dimanche 19 novembre 2017

Ministry : Filth Pig

Des riffs au taux de canicule collante et bitumineuse comme un non négligeable nombre de "combos stoner" rêverait de s'en dégotter, un titre plus sludge tu meurs, un morceau dont le titre a possiblement donné son nom à feu l'un des fleurons du sludge parisien... Pourtant personne n'a jamais eu le goût de foutre Filth Pig sur un webzine sludge ou doom-thing sérieux, allez comprendre pourquoi. Pas assez cool, slack, smokehead, whatever ? Pour sûr, on tient là l'album le plus godlfeshien de Ministry, groupe de metal mécanisé non-godfleshien s'il en est. Leur plus rigide, et pourtant guère moins tordu si l'on y regarde de plus près, que leur plus tordu officiellement en titre, à savoir Dark Side of the Spoon. Tout bien considéré, il y a quelque chose dans Filth Pig des albums les plus narcotiques, oniriques des Melvins ; les narcotiques chez Ministry, on est modérément surpris ; l'onirisme, déjà davantage. Mais d'autres moments l'on pense - si si, lointainement mais scrutez bien - au Tool d'Undertow, et ailleurs à Helmet (à robot, robot-et-demi, les gars), ou à Badmotorfinger (qui dans le genre grunge subliminalement industriel, a toujours eu place de choix, quoiqu'assez solitaire), à Jane's Addiction piégé par une marée noire inexorable comme un cauchemar... C'est un peu comme si ce Ministry était leur plus ouvert, perméable aux nineties qui l'entourent et à la sorte d'âge d'or "underground partout", d'alors... tout en restant du Ministry des bons jours, c'est à dire un truc de l'ombre, des drogues dures que l'on y prend, et des démons qu'on y observe dans la stupeur, mi-angoissée mi-abrutie
A son étrange façon, Filth Pig est à la fois le plus "eaux profondes", à égalité avec Spoon, et le plus new wave depuis With Sympathy : est-ce seulement si paradoxal ? Non, ce qui l'est c'est qu'une fois encore, on parle ici de l'album "panne sèche dans la Vallée de la Mort" de Ministry. Mais les ponts entre fournaise et sueurs froides n'ont rien d'étonnant pour un héroïnomane, pas vrai ? "The Fall", s'intitule un des morceaux, et peu importe son thème, c'est probablement ce qu'on a entendu de plus proche d'un calme aveu de désespoir chez Jourgensen, avec cette dégringolade de piano qui rappelle étrangement The Process de Skinny Puppy, dans sa simple nudité inaccoutumée, et sa naïve beauté plus inaccoutumée encore, pour du Ministry.
Ouais, finalement "l'album lourd et collant" d'Alain Jourgensen est un peu trop difforme et malade pour passer les fourches d'une chose telle qu'une ligne éditoriale. Heureusement que nous, la seule qu'on connaisse, elle a été fixée par Jean-Jacques Goldmann.

2 commentaires:

Raven a dit…

Mur de son.

gulo gulo a dit…

Au fait, si jamais on ne le lit pas assez entre les lignes, et vu que je ne vais pas non plus sonner tambours et trompettes : ceci est le premier billet de ma vie après Slow End.