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Affichage des articles du décembre, 2017

Brain Tentacles : Brain Tentacles

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Conspiration, pour un mieux-disant insupportable, des deux choses déjà insupportables seules que sont le klezmer-bungle-nawakcore et le klezmer-zorn-jazzcore, ainsi qu'à l'issue d'un survol plus que diagonal je me l'étais décrété à sa sortie, Brain Tentacles ? Non, le groupe vaut bien mieux que cela, pour des raisons simples et triviales : d'une, Dave Witte vaut mieux, avec sa brutalité chaloupée de primate du crétacé, que n'importe quel batteur sur le marché d'aucun des deux genres suspectés d'être à l'œuvre ici - ce qui inclut Mick Harris dans n'importe quelle mission zornienne, parfaitement, je ne le connais plus lorsqu'il endosse cet habit-là ; de deux, Bruce Lamont comme chanteur vaut mieux que quasiment n'importe quoi qui motive Patton à ouvrir son bec aujourd'hui, surtout qu'en général ce n'est précisément que zornerie, lui aussi : dénoncera-t-on un jour enfin ce gourou criminel, qui ainsi détourne au moins deux…

Anatomia : Cranial Obsession

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Giallo, le death metal singulier d'Anatomia ? Non. Le giallo est rouge, et Cranial Obsession avec tous ses grêles synthés d'horreur fifties, n'a rien de rouge de près ou de loin. Gris, alors, comme sa pochette le prétend ? Pas davantage - pas aussi platement, à tous le moins. Cranial Obsession est de la couleur du froid, du glacial, celle des rêves de tombeaux nuitamment ouverts pour y consommer de religieux ébats, pour y honorer avec dévotion de féminines dépouilles à la pâleur de marbre et à l'odeur néanmoins enivrante - simple précision des fois que vous vous figureriez que la beauté chez Anatomia, qui est bien réelle, et présente à presque chaque instant, à rôder autour de tous les festins de chair... Eh bien, précisément, au cas où vous iriez sottement penser qu'elle entre au prix de l'effacement de tout l'aspect putréfié de la chose. Le sublime, le pourri, le stupre, en un seul tableau somptueux et pourtant semblant l’œuvre, évacuée en une longue…

Bloodiest : Bloodiest

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Le sens du tragique vespéral, la fièvre épique, les grands espaces, l'animisme : qu'on y songe un instant, il existe un certain nombre de points de concordance, entre Primordial, Wovenhand et Neurosis ; de quoi fertiliser entre eux un conciliabule passionnant, dont le religieux murmure est cet album de Bloodiest, avec ses inflexions et ondulations nerveuses à l'égal d'un disque de simple rock anxieux, tel un Slip ou un Undertow, et ses morceaux qui pourtant dans leur  gabarit relativement ramassé et trapu, avec leur chant de comanche, semblent le véhicule d'animaux aux dimensions autrement plus cosmiques.
Vous décrire les mille et les mille que vous fera parcourir chaque chanson à elle seule, richement pérégrinante comme une méditation de plusieurs mois, de ce rock de solitaire du wilderness, serait aussi vain précisément que tenter de raconter un morceau de Primordial, à moins que vous ne vous appeliez vous-même Raven. Je vous dirai donc seulement que Bloodiest e…

N.K.R.T. : Lectio Tenebrarvm

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N.K.R.T., il me fait chier. Parce que bon, c'est évident : il faut en parler ; mais alors, qu'est-ce que c'est chiant ! Parce que, pour commencer, c'est toujours chiant, et on se sent toujours ridicule à le faire, de parler de ce type de trucs, goth ultra dark rituel ambient death industrial machin, même en ne trouvant pas ridicule une seconde d'en écouter, et ce alors qu'on a passé la soirée avant à constituer un dossier de demande de CESU pour son Comité d'Entreprise. De deux, parce qu'on a toujours trouvé chiant de mettre des mots sur ce qui constitue, dans notre construction esthétique, "la base" : dans le cas qui nous occupe (le mien), à égalité avec The Cure et Alice in Chains : Cold Meat Industry.
Et N.K.R.T., c'est un peu un régal si vous êtes dans le même cas, un rêve de fan de Roger Karmanik ; un mélange parfait de chants des moines du Moyen âge européen, et de tibétains, nappé d'une certaine mais raffinée touche maléfique, …

Primitive Man : Caustic

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On pourrait s'amuser, ainsi qu'on le fit à l'époque de Scorn, de constater que lui va bien mieux qu'à certain autre groupe qui s'en était voulu prévaloir avant Primitive Man, la dénomination funeral grind. Mais comme malgré ce qu'il peut avoir, au sens propre ou presque, d'un enterrement l'on n'y entend guère de recueillement, guère de renoncement, même enlisé sous trois atmosphères de boue... On le baptisera en hardcore.
Une forme de hardcore sale comme la bombe du même nom, comme une manière de This Gift inversé, retourné comme une chaussette avec une vilenie et malignité qui rappelle - enfin de retour ! - celle qu'on entendait sur un certain Omega Drunk on the Blood of Alpha. Du hardcore de tétraplégique mariné, confit, macéré dans sa malveillance sur son fauteuil roulant, enfermé dans la cave sous sa cabane. Du hardcore d'une qualité de mauvaise intention comme on en a rarement entendu. Pizza the Hutt, Norman Bates et Kirk Windstein en …

Ecce 2017

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Un top très doom et très goth, cette année, on ne va pas se plaindre.
2017 aura également été l'année de mon retour dans ma circonscription à plein temps, la fin du cumul des mandats, bref la fin de ma participation à Slow End. En 2018, plus de notes aux disques, plus d'étiquettes, plus d'affres des trois mots, plus de ligne éditoriale. La chienlit.








Les morceaux de 2017,
ceux qui vous font tomber le pull-over et les bonnes manières
d'un coup d'un seul :

Slomatics : Estron

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"Conan" est un mot qui doit absolument être prononcé pour parler de Slomatics, lesquels font partie indiscutablement de la famille musicale du groupe anglais du même nom, les deux jouant chacun une variante personnelle d'au fond la même sorte de stoner-doom très très massif, néandertalien, et étrangement mais indubitablement influencé par la musique de Floor et Torche - et d'Estron en particulier, lequel semble tout à fait camper une petite horde de Cimmériens propulsés sur ce que ma foi on se gardera de décrire lorsque la pochette de l'album le fait si joliment : un mystérieux et envoûtant univers de science-fiction vintage, qui s'avère si l'on y réfléchit tout à fait stoner-compatible, avec sa palette torride et son climat de paranoïa toxicomane - dernier point sur lequel Slomatics se révèlent tout sauf les derniers, dans un registre qui est après tout la chasse gardée du doom metal - et des groupes héritiers de Voivod.
Du coup, Estron est le genre de …

Killing Joke : Fire Dances

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Une bande de skinheads un peu con-cons, copieusement armés de cette ahurissante morgue connarde à la Sid Vicious ou Billy Idol, débarque nuitamment dans l'herboristerie de ces vieilles sinoques de Virgin Prunes, en quête de quelque ivresse, n'imaginant pouvoir trouver là que peccadilles saccage les rayons de l'échoppe, se goberge avec dédain autant que morfalerie de tout ce qu'elle y trouve... Et se farcit le plus saccadé rodéo hallucinogène qu'elle ait jamais traversé, dont elle émergera d'interminables minutes plus tard les pupilles dévastées, épuisée de suée, de surexcitation nerveuse et de ricanements déments.
Encore plus basiquement punk que le premier, et pourtant tellement encore plus hallucinatoire.

Primitive Man : Caustic

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Je comptais l'essorer en deux phrases, dans le style : "Dans sa quête intransigeante de la laideur et du néant impeccables, il semble qu'Ethan Lee McCarthy soit enfin arrivé au bout de son voyage, chic alors : il va enfin pouvoir partir cultiver ses tomates, et nous lâcher la grappe (désolé, c'est sorti tout seul)". Mais je ne le ferai pas, puisque Primitive Man çà et là faillit, et que Caustic est émaillé de moments de plusieurs secondes de long où il captive - oh, timidement bien sûr, le gros machin a sa pudeur ; nommément, d'épisodiques coulées de guitare semblables à une luminescence qui mange l'espoir, et une certaine façon, animale envers et contre tout, dont la batterie de loin en loin tente d'échapper à la paralysie et à l'obscurité ; au milieu, naturellement, de tous les moments habituels où la musique de Primitive Man est à l'image de ses emballages visuels, également œuvre de McCarthy : d'une géométrie et d'un sens de …

Killing Joke : Night Time

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Amusant, comme le machin passe assez universellement pour le disque un peu honteux, le début en tous les cas de la période honteuse de Killing Joke - alors que, si l'on regarde bien, un certain nombre de ces morceaux, et des idées fumantes qui s'y entendent, ont par la suite été rejoués sur des albums autrement mieux cotés chez les gens qui n'aiment pas trop la musique de fanfouettes aux yeux tartinés de khôl et aux jabots de chemise trop floraux - Hosannas, Extremities, Millenium, Absolute Dissent...
Oh, certes maquillés d'une autre manière, sous une production et une élocution générale plus rugueuse, apoplectique et apocalyptique ; mais écoutez bien, entre les strates de guitares crépusculaires qu'on croirait The Cure ou Sisters of Mercy, entre les brumes de synthés qu'on croirait les plus beaux et inquiets moments de A-Ha... Vous trouverez.
Pas près de sortir de mes favoris du groupe, celui-là.

Godflesh : Post Self

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Entre Post Self et Soul Pretender, en vérité je vous le dis, qui aujourd'hui a encore besoin d'un disque d'un Killing Joke qui ronronne depuis plusieurs disques déjà - ce qui au demeurant a comporté son lot d'aise et de bien-être, à les prendre sur les genoux la durée d'Absolute Dissent puis MMXII - mais qui avec Pylon commence à devenir un peu beaucoup franchement relou, comme tout gros matou qui vous squatte trop longtemps de sa grosse tranche de pancetta en vibration étalée sur vous, alors que vous ne demandez qu'à savourer un peu le sofa tout seul, voire à changer de position - qui ?
Soul Pretender, c'est du Killing Joke de Venus ; et Post Self, du Killing Joke de Giedi Prime. L'album possède l'hyper-émotivité d'un jeune Duncan Idaho perdu dans les forêts pour échapper aux chasseurs, le cœur débordant de larmes de rage et de douleur, engourdi peu à peu par le froid glacial de la nuit ; il nimbe toutes choses de magie, d'une horrible féér…

Drug Honkey : Cloak of Skies

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Un sorte de suprême des ADN musicaux combinés de Justin KB & Mick H ; utilisé comme matériau pour édifier... une sorte de termitière-dépotoir, de nirvana dans la putréfaction en fractale, évoquant les ruines d'Angkor et quelque rucher de Babel dans un futur totalement sur-défoncé à la pollution planétaire. Un disque sculpté à même la béatitude végétale du drogué, à l'égal précisément de l'inénarrable Netrayoni, un florilège de textures et de métamorphoses de l'une à l'autre à éprouve, pulvérulence, dissolution, pullulement, effritement, beurre noisette, or en fusion, déglaçage au bourbon, corrosion, paillettisation, effondrement moléculaire, auto-dévoration, frugification... J'en passe et des meilleures, vous êtes je l'espère non-daltoniens.
Drug Honkey, en tout état de cause, continue dans Cloak of Skies - ce titre, qui à lui seul vous rend moite, chaud et tout avide de nuit tropicale... - de prouver que si Justin Broadrick et Mick Harris sont un don …

Ende : The Rebirth of I

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Lorsqu'on joue du true black, évoquer directement Gorgoroth, ce n'est déjà pas donné à tout le monde ; ce n'est ici d'ailleurs qu'une indication du niveau, si l'on peut s'exprimer ainsi, du talent dont on parle ; parce qu'Ende, même dans certains morceaux où il donne franchement dans l'épique et les ambiances de déluge et de blizzard qui sont celles où les mélodies true s'épanouissent et se reconnaissent le plus, conserve tout du long, en filigrane plus ou moins apparent, la particularité de son ambiance - pour laquelle on pourra très approximativement citer Valborg, juste pour situer le registre - pétrie, chargée, embaumée de mystère forestier ; mystère dont Ende fait partie des rares groupes qui pour l'instaurer n'ont surtout pas besoin d'en enrober le solfège qu'ils utilisent, si vous voyez ce que je veux dire, les sonorités de The Rebirth of I étant d'une limpidité envoûtante - pour laquelle ma référence personnell…

Grave Upheaval : Grave Upheaval

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Si vous avez toujours rêvé d'entendre les conciliabules qu'entre elles tiennent les grottes, de vous immiscer entre deux plaques tectoniques à la saison des amours, ou bien si vous vous demandez comment on ferait pour se procurer le minimum nécessaire à la subsistance - à savoir The Slaughterhouse et la trilogie Great Death - dans un monde où la seule pitance digne de ce nom serait le death metal... Grave Upheaval est fait pour vous.
Mais il également tout indiqué pour, si le besoin s'en fait sentir, redonner un lustre insoupçonné à la locution "death industrial".
Si en revanche vous aimez votre ambient metal un peu moins taciturne, monosyllabique, trappiste : vous avez Blight Upon Martyred Sentience, dont un jour il va bien falloir finir par dire quelque chose.



Il m'en reste une à base de "Brighter Death Metal Now", vous allez pas me laisser ça sur les bras, dites ?

Chaos Echoes : Mouvement

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Une famille, ce sont suivant les époques des liens qui se détendent, d'autres qui se retendent... Dans celle dont il est question ce jour, Portal s'éloigne chaque jour un peu plus, et on commence à appréhender le retour promis pour bientôt de ce cousin de moins en moins bien connu ; Imperial Triumphant, eux, se font de plus en plus aimer à mesure qu'on passe du temps avec eux, et qu'on sort de l'indifférence polie avec laquelle on a toujours considéré ceux qu'on prenait pour les petits frères un peu falots dudit charismatique cousin.
Et Chaos Echoes, ce sont ceux qu'on avait perdu de vue, on ne sait trop pourquoi, les hasards de la vie de chacun, où il suffit d'un seul tournant, d'un côté, de l'autre voire des deux, pour qu'on s'oublie un peu - et qu'on est confondu de retrouver, avec les rapports passionnés que dans la foulée on retrouve, intacts. Rien de régressif pourtant : l'on reconnaît, à n'en pas douter le quart d'…

Disbelief : Disbelief

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Si jamais d'aventure vous deviez vous faire la réflexion que les Allemands n'ont jamais inventé un style musical : pensez à Disbelief. Disbelief est un style musical à lui tout seul, évolutions y comprises au fil des années, au même titre que Neurosis sauf que Disbelief n'a jamais été copié, ce qui est heureux. Ce premier album, forcément, est le plus tourmenté, torrentueux, bouillonnant d'hémoglobine et d'émotivité torturée, qu'on en juge : l'on y entend autant de préfiguration d'Atriarch et Valborg que de vénération pour Obituary, de Deftones que de Bolt Thrower, de Korn que de Godflesh, et ce, tout le temps, en une identité agitée et boursouflée qu'on serait bien en peine de définir autrement que : du Disbelief... Enfin, bref : on y entend, surtout et avant tout, beaucoup de souffrance et de gencives qui en saignent de rage. Disons pour simplifier que Disbelief change Deftones en une sorte de bête-garou (un suidé ou un ursidé, vraisemblable…

Nibiru : Padmalotus

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La puissance rituelle et magique de Zaum, dopée par la malveillance d'Oranssi Pazuzu, elle-même dopée par la malveillance de ce bon vieux Streetcleaner, vous en rêviez ? Non ? Parfait, c'est encore meilleur quand on n'en soupçonne même pas son propre désir.
Cela fait plusieurs années et disques déjà, que Nibiru ont débarqué tels d'hirsutes zoulous enragés au beau milieu du cours de yoga du sacro-doom - et chaque fois ou presque c'est comme si c'était la première : ça vous décape le karma. Les pauvres n'y peuvent mais : même lorsqu'ils sont en proie à une pleine phase de contemplation béatifique et ahuris par le nouveau palier céleste auquel ils viennent de se hisser, cela pèle la viande sur tous les frères autour, tellement cela dégage ce qu'ils ont en eux de la nature génétique d'une lame de rasoir, et d'une brutalité qui doit autant, donc, à Godflesh, qu'à Motörhead ou Darkthrone.
Qu'on imagine le Guts de Berzerk, ou le Ding On de T…

Hey Colossus : The Guillotine

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Au chant, un gonze de la famille de Thurston Moore et son cousin des Liars, là, mais dont le rhume aurait été vigoureusement été débouché à grands coup de sirop de Nick Cave ; et derrière, une manière de gros dub façon rivière en crue, qui charrie et mêlant tour à tour autant de Stranglers que de Swans, de God que de Protomartyr, de Pere Ubu que de Pale Horse... Par endroits ; ceux où The Guillotine n'est pas l'album le plus superficiellement indie-pop de Hey Colossus  ; ce qui se traduit par une sorte de cold-wave lumineuse, d'une lumière grise plus amère et plus légère que n'importe quoi que peuvent sortir tous ces fastidieux dont Interpol est probablement le moins pire ; une sorte de musique à la dépression exquisément polie, pince-sans-rire mais avec un sourire sous-jacent permanent ; jusqu'à virer parfois au subrepticement grinçant. Un disque à sa manière bien plus étrange, sous ces dits faux airs indie, que le finalement plus convenu - ceci dit sans méch…

Bad Tripes : Les Contes de la Tripe

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On va procéder de mémoire, si vous le voulez bien ; car en dépit d'un amour que je confesse bien volontiers pour le choc-roc de Bad Tripes (les personnes de bon goût, de toutes les manières, nous ont déjà quittés offusquées à la lecture du nom du groupe), je sais leurs saveurs roboratives à l'excès, et donc causes possibles de grandioses nausées post-prandiales : je n'ai donc pas préparé la présente comme le journaliste que je ne suis pas, et n'ai révisé ni leurs précédentes œuvres, ni mes propres bafouillis à leur sujet, ce qui fait que probablement je radoterai, ce que de toutes les manières je fais plus souvent qu'à mon tour, puis c'est désormais de mon âge.
Or donc, le troisième Bad Tripes fait rêver d'un temps où Juliette Nourredine était encore punk et parlait louchebem, et l'imaginer signée chez François Hadji-Lazaro, dans un groupe où, avec une Catherine Ringer qui ne ferait donc pas encore ses duos avec Black M chez Nagui, elles joueraient du …

Imperial Triumphant : Inceste

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Je voudrais envenimer des tensions qui n'existent pas, je le re-baptiserais l'anti-Vexovoid. Parce qu' Imperial Triumphant m'y fait toujours autant penser à Portal, mais qu'Inceste prouve qu'il n'est nul besoin de se donner une production hermétique pour jouer une musique dégueulant d'autreté menaçante. Colin Marston a donné, comme il est payé pour le faire, une production claire comme du cristal au disque, et ce n'en fait que plus brillamment ressortir son obscure barbarie, son micro-climat de grotte sacrificielle, de version carnivore, animale, superlativement griffue et épineuse - mais sans tomber dans l'écueil contre-productif du sur-empilement hyper-chaotique - de la musique de Reverorum Ib Malacht - autant que du jazz industriel de Flourishing.
D'ailleurs, le disque cultive la juste mesure de tout ce qui le constitue : d'étrangeté rythmique insectoïde, de blettitude malsaine du désaccordage, de frénésie rabique des riffs au son de…

Hooded Menace : Ossuarium Silhouettes Unhallowed

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Je l'ai déjà dit au moins une fois, ne me demandez pas si c'était ici ou sur le webzine où je bossais naguère : le doom, c'est du death, ou en tous cas le bon doom inclut forcément le death, ou encore le bon death comporte forcément une bonne quantité de passages doom ; une connerie comme ça, qui ne reflète bien entendu qu'une partie du doom - mais que l'on pense - non : éprouve dans sa chair - fatidiquement à l'écoute de certains albums. L'on a deviné que le nouveau Hooded Menace compte au nombre de ceux-là. Moche comme du death metal - grade side-project de Chris Barnes, même - accélérant en maint endroit au milieu de ses maintes rasades de sirop d'early-Katatonia - et "pourtant" indiscutablement doom, et de tout à fait patricienne façon, qui plus est. C'est peu de dire que, de groupe à l'existence et au langage totalement incompréhensibles voici quelques années, Hooded Menace est passé pour moi avec une facilité ahurissante a…

Nortt : Endeligt

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DSBM. Comme depressive suicidal black muzak. Rien de péjoratif là-dedans, ne vous méprenez pas ; muzak, comme musique d'ascenseur : vous savez, ce que jouent Bohren & der Club of Gore ? Un peu comme ces derniers, Nortt joue ici (conservé très peu de souvenirs des albums qui s'écoutaient de lui voici une dizaine d'années, lorsque je me suis mis aux musiques très lentes mais faites avec des guitares et des cheveux longs) la musique des ascenseurs pour les enfers ; ceux qui descendent sans fin, vous savez, un peu comme si mes souvenirs sont bons le générique de fin d'Angel Heart, sauf que celui-là s'arrête, avec l'odeur de fin des haricots et de carottes cuites qu'on subodore : pas de cela dans Endeligt ; l'humeur ici est au liquide, à une mélancolie du trépas et de la damnation encore plus délavée que chez un Dolorian ou un The Gault - où la folie paraît guetter, vorace, au fond du lac de larmes ; en fait, on se situe même dans les eaux du pre…

Queens of the Stone Age : Villains

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Vais-je avoir la condescendance - ce ne serait pas un coup d'essai - de prétendre comprendre, paternalistement, ceux qui ne trouvent pas leur compte et leur QotSA dans Villains ? Non ; je suis bien un peu triste pour eux - surtout un, parce que je suis toujours peiné qu'une personne que j'estime et un disque que j'estime ne s'entendent pas ; mais je ne m'en fais pas, il le vit sûrement plus que bien - mais avant tout et strictement personnellement, il s'avère au bout du compte que Queens of the Stone Age, tout comme Enslaved, est un groupe à qui - quoiqu'il ne soit assurément pas le premier qui me vienne à la bouche pour en trompetter le nom, lors qu'il est question de ceux qui me sont quasi aussi constitutifs que l'air, le vin et le pain - j'ai du mal à dire non et ne le fais donc quasiment jamais ; et non pas, mal gré que j'en aie, de la catégorie de ceux dont j'ai fait après quelques années de fougueuses roucoulades le consta…