vendredi 1 décembre 2017

Necrodancer : Void

La musique de Necrodancer est-elle dans l'air du temps ? Elle est d'aujourd'hui, c'est une chose certaine et qui éclate - de tout à fait superbe manière - vers la fin du disque, en un "The Calling" dont les alliances de graphite et de laque violette mangée à l'acide font penser à tout ce que l'époque actuelle, avec ses angoisses matinales qui serrent de plus en plus de ventres, compte de wannabe-post-punk. La trajectoire que Necrodancer trace, toutefois, n'est pas tout à fait de la dernière pluie sulfurique ; elle remonte, avant même les plus brillants groupes du Black Hole Crew (Haust et dans une moindre mesure Okkultokrati sont des noms qui peuvent venir à l'esprit en écoutant Void, ce qui n'est pas une moitié de compliment), à Lifelover - dont au passage ici on retrouve également la joie de vivre des débuts, et la propension à danser dans les rues façon Alex DeLarge, bourré, à grands coups de pieds ; quant à la confusion entre hardcore et électronique débraillée, c'est chez les regrettés Sex Positions (déjà chez Deathwish, tiens) qu'on l'avait entendue à pareille fête, et guère ailleurs. On commence à voir si Necrodancer est juste un groupe inculte, interchangeable et fonctionnel de plus dans un secteur surchargé...
Non, les Necrodancer ne sont ni des prestataires ni des perdreaux de l'année, et leur conception du punk hardcore s'est faite, selon toutes les apparences, à la façon d'un parcours - mais le leur, pour grandiloquente que paraîtra toujours la formule, ne s'est sûrement pas fait avec la même sévérité qu'y mettraient les donneurs de leçons de la toughguyerie ; pour sûr il a titubé plus souvent qu'à son tour, et même avec plaisir, celui qu'on prend avant tout dans les détours, et les courbes prises un peu trop large qui vous font mesurer la résistance de votre épiderme avec les parois, de votre existence ou, à défaut, du pauvre mobilier en vigueur dans le réel ; il a été semé, à la façon d'un Petit Poucet voulant s'assurer de ne pas repasser par inadvertance par les mêmes endroits, de flaques de vomi bilieux.
Pour paraphraser quelques intitulés bien connus du côté des pairs de Necrodancer - ça veut dire en Norvège, connaud - voici de la bien belle new wave of black punk. Punk is the new punk, la gueuserie ne crèvera jamais, sinon tes yeux. Ouais, chez Necrodancer on a le vocabulaire - celui du corps y compris - médiéval, comme dans Rudimentary Peni ou la bouche de Marcellus Wallace lorsqu'il est agacé. Comme il y a du Daggers de la partie, il paraîtra tout naturel que punk houiller soit aussi une appellation qui vienne à l'esprit, pour cette musique qui traverse ainsi les âges, avec la funambule élégance d'un danseur - voyez vous cela - chaussé de bottes à bouts solidement ferrés.
Bref, puisque de toutes les manières, post-punk, new-wave et cold-wave, c'est strictement la même chose - du punk undead - et que la parenté entre punk et black metal n'était plus à prouver depuis beau temps, il était temps que quelqu'un fasse resplendir celle qui en découle entre black metal et new-wave, ou tout du moins de ne pas laisser le terrain aux seuls Norvégiens cités plus haut, et à leur orthogonie parfois encore un peu trop metal, et en tous cas manquant d'une déliquescence qu'on ne sait pratiquer que plus au Sud de l'Europe : merci Dadou, merci Daggers, merci les autres complices. Undead undead undead...
Si l'on veut résumer, Void se range dans le petit club select de la Musique à Boire du Rince-chiottes avec Élégance, où il côtoiera, donc, Daggers, Urfaust, Lifelover et Rudimentary Peni ; dans celui du black metal de Curiste joué en slip et chaussures coquées dans la neige, en invectivant et racolant les passants dans un festival de bestialité vocale vociférée le cœur au bord des lèvres qui écument, le khôl qui dégouline, en un orage parfois troué de brèves bouffées de lumière et de paix qui font aussi brusquement que fugitivement apparaître Palehorse ou Helms Alee dans le filigrane des nuées ; et il se range surtout dans toutes les variantes approximatives entre les deux... Se résumer, on a de ces idées à la con, parfois : si l'on veut se résumer, Void en fait de black est noir comme une betterave ou comme un mec complètement noir (et se termine en se vautrant jovialement les dents dans le noir d'une flaque de cambouis), et il se siffle cul-sec, en vitesse pendant que le vrombissement des premiers bombardiers se fait déjà entendre à l'horizon du crépuscule hivernal.

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