresens. Si le tempo à la limite doit être quelque chose, c'est implacable, tel qu'est la cavalcade des choppers de l'Apocalypse. La fureur non plus n'est pas interdite, et si vous ne possédez le don de la froide fureur de Sami Hyninen, vous pouvez en bouillir et vous en mettre tout en transe, tel un Dave Wyndorf qui n'aurait simplement pas remarqué qu'il est un squelette.
Cette conviction religieuse, vous devez l'avoir chevillée au corps à chaque instant, que vous soyez à rouer de coups de pieds dans le ventre le pêcheur à terre avant d'enfourcher la "Mother Road" - en lui roulant sur la gueule au démarrage -, à marauder en ricanant dans les ruelles de "Shadow Folds", ou à pleurer de joie devant la croix de "The Cross".
R.I.P joue donc le doom cru et direct comme du punk, du Darkthrone, du Rudi Peni, du Zig Zags ; du Gates of Slumber qui serait joué par des Power Trip pré-historiques, lesquels n'auraient pas découvert encore la roue ni encore moins le moteur à explosion, sur qui l'on peut rajouter un voire plusieurs turbo-compresseurs - car le thrash non plus, ce n'est pas une question de vitesse, voyez les écrasants morceaux que peut dégainer Oozing Wound, voyez Celtic Frost et High on Fire, et sous la lumière d'étrange soleils mourants vomissant sur la terre craquelée criant merci leur sang orange corrosif, le thrash et le doom parfois sont l'exacte même chose.
Mais si toutefois les Révélations de ce type vous passent totalement au-dessus dans un concert de bâillements, vous pouvez également fort bien venir à Street Reaper pour le son des guitares, qui y est proprement (si j'ose dire) prodigieux ; pétrochimique à l'égal d'un Warhorse, mais découenné au rasoir.
Ah, et l'appellation street-doom, sur laquelle tôt ou tard vous tomberez à leur propos ? Eh bien le groupe peut sonner comme si Black Sabbath (ou Pentagram, à votre convenance) étaient des petites racailles ; ou si Lazarus Blackstar s'était acheté une mobylette et les flamings à coller dessus.

jeudi 23 novembre 2017

Hypnoskull : Die4.Generation

Rayon retours de Patricks, 2016 aura été l'année de Leagas, 2017 sera celle de Stevens. Ouais, LE Patrick.
Le ronron d' Electronic Music Means War to Us 2 m'avait tellement émoussé que j'ai fait l'impasse ou tout comme sur Immer Wieder Nein, était-ce un tort ? Je ne suis pour l'heure pas en mesure de le dire.
Die4.Generation ressemble au premier album de Dive, avec ses tableaux d'usines dont le réacteur nucléaire se meurt en vagissant, grondant et ululant leur angoisse,  croisé avec la sourde, souple, féline menace du légendaire Revenge of the 50ft Monogroove ; à l'alien d'Aural Blasphemy catapulté en soirée house ; ou directement son prédateur alpha : à une sorte de Converter rôdeur-concasseur de l'époque Blast Furnace, mais avec les manières de loubard à sang froid d'un très bon Terence Fixmer, ... Il ressemble surtout à du Hypnoskull, évidemment - juste du Hypnoskull en très grande forme. Aussi souplement techno que toxiquement industriel. Les signes ne trompent pas : dès les premières notes, des fourmillements, d'aise et de gourmandise, vous parcourent, qui ne vont faire que croître en démangeaison de plaisir, par détonations successives, en parachutes lâchés sur votre réservoir à endorphine qui bouillonne en réponse, mais jamais n'explosera sa membrane, car Patrick est un maître qui sait faire savamment couver, frémir et mijoter, aussi longtemps qu'il lui plaît - et à nous aussi, bien volontiers, fussions-nous dans un club obscur ou en rase campagne, dans un champ boueux envahi par les capuches et les treillis. Smoooooth.
L'industriel n'est pas prêt de payer sa dette à Patrick.

mercredi 22 novembre 2017

Seven Sisters of Sleep : Opium Morals

Et si finalement - et dans la mesure, toujours éminemment provisoire, où ce genre d'affirmation possède le moindre sens - c'était lui, le meilleur Seven Sisters of Sleep ?
La version totalement assumée b-boy de Cowards. L'album de Charger taillé pour servir de bande-son à Fight Club. La souffrance - le costume de chair à vif - des auteurs de Confessions of a Man, emballée - comme on emballe en discothèque, pas un paquet de bidoche, la précision se justifie - dans la pimperie en mouton retourné, limite hip-hop, et le velours de mash-up à surcompression moderne de tous hétéroclites fragments de nihilisme post-contemporain, du Fincher-Pitt.
En fait, je crois bien que j'ai toujours eu en tête la gueule, le sourire charmeur-défoncé - et les abdos sur-affûtés - de Brad à son sommet de braditude, en écoutant SSoS.

mardi 21 novembre 2017

(Dolch) : III - Songs of Happiness... Words of Praise

Mince, mais c'est qu'ils sont devenus bons, ces cons. Et comme, nul ne l'ignore, j'aime qu'un groupe me remette à ma place, je n'en aime qu'encore plus ce disque, qui sonne de même que le précédent (un récapitulatif des démos, à ce qu'il apparaît ; publié dans un luxueux apparat bien prétentieux pour cela, donc, mais certes des démos), l'idée à la base de (Dolch) étant chose très simple, mais parvient à décliner cette délicate, fragile idée simple, moduler cette onde en formes successives dont la beauté n'est pas la même répétée et donc graduellement ternie, comme c'était le cas sur le disque précédent, que j'avais d'autant plus éreinté que j'étais frustré de ce qu'il aurait dû être (à savoir, donc, le présent), et agacé de la façon dont il gâchait la bonne idée à sa base - puisqu'il faut bien à un moment à elle en revenir :
Vous voyez les collaborations Der Blutharsch/Wolvennest, ou bien les albums de Menace Ruine, oui ? Eh bien imaginez si ces disques étaient réussis, et déployaient toute l'ampleur à laquelle ils aspirent. Voilà le premier album de (Dolch). Mais alors, vraiment bon ; du genre, comme dans "qui donne sens enfin et direction (vers les cieux), à toutes ces années" de pseudo-tâtonnements dans tous les recoins hydrophiles du blackdronegaze machin, en des albums la plupart du temps trop faits de trois plages longues comme un jour sans pain, passées à flatter ses pédales d'effets du bout d'un pied pensif, sans la moindre voix ni, corollairement, la moindre émotion convenablement gothico-médiévale... Car oui, l'on a dit Blutharsch/Wolvennest, cela sous-entend The Moon Lay Hidden Beneath a Cloud, mais en l'occurrence qui croise... mieux que Burzum : ses plus brillants descendants, Opium Warlords, Bosque, Horse Latitudes (tiens, je suis en train de réaliser, un peu tard, que j'avais vraiment raison, dès le début, de rêver à imposer la présence de Filosofem, sur le webzine doom où j'ai sué si longtemps...) et ainsi de suite. Des choses, telles que Songs of Happiness... Words of Praise,  septentrionales autant que mystiques, et austères, et pourtant enchanteresses. Le disque paraîtrait presque peint par un Alan Lee qui finirait ses tableaux à l'acide.
C'est, aussi, que dans la trame des rideaux de cette pluie immobile à la semblance d'un mur de métal verglacé (digne du Byla+Jarboe), l'on aperçoit des feu-follets de Poe-music dans la façon Amber Asylum, qui contribuent encore à lui donner des profondeurs vitreuses de cathédrale : envoûtant, au sens propre ; puis que celle-ci s'aère çà ou là en des trouées écroulées, par où l'industriel martial que l'on pourrait commencer à craindre, se mue en industriel forestier, druidique avec solennité et néanmoins un recueillement plus tourné vers soi que vers la démonstration ; ce qui décrit assez bien la teneur de l'album, ainsi que les mots de "profonde respiration" qui vont avec - qu'elle halète, pantèle, marque doucement le pas, ou bien fasse au grand jour resplendir les choses des abysses qu'elle a pêchées. A quoi il convient d'ajouter, pour nuancer subtilement, du Fvnerals rentré dans les ordres - les guerriers, c'est à dire. Cette fois, pour de bon Freya Aswyn et 6th Comm ne sont pas loin, dans les brumes avides où l'on croirait presque croiser également une Jex Thoth rendue exsangue par l'élévation au grade de Valkyrie.
Oui ; ces chansons-là, malgré tout ce qu'on peut communément attacher à la plupart de leurs caractéristiques et épithètes conventionnels, parlent en vérité du bonheur, et de la grâce qu'il faut rendre pour lui. En toute simplicité. Dark-wave, sacred dark-wave.

Godflesh : Post Self

Tous ces effets d'annonces mirobolants, mon JK, dans la veine y a pus rin qu'est pareil juré craché - pour nous faire une gentille suite à Us & Them et son anxio-big-beat sous quaaludes (en conservant même le plus gros de la pochette, discretos) ? Ça va que globalement, dans le genre fan-service le machin a l'air d'emblée plus en jambes que A World Lit Too Long Didn't Read dont la fluidité du titre disait tout de l'assurance avec laquelle il se présentait devans nous, mais...
Même en admettant que, très probablement, c'est moi qui ne sais pas faire table rase du passé et te le fourre sempiternellement devant le nez, comme un reproche - à quoi de plus récent ce Post Self renvoie-t-il ? Decline & Fall. Tu admettras, entre amis, que ce n'est pas là ce que tu as fait de plus glorieux.

Bien : pour s'éviter ce genre d'amères saveurs, mieux vaut faire semblant de n'avoir pas entendu les 3 premiers morceaux de Post-Self, qui feraient une bonne musique d'attente sur le standard téléphonique de ton fan club (et qui vraisemblablement finiront, à ce titre, par rester scotchés en tête). Et se concentrer sur une suite qui, quant à elle, reprend plutôt les choses, juste un peu plus loin qu'Us & Them, plus aventureux : où les avait laissées le Heartache de Jesu, et les quelques idées timidement avancées (alors qu'elles eussent mérité mieux) après coup sur son appendice Dethroned sur la réédition de celui-ci chez Hydrahead. Ce qui est bel et bon, puisque les deux disques en question montraient la naissance d'une sorte de Godflesh encore plus affranchi que le Godflesh ordinaire ; possiblement celui que Mick Harris attend désespérément depuis environ 1989.
On y entre dans une partie, enfin, nouvelle du monde Godflesh, inconnue jusqu'ici, faite d'onirisme polaire, de terreur émerveillée, de murs blancs capitonnés dont on ne sait s'ils sont ceux d'un pénitencier en orbite, d'un hôpital psychiatrique, des abyssales fondations de l'univers sur lequel ont germé des choses plus rigoureuses et trapues comme Red Harvest ou C R O W N ; ou bien du congélo propre comme un sou neuf où tu nous reçois avec ta douce amabilité, la puissance descendue au plus bas. On comprend, tout à coup, cette filiation que tu n'as pu faire autrement que de vouloir, avec Selfless, et ses moments frigorifiques au-delà du légendaire ; on pense à Faith, aussi, pendant qu'on y est, dans le frigidaire et ses groupes, et au Dälek d'Absence que sûrement tu écoutes en connaisseur : autant dire qu'on sourit comme un enfant.
Voilà ; voilà où on se situe avec Post Self, abstraction faite de toutes tentations de le rattacher à tel ou tel autre des ses trop illustres prédécesseurs : dans la catégorie des albums de Godflesh qui tentent des choses, sans aucune peur ni doute ; on se dit que c'est pas rien... avant de s'apercevoir qu'on avait cru cela impossible du fait du seul impair commis avec le précédent, qui après tout est bien le seul album auquel on ne puisse pas accoler ladite définition. Que voulez-vous ? Qu'un si vieil ami nous fasse peur, ça fait toujours plus peur qu'il ne faudrait. On finira donc logiquement, une fois rassuré, par considérer avec davantage de bienveillance le début du disque, voire celui qui l'a précédé, et par y entendre les prémices, les premiers sourds murmures, de ce qui vient après eux. Une transition doucereuse entre le disque d'avant, qui se contraignait absurdement à faire du Godflesh figé dans une certaine conception, institutionnalisée, de lui-même, et ce qui constitue à nouveau du Godflesh tel qu'il doit être, c'est à dire en permanence refaçonné, recombiné, reformulé, irradié par les dernières recherches technoïdes de Justin - et ses dernières songeries devant la fenêtre embuée de son cottage.
Ouais, tout juste comme Us & Them.
Bon, allez : on s'est déjà dit pas mal de choses, pour un jour de retrouvailles (tu as vu, hein ? toujours aussi bavard, j'ai pas changé) ; on va laisser retomber un peu l'euphorie teintée de l'inévitable gaucherie, on va maintenant se laisser de nouveau rentrer dans la vie l'un de l'autre - enfin, surtout toi dans la mienne - et on prend date pour dans quelques mois, pour voir tranquillement si on a eu envie d'à nouveau aborder les sujets profonds dont dit-on parlent les vrais amis. Peut-être que ça ne prendra que quelques semaines, et qu'on aura de nouveau envie de faire la bamboche ensemble. Et peut-être même qu'on n'aura pas forcément envie d'en faire des communiqués à la ronde.

dimanche 19 novembre 2017

Ministry : Filth Pig

Des riffs au taux de canicule collante et bitumineuse comme un non négligeable nombre de "combos stoner" rêverait de s'en dégotter, un titre plus sludge tu meurs, un morceau dont le titre a possiblement donné son nom à feu l'un des fleurons du sludge parisien... Pourtant personne n'a jamais eu le goût de foutre Filth Pig sur un webzine sludge ou doom-thing sérieux, allez comprendre pourquoi. Pas assez cool, slack, smokehead, whatever ? Pour sûr, on tient là l'album le plus godlfeshien de Ministry, groupe de metal mécanisé non-godfleshien s'il en est. Leur plus rigide, et pourtant guère moins tordu si l'on y regarde de plus près, que leur plus tordu officiellement en titre, à savoir Dark Side of the Spoon. Tout bien considéré, il y a quelque chose dans Filth Pig des albums les plus narcotiques, oniriques des Melvins ; les narcotiques chez Ministry, on est modérément surpris ; l'onirisme, déjà davantage. Mais d'autres moments l'on pense - si si, lointainement mais scrutez bien - au Tool d'Undertow, et ailleurs à Helmet (à robot, robot-et-demi, les gars), ou à Badmotorfinger (qui dans le genre grunge subliminalement industriel, a toujours eu place de choix, quoiqu'assez solitaire), à Jane's Addiction piégé par une marée noire inexorable comme un cauchemar... C'est un peu comme si ce Ministry était leur plus ouvert, perméable aux nineties qui l'entourent et à la sorte d'âge d'or "underground partout", d'alors... tout en restant du Ministry des bons jours, c'est à dire un truc de l'ombre, des drogues dures que l'on y prend, et des démons qu'on y observe dans la stupeur, mi-angoissée mi-abrutie
A son étrange façon, Filth Pig est à la fois le plus "eaux profondes", à égalité avec Spoon, et le plus new wave depuis With Sympathy : est-ce seulement si paradoxal ? Non, ce qui l'est c'est qu'une fois encore, on parle ici de l'album "panne sèche dans la Vallée de la Mort" de Ministry. Mais les ponts entre fournaise et sueurs froides n'ont rien d'étonnant pour un héroïnomane, pas vrai ? "The Fall", s'intitule un des morceaux, et peu importe son thème, c'est probablement ce qu'on a entendu de plus proche d'un calme aveu de désespoir chez Jourgensen, avec cette dégringolade de piano qui rappelle étrangement The Process de Skinny Puppy, dans sa simple nudité inaccoutumée, et sa naïve beauté plus inaccoutumée encore, pour du Ministry.
Ouais, finalement "l'album lourd et collant" d'Alain Jourgensen est un peu trop difforme et malade pour passer les fourches d'une chose telle qu'une ligne éditoriale. Heureusement que nous, la seule qu'on connaisse, elle a été fixée par Jean-Jacques Goldmann.

samedi 18 novembre 2017

Mhönos : LXXXVII

Il est des albums auxquels les ombres du soir donnent un relief qu'ils ne font qu'emprunter, et qui à la lumière du jour ne se voient simplement pas. Dans le metal et l'univers des musiques supposées sombres, c'est une escroquerie fréquente, que l'on se joue à soi-même comme auditeur, un dévoiement de la suspension d'incrédulité. Et puis il y a ces disques qui vous font retrouver votre âme d'enfant, comme devant les contes de fées ou les Gremlins : ceux dont vous sentez parfaitement les mauvaises intentions même en plein jour, et dont pour précisément cette raison vous redoutez comme une histoire d'ogre l'écoute à la nuit tombée ; l'ampleur épouvantable et bien différente avec laquelle leur pouvoir de nuisance, bien réel, doit y prendre pignon sur vous.
LXXXVII, on le devine, est du nombre, de ceux-là.
Quant aux disques qui se piquent de sacré, l'on distingue ceux qui méritent bien la réprimande mortifiante d'un "ritualiste" ; et ceux pour lesquels le qualificatif adéquat est : rituel. Parmi ces derniers, LXXXVII n'est pas le dernier ; voire un des plus cuisants - et des moins résistibles, tant le penchant desdites musiques à se montrer hermétique, pour qui n'est pas déjà en entrant dans le transept à demi converti, ne concerne pas du tout ces Mhönos : volontaire ou pas, crédule ou matérialiste, il est difficile de passer à côté des mauvaises vibrations que l'album vous envoie pleine face, comme un vent du tombeau qui coule vers le haut, avec la lenteur de qui se sait sûr de son affaire, sa puissance, son intention ; ces choses-là, savez-vous, vont souvent avec la foi, et quoi que vous pensiez de cette dernière vous ferez toujours bien d'être sûr du tort qu'elle peut vous causer, le décide-t-elle.
La croisade a commencé, et bientôt elle submergera votre jour.

vendredi 17 novembre 2017

Primitive Race : Soul Pretender

Probablement y a-t-il des mises au point à faire, avant que de pouvoir sereinement parler de Soul Pretender ; procédons-y :
1/ Oui, il s'agit bien de Primitive Race, le groupe de cyberwavemetal sans aucun doute (pas écouté : pas fou) furieusement killingjokien, monté autour de Burton "C is for Cloche" Bell, cette voix new-wave réputée dans le monde entier, et de quelques seconds et troisièmes couteaux de l'electro-indus-goth.
2/ Oui, le Chuck Mosley qui chante dessus, à la place de l'autre gland, est bien feu-Chuck Mosley, ex-Faith No More.
D'ailleurs, pour achever de dissiper d'avance tous débats oiseux : l'auteur de ces lignes n'apprit le décès de Mosley que le lendemain de sa découverte de l'album, sur lequel en deux écoutes son avis était déjà fait, et solidement. Merci.

Soul Pretender, ce n'est pas le moindre de ses charmes, vient donc enfin éclaircir cette vérité que, si We Care a Lot est le meilleur album de Faith No More (oui, même devant The Real Thing) et s'il est aussi merveilleusement new-wave voire cold-wave, c'était apparemment grâce à Chuck, pas aux autres. L'autre invraisemblable séduction qu'il exerce - là encore, par la grâce de cet être invraisemblable qu'est Chuck Mosley - est qu'il conjugue une sorte de grunge FM à la new-wave, sans aucune couture, sans la moindre aspérité dans sa parfaite onctuosité, toujours parfaitement les deux aux mêmes endroits - et principalement, encore une fois, dans ce chant invertébré de branleur désabusé
Et sous ses airs délavés, Chuck est simplement un soleil, dans l'aveuglante blancheur (puisqu'on est le jour des non-ambiguïtés : blême, aspirine, face-de-craie et voix-de-lexomil sont les qualifications que j'ai toujours eues en tête depuis que j'ai entendu la voix du Chuck sans connaître photos à l'appui sa teneur exacte en mélanine) de qui l'on croit apercevoir, sur des rétines brûlées, Rob Zombie, Mike Muir, Kurt Cobain (ces deux-là côte-à-côte, c'est pas rien, pas vrai ?), Jay Mascis, Tod Ashley... Tout ce que les nineties peuvent avoir fait de plus insolent en matière de rien-à-foutre magnifique, pour aller à l'essentiel, mais à qui vous pouvez ajouter, pour l'aura corbac, l'inquiétante, surnaturelle blancheur émotionnelle de Chris Connelly et Kevin Ogilvie, soit les deux maîtres indépassables dans le registre... Magique voix qui pourtant, et par moments pourtant - rares, précieux - se montre, subrepticement, chaude comme du Patton sur le premier Tomahawk, soit l'une de ses toutes meilleures prestations, et sur l'un des disques les plus post-punk auxquels il ait participé, où du reste le guitariste aimerait bien lui aussi pouvoir manger Geordie Walker : Mosley, tout comme Jus Oborn, auteur de l'autre nouveau disque qui m'obsède ces jours-ci, c'est un peu beaucoup à tort qu'on le prend pour un demeuré. Toutes ces belles et bonnes choses unifiées et unifiant un fond de hard rock slacker et scintillant, digne du meilleur dont seraient capables des Melvins des grands jours (Dale Crover a participé au disque, d'ailleurs) qui auraient mangé Geordie Walker.
Alors, on a beau avoir fermement résolu de ne pas céder à la tentation de la grandiloquence, à ne pas s'exagérer l'envergure émotionnelle d'un disque auquel les circonstances sans doute en rajoutent, ni l'importance de son propre attachement à un type dont après tout on n'aimait jusque là avant tout un disque - je ne me rappelle pas avoir jamais réussi à accrocher à Cement, malgré l'intense sympathie que m'inspire leur nom... Difficile, très difficile de rester de marbre devant des adieux - d'autant que plusieurs morceaux, situés qui plus est en fin de disque, en ont les accents, que ce soit par le fait des accents innés de la new-wave, ou l'effet d'une sorte de prémonition chez Mosley - en aussi divin appareil.
Allez, pour détendre un peu cette atmosphère chargée : Killing Joke, si ton prochain album, dont je ne doute pas qu'il soit déjà dans les tuyaux, est aussi médiocre que Pylône, tu peux d'ores et déjà oublier, de nous l'infliger : après Soul Pretender, le terrain est plus que miné.

jeudi 16 novembre 2017

Nekrasov : The Mirror Void

Vous en avez déjà lues, de ces conneries sur Alien et Darkspace ? Alien et Darkspace, sérieusement... Darkspace, c'est joli, ce sont de belles lumières bleues, des cyborgs androgynes aux cheveux bleus luminescents aux coupes dignes de Dragon Ball Z, des traversées interstellaires majestueuses, longues comme un jour sans pain, et des contemplations de l'abysse pleines de componction ; Alien ça écoule des fluides, organiques ou mécaniques, ça griffe les épidermes, ça déchire son chemin à l'intérieur des chairs, ça cliquète, ça pénètre, ça frétille et ça mord. Faudrait pas oublier tout de même qu'Alien, c'est un insecte avec une bite à la place de la tête. Pas des cosplays.
Nekrasov : voilà la bande-son black metal pour un épisode d'Alien - celui qui se déroulera sur une planète forestière, pour changer un peu de ces sempiternels décors de complexes industriels en déshérence. Des forêts d'arbres qui dialoguent entre eux, par ondes électriques, et qui pour cette nouvelle mutation sont les aliens.

mercredi 15 novembre 2017

Morse : Pathetic Mankind

Allons bon : du noisecore chaotique, en 2017 ? Oh, vous savez, les modes, en province... Puis on parle de chaoscore qui est fait dans la façon du Sud : il faut savoir qu'on est plutôt laïc, par chez nous, si vous voyez ce que je veux dire ; et qu'on préfère le gras au panda, pour tout vous dire. Gras, du reste, Morse l'a toujours été à intervalles réguliers dans sa musique virevoltante ; ce qu'on pourra trouver plus neuf ici, et que peut-être on attribuera à l'arrivée dans l'équipe de certain ancien guitariste de Verdun, c'est l'injection d'un peu plus de charbon - mais tout aussi bien pourrait-on décider que cela vient du chanteur, lequel est un notoire fanatique de toutes choses de type Trap Them, Cult Leader, Gaza... et Daughters. C'est tout à fait Morse, cela : rien n'est aussi simple qu'il y paraît, et rien ne sert d'attribuer tel ou tel rôle à untel ou un autre, de ses membres. Voyez plutôt ça comme de la cuisine cajun : des vieux tours de main du Vieux Continent, de brûlantes épices du nouveau, et une plus que cordiale chaleur au ventre : ce n'est pas parce que l'on parle de l'état du monde aujourd'hui, qu'on est dispensé de passer un bon moment, un qui fait du bien : c'est leur politesse à eux (non, jouer de la musique de brutes épileptiques n'en dispense pas non plus, ni avoir un chanteur à qui point ne faut laisser traîner des pioches en concert) ; le flegme du Sud. On joue sur le registre, ici, de Cult Leader et Early Graves, mais... On glisse ; un peu comme sur un morceau un peu enlevé de Cop Shoot Cop, ou Unsane ; on surfe sur la crête de toute cette frénésie, un sourire d'aise comme en permanence dissimulé sous le tonnerre, les stridences des mécaniques, les grondements, le fracas des décombres.
Le vocabulaire, assurément, a changé un brin, mais le ton caractéristique de Morse est intact : celui d'un groupe que de prime abord l'on peut prendre pour modeste - ce qu'il est - et ne faisant que suivre les codes d'un style défini par des cainris pas commodes et plus balaises qu'eux... Et qui rapidement pour peu que l'on s'en approche révèle une fraîcheur, une décontraction uniques (à part Total Fucking Destruction, on voit pas trop d'équivalent) dans la façon de parcourir librement cette voie qu'ils n'inventent certes pas, de leur plein gré, ce qui est la garantie pour que la personnalité propre s'exprime en toute sérénité (puisque décidément on est ici dans l'article qui cumule les qualificatifs incongrus à propos de Morse).
Chaotiques, Morse ne le sont certainement pas par l'accumulation et la jouissance technique, mais bien par la fièvre et la fureur, qui les habitent, les dévorent, les enivrent, les déboussolent à plaisir... Comme on danse sur les ruines fumantes d'un monde en proie à l'apocalypse guerrière, une danse de Saint Guy, de l'électrocution et de l'appétit de vie au milieu des brouillards de particules fines ; car fine, la musique de Morse l'est encore plus, et comme toutes les choses fines elle ne s'attarde ni ne s'appesantit : il faut être aussi vif et peu balourd qu'elle pour la suivre, ne pas se faire distancer, et apprécier tout ce qu'elle ne fait qu'évoquer, avec son élégance d'acrobate laconique. Que des choses simples, on vous dit. L'Histoire de la Musique ne se rappellera certainement pas Morse, mais vous, si.

Pantera : Reinventing the Steel

Toutes ces années perdues à ne pas écouter ce disque, pour des motifs pusillanimes tels que sa pochette, et aussi sa pochette... Alors que bon, vous avez déjà deux albums de Pantera dans vos étagères, c'est déjà beaucoup trop pour que subsiste quoi que ce soit de votre crédibilité au rôle des gens de bon goût.
Reinventing the Steel, c'est la garantie de la même profonde satisfaction qu'un Coca XXL bien frais sur un gros burger, rot y afférent inclus, ou d'un visionnage du Dernier Samaritain - le tout, d'ailleurs, étant cumulable. Pantera de tout évidence sont détendus, sans plus rien à prouver ni au rayon brutalité ni au rayon sombritude des choses, Far Beyond Driven et The Great Southern Trendkill ayant clos les débats sur ces points : ils peuvent donc se permettre cet album de pop-pantera, bien lisible, indécemment chimique dans ses sonorités de guitares - les nineties, ce n'est pas que le grunge, Acid Bath et Bloodlet, tout ça : c'est aussi Dimebag Darrell, et ce côté années 80 poussées encore plus loin... Le Dernier Samaritain, encore une fois -, bouncy comme du Meshuggah, le groove saccadé parfois jusqu'à l'absurde et au point où le groove se vautre dans le fossé (l'alcool, sans doute), primate à souhait voire plus, tout émaillé de cowbells et autres conneries texanes du genre... De partout dégobillant - la pochette ne mentait pas - de cette vulgarité qui est l'apanage du neo et de cette chose à peine plus crédible aux yeux du vrai métalleux digne, qu'est le groove metal - et de Pantera, qui avant tout joue du metal texan, une sorte d'équivalent pour redneck de la Miami bass, tout aussi direct et dénué de pudeur.
Bref et pour être un brin sentencieux afin de contrebalancer vaguement cette débauche de débraillé et de poil qui dépassent du slip ouais ouais ouais - Reinventing the Steel est au moins autant essentiel à un échantillonnage de la quintessence de Pantera que les deux autres, dont il est le presque beau pendant apaisé. Presque, rassurez vous.

samedi 4 novembre 2017

Caronte : YONI

Comment dites vous, Ghost ? HAHAHA. S'il existe du metal papal, le voilà, et pas un autre.
Des albums qui caressent un tel degré de sublime et troussent les dieux, on n'en fait plus depuis How the Gods Kill ; c'est parce qu'il sait pertinemment qu'il n'en fera jamais d'aussi beau que Justin Oborn a décidé d'être aussi méchant.
Alors maintenant, vous montez fissa dans la fusée couleur sabayon, on a de la route à faire : le cri de guerre est "Doom over the Universe".