dimanche 10 décembre 2017

Bad Tripes : Les Contes de la Tripe

On va procéder de mémoire, si vous le voulez bien ; car en dépit d'un amour que je confesse bien volontiers pour le choc-roc de Bad Tripes (les personnes de bon goût, de toutes les manières, nous ont déjà quittés offusquées à la lecture du nom du groupe), je sais leurs saveurs roboratives à l'excès, et donc causes possibles de grandioses nausées post-prandiales : je n'ai donc pas préparé la présente comme le journaliste que je ne suis pas, et n'ai révisé ni leurs précédentes œuvres, ni mes propres bafouillis à leur sujet, ce qui fait que probablement je radoterai, ce que de toutes les manières je fais plus souvent qu'à mon tour, puis c'est désormais de mon âge.
Or donc, le troisième Bad Tripes fait rêver d'un temps où Juliette Nourredine était encore punk et parlait louchebem, et l'imaginer signée chez François Hadji-Lazaro, dans un groupe où, avec une Catherine Ringer qui ne ferait donc pas encore ses duos avec Black M chez Nagui, elles joueraient du dark-cabaret fortement lardé de metal et d'electro ringarde : puisqu'il semblerait que dans un monde cartésien l'on doive affilier Bad Tripes à Rammstein, Les Contes seraient plutôt, pour leur part, de la famille de Sehnsucht, avec leurs arrangements synthétiques jovialement clinquants, exubérants, digne de la meilleure dark-electro d'horreur, :Wumpscut: et toutes ces succulentes conneries ; ce qui ne les empêche, nonobstant, pas de montrer également le groupe sous son jour le plus souplement allègre, le plus félin dans ses déhanchés de bal populaire, ses basses rondes, ses tempos syncopés : on se rappellerait presque avec tendresse le bref engouement qu'on a pu éprouver jadis pour Mindless Self Indulgence...
Alors, bon, bref : est-ce que Bad Tripes est plus vulgaire encore qu'avant, ou égal à lui-même ? Pour sûr, il peut constituer un pré-requis, pour apprécier ces Contes, de ne pas avoir de haut-le-cœur au contact de choses d'aussi mauvais goût que Punish Yourself, Moshpit ou les VRP. Pour sûr, Bad Tripes est vulgaire, oui, probablement même ne rêvez vous pas si vous entendez deux-trois clins d'œil à Aqua - et ça en fait l'antidote à la fois à Johnny Hallyday et à Throane : voilà qui ne se refuse pas. Si vous êtes gracieux, vous passerez votre chemin. Si vous aimez la bidoche et la bamboche, en revanche, et jouer du trombone à coulisses avec vos hanches beurré au bal sur la place, une tronçonneuse tenue d'une main nonchalante, distribuant les œillades bigleuses à la ronde, le rimmel dégoulinant à foison, et malgré tout, ou de par cet état de fait imbibé précisément, la prunelle d'une profondeur vraiment troublante et la voix pleine de chausse-trappe tapissés de velours... Ah, ça, comme chaque fois, un album de Bad Tripes c'est comme un moment d'absence, un coma éthylique, et peut-être même çà ou là sent-on déjà à quel point la caboche sera douloureuse quelques heures après - mais pas un qu'on regrette, car bon sang, on avait oublié combien même les pires cris de harpie infantile pouvaient y enclore de charme.
Venez donc, mes tout beaux, venez sur la piste, venez à nous mes jolis, laissez vous prendre par ce bon vieux vertige ; Bad Tripes, pas de doute, c'est du metalpunk musette, mais pas tant parce qu'ils mettraient des riffs d'accordéon (guère, d'ailleurs) ou autres habillages du même genre : parce que c'est fait pour - et avec l'amour de - guincher les soirs de pleine Lune au milieu de la chair et des fluides de ses semblables, peu importe qu'on soit le quatorze juillet ou le trente-et-un octobre : le château de l'ogresse est en éveil ce soir, ses fenêtres allumées comme des yeux, et la ville est pareille à un village dans son ombre, ses rues offertes à son cirque ambulant. Les gouttes de sang vont étinceler comme mille étoiles dans le sillage de sa valse lascive.

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