mardi 5 décembre 2017

Queens of the Stone Age : Villains

Vais-je avoir la condescendance - ce ne serait pas un coup d'essai - de prétendre comprendre, paternalistement, ceux qui ne trouvent pas leur compte et leur QotSA dans Villains ?
Non ; je suis bien un peu triste pour eux - surtout un, parce que je suis toujours peiné qu'une personne que j'estime et un disque que j'estime ne s'entendent pas ; mais je ne m'en fais pas, il le vit sûrement plus que bien - mais avant tout et strictement personnellement, il s'avère au bout du compte que Queens of the Stone Age, tout comme Enslaved, est un groupe à qui - quoiqu'il ne soit assurément pas le premier qui me vienne à la bouche pour en trompetter le nom, lors qu'il est question de ceux qui me sont quasi aussi constitutifs que l'air, le vin et le pain - j'ai du mal à dire non et ne le fais donc quasiment jamais ; et non pas, mal gré que j'en aie, de la catégorie de ceux dont j'ai fait après quelques années de fougueuses roucoulades le constat qu'ensemble nous avions fait le tour de notre relation, comme Darkthrone ou Meshuggah, n'en déplaise à la coquetterie qui voudrait que de tels rôles soient inversés.
Non mais je vous demande un peu ! cette voix d'ange (qui est peut-être même en train de devenir de plus en plus belle encore à mesure que son Robert Mitchum croisé avec Elvis Presley de porteur enlaidit), ces riffs acides, toujours plus acides, ces rythmiques heurtées, disloquées et pourtant en permanence nerveuses, comme la fièvre sexuelle s'emparant de robots à la tôle chauffée à blanc, ces sons semblables aux vagissements de plaisir de baleines nées dans le délire de la schizophrénie chimiquement induite... Et cette façon, au milieu de tout cela et tout inondé de sueurs d'angoisse à donner à The Idiot des airs de Manu Chao, de toujours rester cool, et n'avoir pour seule réaction visible jamais que de sortir son petit peigne de la poche du gilet en denim pour se recoiffer la mèche inquiète... Queens of the Stone Age ont-ils présentement perdu leur vice, le côté drogué du mythique premier album ? Je ne suis pas en compétence de vous le dire, me trouvant incapable de résister aux sonorités, typiques et reconnaissables, que j'entends ici : celle d'une sorte de version sûrement plus sucrée d'un de mes albums préférés d'eux, à savoir Era Vulgaris - dont il se trouve, accessoirement, que je le trouve déjà à sa façon très parent du susdit album inaugural. Villains est donc la version synthétique, entre glam et wave (Iggy et son Bowie intégré sont passés par là, pour achever de cristalliser ce qu'il y avait déjà de glam dans ...Like Clockwork) et en plein dans l'armoire à pharmacie (on a dit cristallisé, vous avez vu ?), d'Era Vulgaris donc en ce qui me concerne une nouvelle exquise variation du premier.
Il y aurait sans doute là matière à mainte pirouette pleine de morgue et de condescendance, en vérité, mais pourquoi justement tenter de rivaliser avec celui qui, le temps de l'écoute au moins, se campe en maître incontesté de la morgue et la bellâtrerie rock'n'roll ? Avec une forme de logique, après une dépression post-pop, Josh Homme joue à  présent de la pop - même si, les quelques fois qu'il se pique (vous l'avez ?) de faire ici quelques minutes de rock fifties, il vous envoie toute la discographie de Jesse Hugues à la casse avec une blonde désinvolture de héros de pulp space opera, très discrètement surlignée de rouquine démoniaquerie, bien sûr ; une pop synthétique à en broyer les narines, à en brûler les synapses, élastique et satinée à en faire passer baver des ronds de chapeau à David Byrne et vous donner pour seule envie de vous cisailler la colonne vertébrale et les rotules de concert, les twistant en cadence et à contresens les unes de l'autre, avec une vertigineuse façon de réinjecter du futur, tout en anguleuses perspectives, dans la science-fiction rétro, scintillante de poussière d'étoiles et d'ange, géométriquement prédatrice et longiligne à en faire oublier ce que Trent Reznor a donné comme tièdes suites à Hesitation Marks... De la pop, si vous voulez : pas de problème.
De celle où l'on dérive entre une scène de Frantic et une salle d'attente de spatioport, à siroter des martinis en écoutant du Dimitri from Paris ou du Yello, transpirant à grosses gouttes à force de se demander si la serveuse-robot vous a oui ou non décoché cette œillade suggestive que vous croyez avoir vue - et si l'affirmative est rassurante, ou bien le signal qu'il faudrait lire d'une nécessaire fuite en hurlant. Oh, oui, il s'en passe, des choses, sous la pâleur de Villains, sous la blancheur d'un disque dont le rock peut fallacieusement paraître taillé pour les plateaux de type présidés par Michel Denisot, et s'avère en fait insidieusement d'une toxicité mentale kubrickienne... On en perd assez certainement tout sens de l'orientation et d'où on se trouve - mais une chose est sûre, au moins au moment où le disque s'achève sur la valse où enfin on le suit : il nous a emmené parmi les étoiles. Quand on y réfléchit, c'était discrètement annoncé dès les premières notes du disque, leurs subtils accents de PVT et de lointain extrême où l'on sombre ainsi que dans le coton... et tout du long ensuite au fil des chansons, avec leur infini médicamenteux tel que jamais Liars n'ont réussi tout à fait à y faire plonger comme on l'eût souhaité.
Tout ceci est dans ma tête ? Bien entendu ; comme toujours, avec Josh Homme, un homme qui fait voir du pays à votre système nerveux. Un des plus grands Queens ? Il convient probablement pour le déclarer d'y laisser le temps, puis comme Enslaved il faut bien finir par reconnaître qu'ils font partie des groupes sortant principalement des disques guère portés sur la petitesse - mais je suis bien près de le penser, ce jour et en ce qui me concerne.

1 commentaire:

Raven a dit…

Ouais; il sent le papier glacé neuf, le Photoshop, l'hôpital ; (facebook ?) à voir si ça dépasse le stade embryonnaire et s'il a une valeur ajoutée à Like Clockwork.