vendredi 24 novembre 2017

R.I.P. : Street Reaper

Petite mise au point de rappel, qui peut s'avérer d'utilité pour tous les groupes qui croient qu'on peut continuer de creuser, et qu'on pourra toujours aller plus lent et lourd que le voisin histoire de se faire remarquer par les autorités, ou bien totalement superflue, mais fera quoi qu'il en soi toujours du bien à proférer, puisque sauf si vous avez un vrai problème, on la fait toujours sous le charme d'un disque qui rend la vérité palpable :
Le doom ce n'est pas une question de vitesse. Ce n'est même pas une question de voix, comme présentement avec R.I.P, de chèvre hallucinée - enfin, si : c'est surtout, pour être précis, une question de ce qui lui donne ses hallucinations, et la teneur d'icelles.
La fin du monde, mes petits potes, et la punition personnalisée aux petits oignons qui va avec en ce qui vous concerne. Ne voir que cela, en surimpression de tout ce qui vous entoure, partout où vous alliez. En couleurs de feu. C'est simple voire primaire, et cela R.I.P l'a parfaitement en tête ou plutôt en main, car toutes les finasseries qu'on pourra rajouter, sur cette simple fatidique promesse de la ruine misérable de toutes choses, ne seront au mieux que brillante prestidigitation, au pire contresens. Si le tempo à la limite doit être quelque chose, c'est implacable, tel qu'est la cavalcade des choppers de l'Apocalypse. La fureur non plus n'est pas interdite, et si vous ne possédez le don de la froide fureur de Sami Hyninen, vous pouvez en bouillir et vous en mettre tout en transe, tel un Dave Wyndorf qui n'aurait simplement pas remarqué qu'il est un squelette.
Cette conviction religieuse, vous devez l'avoir chevillée au corps à chaque instant, que vous soyez à rouer de coups de pieds dans le ventre le pêcheur à terre avant d'enfourcher la "Mother Road" - en lui roulant sur la gueule au démarrage -, à marauder en ricanant dans les ruelles de "Shadow Folds", ou à pleurer de joie devant la croix de "The Cross".
R.I.P joue donc le doom cru et direct comme du punk, du Darkthrone, du Rudi Peni, du Zig Zags ; du Gates of Slumber qui serait joué par des Power Trip pré-historiques, lesquels n'auraient pas découvert encore la roue ni encore moins le moteur à explosion, sur qui l'on peut rajouter un voire plusieurs turbo-compresseurs - car le thrash non plus, ce n'est pas une question de vitesse, voyez les écrasants morceaux que peut dégainer Oozing Wound, voyez Celtic Frost et High on Fire, et sous la lumière d'étrange soleils mourants vomissant sur la terre craquelée criant merci leur sang orange corrosif, le thrash et le doom parfois sont l'exacte même chose.
Mais si toutefois les Révélations de ce type vous passent totalement au-dessus dans un concert de bâillements, vous pouvez également fort bien venir à Street Reaper pour le son des guitares, qui y est proprement (si j'ose dire) prodigieux ; pétrochimique à l'égal d'un Warhorse, mais découenné au rasoir.
Ah, et l'appellation street-doom, sur laquelle tôt ou tard vous tomberez à leur propos ? Eh bien le groupe peut sonner comme si Black Sabbath (ou Pentagram, à votre convenance) étaient des petites racailles ; ou si Lazarus Blackstar s'était acheté une mobylette et les flamings à coller dessus.

Aucun commentaire: