vendredi 17 novembre 2017

Primitive Race : Soul Pretender

Probablement y a-t-il des mises au point à faire, avant que de pouvoir sereinement parler de Soul Pretender ; procédons-y :
1/ Oui, il s'agit bien de Primitive Race, le groupe de cyberwavemetal sans aucun doute (pas écouté : pas fou) furieusement killingjokien, monté autour de Burton "C is for Cloche" Bell, cette voix new-wave réputée dans le monde entier, et de quelques seconds et troisièmes couteaux de l'electro-indus-goth.
2/ Oui, le Chuck Mosley qui chante dessus, à la place de l'autre gland, est bien feu-Chuck Mosley, ex-Faith No More.
D'ailleurs, pour achever de dissiper d'avance tous débats oiseux : l'auteur de ces lignes n'apprit le décès de Mosley que le lendemain de sa découverte de l'album, sur lequel en deux écoutes son avis était déjà fait, et solidement. Merci.

Soul Pretender, ce n'est pas le moindre de ses charmes, vient donc enfin éclaircir cette vérité que, si We Care a Lot est le meilleur album de Faith No More (oui, même devant The Real Thing) et s'il est aussi merveilleusement new-wave voire cold-wave, c'était apparemment grâce à Chuck, pas aux autres. L'autre invraisemblable séduction qu'il exerce - là encore, par la grâce de cet être invraisemblable qu'est Chuck Mosley - est qu'il conjugue une sorte de grunge FM à la new-wave, sans aucune couture, sans la moindre aspérité dans sa parfaite onctuosité, toujours parfaitement les deux aux mêmes endroits - et principalement, encore une fois, dans ce chant invertébré de branleur désabusé
Et sous ses airs délavés, Chuck est simplement un soleil, dans l'aveuglante blancheur (puisqu'on est le jour des non-ambiguïtés : blême, aspirine, face-de-craie et voix-de-lexomil sont les qualifications que j'ai toujours eues en tête depuis que j'ai entendu la voix du Chuck sans connaître photos à l'appui sa teneur exacte en mélanine) de qui l'on croit apercevoir, sur des rétines brûlées, Rob Zombie, Mike Muir, Kurt Cobain (ces deux-là côte-à-côte, c'est pas rien, pas vrai ?), Jay Mascis, Tod Ashley... Tout ce que les nineties peuvent avoir fait de plus insolent en matière de rien-à-foutre magnifique, pour aller à l'essentiel, mais à qui vous pouvez ajouter, pour l'aura corbac, l'inquiétante, surnaturelle blancheur émotionnelle de Chris Connelly et Kevin Ogilvie, soit les deux maîtres indépassables dans le registre... Magique voix qui pourtant, et par moments pourtant - rares, précieux - se montre, subrepticement, chaude comme du Patton sur le premier Tomahawk, soit l'une de ses toutes meilleures prestations, et sur l'un des disques les plus post-punk auxquels il ait participé, où du reste le guitariste aimerait bien lui aussi pouvoir manger Geordie Walker : Mosley, tout comme Jus Oborn, auteur de l'autre nouveau disque qui m'obsède ces jours-ci, c'est un peu beaucoup à tort qu'on le prend pour un demeuré. Toutes ces belles et bonnes choses unifiées et unifiant un fond de hard rock slacker et scintillant, digne du meilleur dont seraient capables des Melvins des grands jours (Dale Crover a participé au disque, d'ailleurs) qui auraient mangé Geordie Walker.
Alors, on a beau avoir fermement résolu de ne pas céder à la tentation de la grandiloquence, à ne pas s'exagérer l'envergure émotionnelle d'un disque auquel les circonstances sans doute en rajoutent, ni l'importance de son propre attachement à un type dont après tout on n'aimait jusque là avant tout un disque - je ne me rappelle pas avoir jamais réussi à accrocher à Cement, malgré l'intense sympathie que m'inspire leur nom... Difficile, très difficile de rester de marbre devant des adieux - d'autant que plusieurs morceaux, situés qui plus est en fin de disque, en ont les accents, que ce soit par le fait des accents innés de la new-wave, ou l'effet d'une sorte de prémonition chez Mosley - en aussi divin appareil.
Allez, pour détendre un peu cette atmosphère chargée : Killing Joke, si ton prochain album, dont je ne doute pas qu'il soit déjà dans les tuyaux, est aussi médiocre que Pylône, tu peux d'ores et déjà oublier, de nous l'infliger : après Soul Pretender, le terrain est plus que miné.

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