samedi 30 décembre 2017

Anatomia : Cranial Obsession

Giallo, le death metal singulier d'Anatomia ? Non. Le giallo est rouge, et Cranial Obsession avec tous ses grêles synthés d'horreur fifties, n'a rien de rouge de près ou de loin. Gris, alors, comme sa pochette le prétend ? Pas davantage - pas aussi platement, à tous le moins.
Cranial Obsession est de la couleur du froid, du glacial, celle des rêves de tombeaux nuitamment ouverts pour y consommer de religieux ébats, pour y honorer avec dévotion de féminines dépouilles à la pâleur de marbre et à l'odeur néanmoins enivrante - simple précision des fois que vous vous figureriez que la beauté chez Anatomia, qui est bien réelle, et présente à presque chaque instant, à rôder autour de tous les festins de chair... Eh bien, précisément, au cas où vous iriez sottement penser qu'elle entre au prix de l'effacement de tout l'aspect putréfié de la chose. Le sublime, le pourri, le stupre, en un seul tableau somptueux et pourtant semblant l’œuvre, évacuée en une longue saillie instinctive, d'un rugueux primitif.
Cranial Obsession, c'est un peu Evoken et Autopsy en même temps, ou l'accouplement, à la majesté de statue, de Circle of Dead Children avec l'Indesinence des débuts : il faut avouer que c'est un rêve d'amateur de death metal fait... chair. Chair gelée, froide comme la pierre funéraire, et pourtant fondante sous la dent ; grise, peut-être après tout, puisque les images qui viennent à l'esprit sont issues d'Eraserhead et du Nosferatu de Herzog, et toutes imbibées de cette même pesante, gauche lascivité gourde et froide. Du death metal qui grince, qui gémit, soupire et exhale à longues lampées d'haleine congelée.
Mais Cranial Obsession, lorsqu'il part dans l'ambient, mes enfants... C'est l'album que nous offriraient Phallus Dei, Sigillum S ou Fetisch Park s'ils se mettaient à l'ouvrage sur un disque de death metal, juste après avoir écouté l'édition "more fur" et toute givrée de Bloody Kisses. Giallo ? Non, fetish, en vérité.
Accessoirement, la propension incorrigible des étoiles à s'aligner fait que ce Noël Esoteric réédite en compact disc sa démo Esoteric Emotions - The Death of Ignorance ; fichant par la même occasion un petit coup au caractère unique, exceptionnel, inouï de Cranial Obsession ; mais, à travers l'extatique constat qu'il induit sur soi-même, à savoir qu'on y contemple ce que, on l'estime, devrait être le death metal le plus strict et pur, dans un monde doué de saveur, dessine pour le coup entre les deux disques une continuité qui nous conforte dans la certitude de connaître une vérité profonde, cachée là, au fond, tout au fond.

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