mercredi 29 novembre 2017

Aosoth : V - The Inside Scriptures

Une chose est sûre, déjà : si d'aventure le Portal ne tient pas la promesse de son teaser et ne redresse pas la barre de Vexovoid (revendu, pas vous ? vous faites partie des petits malins qui savent voir que c'est leur meilleur, probablement ; veinards, va), j'aurai quoi qu'il en soit mon nid de frelons pour cette année.
Il ne fait pas trop de mystère, pourquoi cet Aosoth m'enchante d'emblée : on y retrouve ce qu'on avait oublié adorer de l'épisode III, à savoir l'impression d'entendre vaguement Deathspell Omega, mais si Deathspell Omega était le nom d'un rottweiler.
Molosse et insecte féroce à la fois : Aosoth est une furie, on l'avait un peu oublié avec un volume IV un brin draculesque. Aosoth est de la même bestiale famille que Hell Militia, et c'est pas dommage vu que Hell Militia, celui de Meyhnach et Persecutor, n'est plus.
Ce que The Inside Scriptures préserve pourtant d'Arrow in Heart - parce qu'Aosoth n'est pas trop du genre à errer totalement en vain, dans ces bois dont il est le maître-prédateur ? L'aspect black metal plus prononcé, au sens épique, conquérant, mélodique de la chose ; l'album de la synthèse, dirait-on prosaïquement - mais certainement pas d'un point de vue de dégustateur, puisqu'il est tout sauf ce trivial genre d'upgrade d'un III dont pour rien au monde on ne renierait pour périmées les ambiances rampantes ; plutôt une toute nouvelle bête, rayonnante et terrifiante à la fois, le Chien des Baskerville apparaissant tout nimbé d'une aura dorée de maladie et de malédiction : pensez au dernier Merrimack, pour situer le genre d'odeur subtile et pénétrante - et par la même occasion le niveau de virulence athlétique que l'album déploie par endroits ; enfin, le batteur l'est pour sa part en continu, athlétique, ce qui fait que lorsque le reste de l'orchestre et nommément les guitares s'y mettent aussi, à l'héroïsme, qui chez elle emprunte autant au norvégien le plus hiverno-centriste qu'à l'orthodoxie la plus blette à force d'être somptueuse... Cela peut faire un peu trop ; ou plutôt discorder, un brin, tant l'image - fort réjouissante, au demeurant - qu'évoque ledit frappeur est celle d'une paire d'Adidas Torsion - je vous jure, en plusieurs endroits c'est à en avoir les mollets qui vous démangent, de coller un démarrage en 2-step, ou à se demander si c'est pas No Surrender qu'on a oublié dans le lecteur, en-dessous de l'album, et qui s'invite au festin -, ce qui forcément jure un rien sous la blancheur de la robe épiscopale de l'ange destructeur ivre et virevoltant de puissance.
Mais c'est à ce prix que l'album tient sa place sur les étagères, aux côtés de deux premiers volumes déjà magistralement animaux chacun à leur manière : en ne jouant pas sur ce terrain où Aosoth a déjà tout dit, et où les quelques zones d'ombre qui subsistent - au cœur de l'ombre elle-même, s'entend - doivent être maintenues et laissées à la jouissance de l'imagination et des terreurs de l'auditeur, faute de quoi c'est tout l'édifice du groupe qui s'écroulera dans une grande tristesse, le forçant ensuite à la même tâche ardue qui attend justement - les revoilà - Portal avec Ion : créer de nouvelles ombres.
The Inside Scriptures, c'est presque comme entendre du black metal pour la première fois ; c'est comme découvrir 1349 - en mieux ; c'est ce que ne pouvait être III, avec ses habitudes alimentaires maladives : du black metal d'une pureté norvégienne altière, dans toute la prestance un brin guindée que la chose charrie... ou presque. A cette nuance que les grêlons y sont des frelons. La fourberie française. The Inside Scriptures est tout simplement - ce qui confirme sa gémellité avec Omegaphilia - excessif, et incapable de se retenir d'aucun des penchants où le porte sa généreuse, dilettante et gourmande nature : un tel tempérament ne va pas sans moments de malaise face aux apparences de difformité qu'il donne à votre silhouette, votre façon de vous mouvoir ou alimenter...
Alors qu'on parle, pour qui sait passer outre la chasteté de ses yeux, d'une aisance lumineuse et héroïque, virtuose et généreuse tant dans la frénésie que dans la langueur, qu'on irait presque jusqu'à qualifier de l'équivalent pop du metal, à savoir le heavy : oui, tout juste comme le Passion d'Anaal Nathrakh.
C'est probablement cette vigueur de surhomme qui lui coûte de me laisser, en ce qui me concerne, extérieur dans mon admiration pour lui, toute violemment charmée que soit celle-ci, cette sportive condition physique, impeccable et inflexible qui ne peut que faire préférer à ma chair la maladie que l'on sent lovée au cœur des deux choses dont il est une manière de combinaison, Omegaphilia et II, à ce merveilleux - qu'on n'en doute surtout pas - péplum aveuglant, à ce grandiose ballet de cisailles.
Rien que de véniel, en somme, rien qui justifie que vous passiez au large.

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