mercredi 15 novembre 2017

Morse : Pathetic Mankind

Allons bon : du noisecore chaotique, en 2017 ? Oh, vous savez, les modes, en province... Puis on parle de chaoscore qui est fait dans la façon du Sud : il faut savoir qu'on est plutôt laïc, par chez nous, si vous voyez ce que je veux dire ; et qu'on préfère le gras au panda, pour tout vous dire. Gras, du reste, Morse l'a toujours été à intervalles réguliers dans sa musique virevoltante ; ce qu'on pourra trouver plus neuf ici, et que peut-être on attribuera à l'arrivée dans l'équipe de certain ancien guitariste de Verdun, c'est l'injection d'un peu plus de charbon - mais tout aussi bien pourrait-on décider que cela vient du chanteur, lequel est un notoire fanatique de toutes choses de type Trap Them, Cult Leader, Gaza... et Daughters. C'est tout à fait Morse, cela : rien n'est aussi simple qu'il y paraît, et rien ne sert d'attribuer tel ou tel rôle à untel ou un autre, de ses membres. Voyez plutôt ça comme de la cuisine cajun : des vieux tours de main du Vieux Continent, de brûlantes épices du nouveau, et une plus que cordiale chaleur au ventre : ce n'est pas parce que l'on parle de l'état du monde aujourd'hui, qu'on est dispensé de passer un bon moment, un qui fait du bien : c'est leur politesse à eux (non, jouer de la musique de brutes épileptiques n'en dispense pas non plus, ni avoir un chanteur à qui point ne faut laisser traîner des pioches en concert) ; le flegme du Sud. On joue sur le registre, ici, de Cult Leader et Early Graves, mais... On glisse ; un peu comme sur un morceau un peu enlevé de Cop Shoot Cop, ou Unsane ; on surfe sur la crête de toute cette frénésie, un sourire d'aise comme en permanence dissimulé sous le tonnerre, les stridences des mécaniques, les grondements, le fracas des décombres.
Le vocabulaire, assurément, a changé un brin, mais le ton caractéristique de Morse est intact : celui d'un groupe que de prime abord l'on peut prendre pour modeste - ce qu'il est - et ne faisant que suivre les codes d'un style défini par des cainris pas commodes et plus balaises qu'eux... Et qui rapidement pour peu que l'on s'en approche révèle une fraîcheur, une décontraction uniques (à part Total Fucking Destruction, on voit pas trop d'équivalent) dans la façon de parcourir librement cette voie qu'ils n'inventent certes pas, de leur plein gré, ce qui est la garantie pour que la personnalité propre s'exprime en toute sérénité (puisque décidément on est ici dans l'article qui cumule les qualificatifs incongrus à propos de Morse).
Chaotiques, Morse ne le sont certainement pas par l'accumulation et la jouissance technique, mais bien par la fièvre et la fureur, qui les habitent, les dévorent, les enivrent, les déboussolent à plaisir... Comme on danse sur les ruines fumantes d'un monde en proie à l'apocalypse guerrière, une danse de Saint Guy, de l'électrocution et de l'appétit de vie au milieu des brouillards de particules fines ; car fine, la musique de Morse l'est encore plus, et comme toutes les choses fines elle ne s'attarde ni ne s'appesantit : il faut être aussi vif et peu balourd qu'elle pour la suivre, ne pas se faire distancer, et apprécier tout ce qu'elle ne fait qu'évoquer, avec son élégance d'acrobate laconique. Que des choses simples, on vous dit. L'Histoire de la Musique ne se rappellera certainement pas Morse, mais vous, si.

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