mardi 21 novembre 2017

Godflesh : Post Self

Tous ces effets d'annonces mirobolants, mon JK, dans la veine y a pus rin qu'est pareil juré craché - pour nous faire une gentille suite à Us & Them et son anxio-big-beat sous quaaludes (en conservant même le plus gros de la pochette, discretos) ? Ça va que globalement, dans le genre fan-service le machin a l'air d'emblée plus en jambes que A World Lit Too Long Didn't Read dont la fluidité du titre disait tout de l'assurance avec laquelle il se présentait devans nous, mais...
Même en admettant que, très probablement, c'est moi qui ne sais pas faire table rase du passé et te le fourre sempiternellement devant le nez, comme un reproche - à quoi de plus récent ce Post Self renvoie-t-il ? Decline & Fall. Tu admettras, entre amis, que ce n'est pas là ce que tu as fait de plus glorieux.

Bien : pour s'éviter ce genre d'amères saveurs, mieux vaut faire semblant de n'avoir pas entendu les 3 premiers morceaux de Post-Self, qui feraient une bonne musique d'attente sur le standard téléphonique de ton fan club (et qui vraisemblablement finiront, à ce titre, par rester scotchés en tête). Et se concentrer sur une suite qui, quant à elle, reprend plutôt les choses, juste un peu plus loin qu'Us & Them, plus aventureux : où les avait laissées le Heartache de Jesu, et les quelques idées timidement avancées (alors qu'elles eussent mérité mieux) après coup sur son appendice Dethroned sur la réédition de celui-ci chez Hydrahead. Ce qui est bel et bon, puisque les deux disques en question montraient la naissance d'une sorte de Godflesh encore plus affranchi que le Godflesh ordinaire ; possiblement celui que Mick Harris attend désespérément depuis environ 1989.
On y entre dans une partie, enfin, nouvelle du monde Godflesh, inconnue jusqu'ici, faite d'onirisme polaire, de terreur émerveillée, de murs blancs capitonnés dont on ne sait s'ils sont ceux d'un pénitencier en orbite, d'un hôpital psychiatrique, des abyssales fondations de l'univers sur lequel ont germé des choses plus rigoureuses et trapues comme Red Harvest ou C R O W N ; ou bien du congélo propre comme un sou neuf où tu nous reçois avec ta douce amabilité, la puissance descendue au plus bas. On comprend, tout à coup, cette filiation que tu n'as pu faire autrement que de vouloir, avec Selfless, et ses moments frigorifiques au-delà du légendaire ; on pense à Faith, aussi, pendant qu'on y est, dans le frigidaire et ses groupes, et au Dälek d'Absence que sûrement tu écoutes en connaisseur : autant dire qu'on sourit comme un enfant.
Voilà ; voilà où on se situe avec Post Self, abstraction faite de toutes tentations de le rattacher à tel ou tel autre des ses trop illustres prédécesseurs : dans la catégorie des albums de Godflesh qui tentent des choses, sans aucune peur ni doute ; on se dit que c'est pas rien... avant de s'apercevoir qu'on avait cru cela impossible du fait du seul impair commis avec le précédent, qui après tout est bien le seul album auquel on ne puisse pas accoler ladite définition. Que voulez-vous ? Qu'un si vieil ami nous fasse peur, ça fait toujours plus peur qu'il ne faudrait. On finira donc logiquement, une fois rassuré, par considérer avec davantage de bienveillance le début du disque, voire celui qui l'a précédé, et par y entendre les prémices, les premiers sourds murmures, de ce qui vient après eux. Une transition doucereuse entre le disque d'avant, qui se contraignait absurdement à faire du Godflesh figé dans une certaine conception, institutionnalisée, de lui-même, et ce qui constitue à nouveau du Godflesh tel qu'il doit être, c'est à dire en permanence refaçonné, recombiné, reformulé, irradié par les dernières recherches technoïdes de Justin - et ses dernières songeries devant la fenêtre embuée de son cottage.
Ouais, tout juste comme Us & Them.
Bon, allez : on s'est déjà dit pas mal de choses, pour un jour de retrouvailles (tu as vu, hein ? toujours aussi bavard, j'ai pas changé) ; on va laisser retomber un peu l'euphorie teintée de l'inévitable gaucherie, on va maintenant se laisser de nouveau rentrer dans la vie l'un de l'autre - enfin, surtout toi dans la mienne - et on prend date pour dans quelques mois, pour voir tranquillement si on a eu envie d'à nouveau aborder les sujets profonds dont dit-on parlent les vrais amis. Peut-être que ça ne prendra que quelques semaines, et qu'on aura de nouveau envie de faire la bamboche ensemble. Et peut-être même qu'on n'aura pas forcément envie d'en faire des communiqués à la ronde.

Aucun commentaire: