lundi 19 novembre 2018

Candelabrum : Portals

Là toute de suite, je confesse qu'il ne m'en vient pas trop d'autres en tête : allez, disons Non Omnis Moriar et, tenez, à sa façon légèrement différente, Svartmyrkr - mais il y a des disques dont dès la première écoute vous avez fait (et le savez dans vos os) le tour de tout ce qu'ils avaient à vous dire, de tout ce qu'il y avait à y découvrir et y ressentir ; et dont cette certitude même n'ôte rien, mais alors ce qui s'appelle rien, à la solidité de votre dévotion immédiate, votre attachement profond à eux.
Ce doit être là ce que les pandas expriment par la fameuse locution "so pure, so cold" ; Portals est... le froid. Son extase suffisante à elle-même. Son universelle puissance de transpercer. On le ressent d'emblée, de façon unie tout au long d'un album qui lui érige une cathédrale, à la nef aussi immense avec ses ombres impénétrables, que sont aveuglants ses vitraux comme des crachats de blizzard solidifié. La sensation ne se dément plus jamais - non plus qu'elle ne s'affaiblit, quoique d'un point de vue tout à fait terre-à-terre ces nappes de synthé glaciales, qui crucifient Portals dans le ciel du génial, ne fassent pas preuve d'un penchant immodéré pour le renouvellement ou une quelconque autre forme de variété. La porte du frigo refermée sur vous, et à la revoyure le monde de l'autre côté. Ça n'est rien que cela, et c'est aussi grand que peut être cela, comme du vieux Burzum, ou du Cold Meat Industry des tout débuts, ou du The Klinik : un truc qui vient du fond des âges, du fond du sang.
Enfin, bon : comme il ne s'agit pas non plus d'un album de Wold, j'ajouterai tout de même que Portals est plus que parfaitement propice, en ce qui me concerne, à se remémorer ses impressions floues mais immortelles de la lecture du Silmarillion, la crudité, la noblesse, l'âpreté hivernale, la grandeur, la désespérance, la désolation, qui toutes viennent le compléter et lui donner corps - congelé - à en rehausser encore la merveille... Probablement ai-je été plus qu'un peu aidé à trouver ce chemin par une chronique qui, cela ne vous aura pas échappé, a aussi peu cure que la présente de décortiquer des heures ce qui ne s'y prête pas.
Quand même, c'est tellement bien, l'hiver...

samedi 17 novembre 2018

Cult Leader : Nothing for Us Here

Tout, même la fameuse envie d'avoir envie : une question de perspective.
Eussé-je goûté Nothing for Us Here, en l'écoutant sans appétit, à sa sortie ? Sûrement pas, et encore moins aurais-je entendu ce qu'il démontre aujourd'hui à la lumière d'Un Homme Patient - à savoir que Cult Leader, à défaut peut-être de pouvoir déjà être regardés comme Grands, ne sont certes pas petits. Nothing for Us Here, ou une vingtaine de minutes dont chaque morceau, avec ses idées simples et ses riffs simples, paraissent des passages obligés du groupe de hardcore négativiste post-HHIG... Révisées à ce que l'on n'aurait, donc, pas forcément su voir à l'époque mais que force est - et quelle force - de reconnaître aujourd'hui comme la manière Cult Leader. Avec au premier chef cette façon de chanter comme l'on conduit une pelleteuse en furie dans des champs de cendres : si Nothing for Us Here n'est probablement pas leur meilleur disque, sur ce plan-là strictement Lucero est plus impressionnant que sur le dernier en date. Avec également au premier chef d'ailleurs, cette façon non pareille de traduire tous ces riffs que l'on a sûrement déjà entendu chez Trap Them ou d'autres moins dégourdis, dans une palette rigoureusement, méticuleusement purgée de tout souvenir ou soupçon de couleur.
Nothing for Us Here confirme que Cult Leader dès le début était Cult Leader ; et non pas, donc, ce n-ième groupe de petits barbus faisant des yeux de crapauds morts d'amour à leurs disques de Cursed ; déjà ce groupe qui ne retenait que le meilleur de Gaza. Et un disque qui sous ses apparences de gentil symptôme de son époque n'a guère de parents, en dehors du Are you Fucking Kidding Me de Call of the Void - qui en est le délicieux pendant... non pas festif, mais détendu, son seul égal tant en absence de melon qu'en mornerie sinistre.
Mais A.Y.F.K.M est une exception, au moins jusqu'à nouvel ordre (toujours bienvenu) ; Nothing for Us Here était la première assertion d'une singularité conséquente ; elle est passée relativement inaperçue parce que, d'une, les gens sont bêtes et préféraient pleurer Gaza, de deux elle ne cherchait pas la lumière - étonnant - et pourtant, dès "God's Lonely Children" : les larsens, les rugissements de bête de la fin des temps, on est à la limite du power electronics ; pas la plus sympa-bagarre des manières d'entamer un disque de hardcore bien dans son temps.
Mais on l'a compris : ce n'est pas tout à fait ce qu'est un disque de Cult Leader, quel qu'il soit.

vendredi 16 novembre 2018

MZ.412 : Svartmyrkr

Faire du Cold Meat Industry en 2018 (sur Cold Spring, on reste chez les Grands Anciens), pour quoi faire et comment ?
Maschinenzimmer 412 n'était pas, à la grande époque de Linköping, le groupe le plus hiératique de la famille ni celui qui imposait le plus de respect, je peux vous le garantir - voire le contraire : le metal et ses amusants pyromanes n'était pas en odeur de sainteté alors, chez nous autres gothistes, donc In Nomine dei Nostri, déjà ça passait tout juste, mais alors Burning the Temple of God, pouah ! quelle pitié ! - mais ils le sont devenus peu à peu, sans vraiment paraître l'avoir cherché, à la faveur simplement d'une certaine progressive déchéance de l'espèce et déliquescence des individus plus nobles, tandis qu'eux-mêmes parvenaient peu à peu, avec Nordik Battle Signs puis Domine Rex Infernum puis enfin Infernal Affairs, à de mieux en mieux endosser le costume de luxe (au lieu de celui de rustre exécuteur des hautes œuvres, qui convenait à Macht Durch Stimme) qui allait avec une stature se révélant de plus en plus aristocratique et un port s'affirmant de plus en plus altier.
On admet donc aisément que, Riton étant par ailleurs toujours en exercice dans les sphères dark-ambient et disciplines affinitaires, il était parfaitement fondé à se poser la question, et se sentir un jour ou l'autre en demeure d'y répondre avec l'orchestre de ses larrons.
Or donc, en 2018, sont passés par là le black metal, le post-black metal, Peter Jackson, R.R. Martin, Andy Stott, Valhalla Rising, l'industriel à toutes les sauces, le rituel itou pour bientôt, le power electronics joué par des frimousses de blondinettes sucrées pour des labels hip, ambient crépusculaire à tous les étages, The Body... bref la démocratisation de tout et n'importe quoi, accélérée par internet, parce que la vocation de l'underground n'est pas de le rester, surtout s'il est extrême, dans un monde toujours en quête de nouvelles sensations à se payer. Force est donc, bon gré mal gré, de prendre ce nouveau monde en considération ; et le moins qu'on puisse dire est que MZ.412 le fait.
En mettant au goût du jour juste ce qu'il faut un propos, par ailleurs bien reconnaissable comme, donc, celui auquel les affreux étaient parvenus sur Infernal Affairs, soit comme on l'a dit la digne suite (ne me parlez pas de Sophia, merci : c'est très joli et mignon, Sophia, mais ça recroqueville le scrotum à qui ?) d'un In Slaughter Natives qui a pris sa retraite, quoiqu'il ne s'en soit pas aperçu (du coup le pauvre revient au bureau de temps à autre, depuis, et se met à bosser dans le vide) - en lui donnant encore plus de lustre moderne et de puissance d'impact sensible en millions de pixels. Ce qui pourrait, les grognements rocailleux dont Henri s'est montré friand dernièrement étant de mise ici pour appuyer le propos, conduire fatalement à craindre que Svartmyrkr fasse un peu redite avec Metempsychosis ou Atraments ; ce ne sera pourtant pas le cas, et MZ.412 garde intacte - impeccable, impitoyable, inoxydable - sa touche de suzerain du Nord : en vérité cette théâtralité-là, intrinsèque à la charge et au titre, est de sortie, plus prononcée que sur ces deux pourtant bien grimaçants derniers ; les manières de baron terrible, les pas lents et écrasants, on parle bien d'un album de MZ.412, quand bien même il est fatalement enrichi des expériences de Nordvargr (pour Drakh et Ulvtharm, les fréquentant très peu je ne me prononcerai pas, mais on ne doute pas trop qu'ils aient également fait de la route entretemps) ; pour sûr Svartmyrkr rend désagréablement palpable l'arrivée d'un hiver pas piqué des vers, bien dur et meurtrier - je t'en foutrai moi, de la Freezing Moon : pas d'arbres ici ou de châteaux hantés pour vous protéger de sa lumière aussi dure qu'elle est blafarde, et qui vous congèle jusqu'au os, pire que la pire des pluies d'hiver. Svartmyrkr est moins bavard que Metempsychosis ou Atraments, moins expansif, moins humain ; il est l'hostilité minérale, fait à la semblance d'un bloc d'obsidienne, laquelle peut par moments, la façon de Riton étant ce qu'elle est (à savoir plus laquée encore que celle de Brian Lustmord soi-même), lui donner l'air lisse - et lisse il est, comme l'est un monolithe de malveillance impavide, un cube de noirceur lisse comme la fatalité qui s'avance, lisse comme l'allure où s'en vient un glacier. Pour glisser ça glisse, chaque fois je me retrouve à passée la moitié du disque sans même avoir eu le temps de réaliser ce qui arrivait.
MZ.412 s'est, au moins autant qu'il s'est adapté au monde d'aujourd'hui (comme tout prédateur, pas vrai ?), épuré, densifié, concentré, aiguisé, et cette pochette qui peut paraître d'abord légèrement cartoonesque - voir, pire : rappeler celle du dernier Funeral Mist - résume au bout du compte assez bien cela : cette menace élémentale noire, annoncée dès le titre, qui s'avance sur fond bleu nuit, et la simplicité, largement suffisante voire parfaitement appropriée, de cette image-là, cet ogre émergeant des abysses des peurs enracinées dans nos origines, pour venir nous moissonner, nous prendre par la main. Papa est revenu. L'on voit même magnifiées dans cette épure limpide de certaines choses qui avaient commencé, doucement mais sûrement, à s'esquisser dans Nordik Battle Signs et Infernal Affairs, cette presque mansuétude qui va avec la noblesse et la sévérité, cette glaciale miséricorde qui se lit dans les silences qu'elle appelle de ses longs mugissements marmoréens, et qui donne le caractère de la plus naturelle logique aux accents de Steve Von Till, autant que de Burzum ou de Leviathan,qui se peuvent entendre dans la paix d'un "Burn your Temples, True Change"... La beauté de MZ.412, oui : on avait un peu plus que pressenti son existence, les derniers temps, son éclosion figeante ; mais elle est là, cette fois, impavide, lugubre, inflexible, totalitaire.
Les étoiles le disaient ; le monde était prêt, Karmanik sortait du bois et parcourait les routes d'Europe et du Nouveau Monde, même Patrick O'Kill était de retour... L'ascension de MZ.412 pouvait reprendre sa course inéluctable. Le death industrial ? Il n'a jamais été aussi vivant et souverain.

mercredi 14 novembre 2018

Ingrina : Etter Lys

Le genre de disque, et le genre de genre associé, dont je sais pour sûr que je ne me mettrai jamais à en écouter régulièrement, mais dont je suis ravi, de temps à autre, d'avoir vent de l'existence, et fort agréablement désaltéré d'en entendre un exemple aussi réussi. Je me sentirais presque pousser en dedans un Michel Drucker, pour vanter comme il se doit le travail formidable et admirable abattu par certains labels, qui ne craignent pas d'envoyer au diable vauvert des exemplaires qui eussent pu être vendus de leurs parutions, au destin pourtant plus qu'incertain en ces présentes pages. C'est d'une autre trempe que du lien à télécharger envoyé à des listes de diffusion interminables, je vous le dis tout de go. Lorsqu'on est vulgaire, on appelle ça avoir des couilles au cul. Mais Vox Project, dès leurs débuts avec moi, ils n'ont pas manqué d'audace.
Le genre ? Du neurocore dont on précisera d'emblée - avant que de plus positivement, proprement et extensivement tenter de décrire Ingrina - qu'il aurait la bonne idée de s'abstenir de toute barbe et ampoule apocalyptique : de toutes les manières Neurosis a tué le game de la barbe, de la souffrance et du post-metal branché fight club sous les ruines, pas vrai ? Ingrina l'ont compris, ou n'ont même pas eu besoin de le comprendre : peut-être ont-ils simplement grandi dans un monde où Neurosis faisait partie des meubles, de la météo pour ainsi dire, et ne s'en sont-ils par conséquent pas vus empêcher pour autant de développer leur propre identité.
Ingrina, donc, ne se pique pas de pesanteur, ni dans ses guitares ni dans son propos, et tisse ces mots, originellement parlés à Oakland, pour en faire sa propre langue, qui est lumineuse, limpide, déferlante et rafraîchissante ; un orage diluvien qui vient laver le monde pour qu'il laisse la place à un visage en paix. Oh, il y a bien une famille qui, assez logiquement, se dessine pour Etter Lys une fois qu'on a lâché ces épithètes-là, et les ressemblances de forme qui vont avec sont bien présentes : Giant Squid et Altar of Plagues. Pourtant Etter Lys suit de façon indiscutable sa trajectoire bien à lui, sa détermination propre, son humeur à lui, avec une agilité et une silhouette longiligne qui n'appartiennent qu'à lui. Il se noue quelque chose, entre cette batterie (on me susurre qu'il y en a deux, c'est bath quoi qu'il en soit) virevoltante et aérienne presqu'à l'égal de celle de Cortez, cette distance climatique, où planent les hurlements, qui renvoie à Minsk, ces envols de guitares post-rock plus corrosives que n'importe quoi sous les doigts d'Aaron Turner... Une réussite qui doit également beaucoup à ce que rien de tout cela, justement, ne verse jamais dans l'héroïsme ou l'égotisme, ce qui est bien la moindre des choses mais est souvent oublié par les autres chantres de cette musique des éléments.
La nuit, la pluie, des cris d'oiseaux qui se répondent à travers de vastes distances ; pas de sucre, pas de présence humaine, comme si la planète en avait finalement été lavée ; profitez, c'est un spectacle auquel vous n'aurez pas souvent le privilège d'assister, pendant un disque de rock.

mardi 13 novembre 2018

Mark Lanegan Band : Phantom Radio & No Bells on Sunday

Peut-être encore plus variétés que Blues Funeral et délayé que Gargoyle ? Pour sûr, Mark n'est pas ici à son sommet de charisme de Harvey Keitel pacifique, et le disque ressemble à une manière de version trip-hop de Mad Season, voire de version ambient désincarnée de lui-même...
Et si finalement, Phantom Radio était le plus beau disque de Mark depuis un bon moment : beau à la façon, indie et sans jeu maniéré, des trois premiers ou d'un Screaming Trees converti à la new-wave ? Et si Mark n'avait pas sonné aussi jeune, fragile, sensible depuis bien longtemps ? Sa voix à son plus nu, pour être à la hauteur de guitares aussi liquides et translucides qu'aux premiers temps - comme quoi Mark, pas trop mal dégourdi quand même le vieux camé cramé, aura fini par retrouver sa source au cœur même du rock synthétique, à la lisière de le pop eighties la plus modeste, et touchante.

lundi 12 novembre 2018

Black Wine Order : Folklore

J'avais un vieux brouillon, à propos de Folklore, un du genre qui avait trouvé un angle de départ, se faisait fort de le suivre où il le menait... C'est à dire nulle part - qui soit en rapport avec l'album, du moins. Car cela-même serait antinomique, en plus d'être présomptueux. Savoir où mène Folklore, allons donc... Sérieusement ?
Nous n'en garderons donc que le passage où ladite bafouillante bafouille pressentant quelle fausse route elle faisait, elle se mettait à hésiter : "Est-ce parce que l'on a pensé à l'oreille à Sleazy Listening, que l'on se met en tête, via les vagabondages de l'esprit, les noms de Roland Topor et Roman Polanski, ou l'inverse ? Est-ce parce que l'on a entendu des bribes de Twin Peaks que l'on pense aux vieux Limbo, après un détour de l'inconscient du côté de Noise Trade Conspiracy - ou l'inverse ? L'incertitude, on a dit ; le fantastique, sinon rien. Die Form et Edgar Allan Poe eux-mêmes ne sont pas loin.".
Une fois encore : s'il faut absolument donner des points de repères, vagues, dans le lointain crépusculaire, avant de se lancer dans l'inconnu, de partir rôder dans des campagnes sur lesquelles tombent le soir, ses nuages bas chargés d'intentions obscures, ricanants à la façon des gravures rabelaisiennes dont semble s'inspirer la pochette... Folklore est digne d'une mise en scène sonore du Horla par un Alain Bashung revenu du tombeau pour l'occasion, sans passer par la case Émail Diamant, le petit déjeuner des champions assuré serviablement par Shug-Niggurath... Sait-on seulement en quelle époque on erre, s'éternisant ainsi bien après l'heure ?
Un sample contenu dans Folklore est ce qui parle le mieux de celui-ci, au bout du compte : "La nuit, [...] l'homme est une bestiole". Folklore paraîtrait presque rock à côté ses deux prédécesseurs, et pourtant l'étrangeté a encore grimpé d'un bon cran, et il semble observer sa propre humanité comme on regarderait des insectes inconnus, le nez au ras de leurs vicissitudes et de leurs étranges pratiques ; des chimères, portant leurs peurs et leurs appétits, comme des couleurs protubérant de leurs orifices malades, traînant leur lassitude hantée sur la lande. Entre chien et loup... et un nombre indéterminé d'autres choses, toutes invisibles.

dimanche 11 novembre 2018

N.K.R.T : Niger Ritus

Il y a quelque chose de profondément sale dans le placement rythmique de cette chose. Voilà tout ce que, prétéritivement parlant, j'aurais envie d'en dire. Ah, çà ! pour sûr, si l'on vient ici chercher une tranche de dark-ambient à la Cold Meat Machin et aromatisée aux chants des moines tibétains-là, pour écouter pépouze-douillet au moment de l'assoupissement... On ne va pas être servi.
Parce qu'un peu comme, tenez, Shantidas lorsque je l'avais vu en concert, N.K.R.T ne perd pas son temps à s'efforcer de sonner sale dans le but transparent vous mettre mal à l'aise : il se contente de... vous mettre mal à l'aise. Par ce qu'il fait, qui ne l'est jamais dans l'intention de cocooner ou bercer qui que ce soit, et qui transpire tranquillement à chaque instant de l'évidence - pour autant qu'il existe une chose telle que l'évidence rampante, c'est à dire : bien sûr que oui, avez vous le moindre doute sur la teneur des réflexions d'un serpent lorsque vous le regardez ? - de ses intentions malfaisantes, dans le respect de la suite dans les idées et du plan occulte de longue haleine.
Quoi d'étonnant, dès lors, que la musique de Niger Ritus, au moins autant que de chants méticuleusement pétris de monastique malfaisance, soit faire de cliquetis, raclements, frottis et autres bruits divers de manipulations indéfinies d'outillage mal identifié ? "La fonction performative du langage", qu'ils disaient en cours de philo, voilà tant d'années... Niger Ritus, ce n'est pas là le moindre de ses pouvoirs de terreur sourde, vous rend spectateur, donc consentant tacitement, des outrages qu'il fomente, vous commence de souiller déjà dans ses préparatifs, vous en rendant ainsi complice passif. Pas une miette du processus à l’œuvre, quel que puisse être son aboutissement (mais l'état de salubrité de votre âme à la fin en sera un bon indice), ne sera perdu : en voilà de la leçon de dévotion, pour tous ces fashionistos qui se disent orthodoxes ou ritualistes. Nul besoin de ces capuches qui sont pareilles à l'éclairage des séries américaines actuelles, pour tenter d'obscurcir des intentions désespérément transparentes, chez N.K.R.T : bienvenue dans le rituel. Prenez-y votre place, avec le reste des ossements.

samedi 10 novembre 2018

Decline of the I : Escape

Pas forcément l'envie, désolé, de me plonger sérieusement dans l'étude de la théorie psychologique ou philosophique dont la trilogie de Decline of the I est la rêverie associée qui se conclut ici, après les épisodes sur les réactions d'inhibition et de rébellion, par celui consacré à celle d'évasion - et du coup encore moins de construire dessus une relation du disque et de ma perception de celui-ci - mais force est de noter qu'il semble, en ce qui concerne son auteur, opérer sa fuite, loin des horreurs de l'existence, dans le raffinement, la beauté, l'art.
La musique classique, la drum'n'bass de sensibilité fiévreuse, le rock gothique très aristocratique (on fait péter le Phallus Dei, le Elend, ou les deux ?)... C'en est au point que l'on éprouve une sorte de gêne en face de ses composants black metal, pas tout à fait débarrassé que l'on peut être d'attente de... riffs, vous savez, ces choses cathartiques et déclencheuses de secousses vertébrales et autres sourires d'approbation dépravée diversement blasphématoire ; le riff de guitare dans Escape n'est pas parmi les personnages principaux, non.
Il faut s'y faire. Plus encore que cette sorte d'absurde emmêlé, mi-rixe mi-accouplement, entre Neurosis et Hell Militia Escape semble parfois être un disque de musique classique écrite avec des langues modernes. On éprouve comme un étrange malaise de la pudeur devant ce qui évoque, sourdement mais irrésistiblement, sans doute en vertu d'une même scabreuse cohabitation d'un questionnement intellectuel aigu et exigeant avec une crudité émotionnelle douloureusement candide, dénotant une même soif désespérée du divin et son amour - Daniel Darc. Cette même richesse de langue en reflet de celle de la songerie, mais croyante en sa modernité pop de naissance. Cette dernière vécue non comme un avilissement, choisi et mystique, tel que c'est le cas chez Diapsiquir, dont on peut retrouver un parent de la quête anxieuse ici ; mais avec, c'est sans doute également la ce qui provoque malaise, un appétit de savoir dans son esprit et dans sa chair, plus proche de celui de JK Huysmas. Voilà : Decline of the I pratique le metal de Satan à la façon de Huysmans, avec conviction et innocence.
Vous imaginez donc aisément avec quelle contrition et contrariété l'on se voit impuissant à y pénétrer ainsi qu'il conviendrait, sa nausée en bandoulière,et son ivresse au garde-à-vous - ce qui est le moins que j'attends d'un album de Decline of the I, et ce même en voulant bien me rappeler que Rebellion m'avait déçu et laissé un pied dehors, de prime abord. D'ailleurs, dans ce dernier cas, c'était que le disque me paraissait trop black metal ; mais j'ai fini par l'accepter parce qu'il l'était, justement, corps et âme ; ce qui me gêne chez Escape, c'est qu'il est trop metal alors que son propos me semble fait pour s'épanouir dans une langue moins corsetée...
Non ; ce n'est pas tout à fait cela. Les premiers riffs à résonner dans le premier morceau sont déjà fièrement metal, et post-metal par-dessus le marché, cela ne pose aucun problème, et leur translation sous l'effet de la première boucle électronique fait partie du charme qui d'entrée de jeu propulse le disque dans l'élégance, et son écoute dans un contexte général de confiance. Ce qui pose problème, alors, c'est que Escape manque du goût du soufre - même subtil et raffiné, on est chez Decline of the I tout de même, mais un peu de cette chose que trompeusement évoque "Organless Body", et qui n'est absolument pas son affaire : qu'il est trop cultivé, méditatif, scolastique, calligraphique, spéculatif, syntagmatique, chorégraphique... au point qu'on en est au bord de chercher où il convient de signer pour refaire une hypokhâgne, ou de s'enthousiasmer à la gloire du black de bibliothèque...
Bon, d'accord, je me rends : pour une échappée, elle est brillante. Et cette fièvre qu'il est impossible de n'y pas sentir, mise dans sa création, je finirai, je le sais, par trouver la percée et la rejoindre, à la façon dont une exponentielle s'envole (car il ne doit subsister aucune ambiguïté, si c'était le cas après notre première phrase du jour : l'évasion s'effectue par le haut, et se poursuit dans la même direction). Ce n'est qu'une question de constance, et de confiance.



NdR : si je peux me permettre un conseil, des conditions d'écoute propices à épanouir l'intellect et l'esprit, telles qu'un bon fauteuil et un bon verre de spiritueux, peuvent être d'un certain secours.

vendredi 9 novembre 2018

Cortez + Stuntman, 08/11/18, The Black Sheep, Montpellier

Une soirée placée sous le signe du groove ? Non : du swing, également.

Stuntman : de mon point de vue leur meilleur set en 8 ans de fréquentation plus ou moins méfiante - de façon, en fait, régulièrement dégressive dans ladite méfiance, et ce sans lien démontrable avec ma fréquentation des membres du groupe, lesquels n'ont jamais cherché à me faire changer d'avis. Étant le contraire d'un spécialiste de leur répertoire, donc, il me serait compliqué de déterminer si la nouvelle section rythmique joue dans l'interprétation de vieux morceaux, ou s'il y a nouvelles compos (je sais au moins que "Bag of Dicks" sort de l'album dont la release party m'avait fait faire mon premier pas vers une certaine appréciation du groupe) davantage à mon goût... Mais à ce rythme-là, en tous cas, je ne vais pas tarder à adorer Stuntman, et peut-être même en écouter sur disque. Quel groove punk-hardcore torride, et ce sans lâcher sur leurs amours chaotiques ni jamais cesser de mériter ce légendaire t-shirt Deadguy... Sans rien lâcher de leur identité, en fait, ni la fibre metal de Rod, ni son envie permanente de hardcoritude, ni, donc, la fibre chaotique infibulée au noise-rock de Flo... Et donc, cette nouvelle section rythmique voyouse à souhait. Stuntman, quoi ; l'intégrité la plus radicale, en toute décontraction.

Cortez : en toutes honnêteté et transparence, je ne me rappelais pas à quoi ressemblait la musique de Cortez, malgré un album et un concert - release party là aussi, il me semble - qui restent de très précieux... souvenirs émotionnels ; je me rappelais simplement qu'elle décoiffait et vous mettait le feu dans un sourire (partagé) et que le chanteur avait une touche bien à lui de danseur électrocuté, de funambule auguste... Quelle ne fut donc pas mon inquiétude, mais cependant ma curiosité, en apprenant la veille du concert que le nouvel album, à défendre ce soir là, était beaucoup plus frontal, et pas chanté par le même.
Bien. Cortez (eux non plus) n'ont pas changé. Oh, ils ont globalement choisi de jouer du rock'n'roll - à l'exception vers la fin d'un morceau genre vénère ce qui à mon goût leur va moins bien, et d'un morceau dans la veine post-hardcore épique, peut-être issu de Phoebus - et ils le font à leur façon, c'est à dire que ça pourrait aussi bien être un e nouvelle définition du jazz et du post-hardcore à la fois, avec toujours - cela m'est aussi rapidement revenu - un batteur qui est un fou de Dieu et ne laisse comme seule comparaison possible à leur set, qu'avec un d'Aluk Todolo... Sans oublier, il aura été prouvé ce soir-là que cela faisait également partie de la définition de Cortez, un chanteur sans discussion possible aussi magnétique que le précédent, avec même une continuité malgré un style, tout comme sa présence physique, un peu plus... confrontationnel ? Certainement pas moins lunaire, en tous les cas.

Bref : bravo, les garçons. Belle soirée.

jeudi 8 novembre 2018

Cult Leader : A Patient Man

Maintes choses convergent (oups, j'anticipe) dans A Patient Man, qui couvaient depuis quelques années, rôdant telles des reproches dans le marigot new-new-newschool-hardcore : la tentation du post-rock (de Converge à Isis en passant par Envy bien entendu), la tentation du post-punk (tous les Coliseum et Modern Life is War en tête du tableau des bonnets d'âne, Young Widows et autres Jay Jayle... toutes ces conneries de born again goths de la dernière pluie)... et la tentation de l'extrême : j'ai écouté juste avant sa découverte The Black Crown, de Suicide Silence, pendant quoi j'avais songé à The Acacia Strain : figurez vous que j'ai pensé aux deux pendant A Patient Man ; ainsi qu'à un Primitive Man qui aurait bu trop de cafetières, et un Thou reconverti prof de sport, ce qui nous ramène au post-rock emphatique de tout à l'heure.
Oui, bien des choses qui se bouclent avec un naturel et une rustrerie étonnantes, surtout compte tenu de la mégalomanie et l'emphase de toute l'affaire. Primitive Man avec Wear your Wounds, excusez du peu (d'un autre côté, je vous confierais bien qu'à la dernière écoute de Caustic j'ai été tenté par un troisième billet sous l'angle emocore, mais il y en aurait pour croire que je bluffe). C'est à dire aussi que, plutôt que les divers tâcherons mis sous le cordon sanitaire des parenthèses ci-dessus, A Patient Man évoque ceux qui sont venus avant tout cela (vous m'excuserez si je ne vérifie pas scrupuleusement, grosso modo on y est), à savoir Scott et Steve ; et d'ailleurs la bovinerie avérée du disque dans ses passages plus drus, ne tient-elle pas elle aussi de ce que Neurosis était avant d'être pris pour ceux qu'ils ne sont pas, à savoir les hérauts du post-metal et les trompettes de l'Apocalypse et de la Fin de la Dignité ? Un groupe de veaux illuminés, de kids des suburbia abrutis aux drogues de prolétaires et corollairement hantés de visions mystiques ? Oui : encore et toujours ce sempiternel même repère, quand bien même le langage et la génération ne sont pas les mêmes - mais en est-il d'autre, pour parler d'un certain hardcore du jusqu'au bout, d'un certain punk du terme des choses, du bord du monde, du dépouillement dernier et de la crudité primitive élevée au stade du grandiose, la barbarie au grade du cosmique ? N'étaient-ils pas pareillement gauches et un peu laids, les Neurosis d'avant (et après, d'ailleurs) Times of Grace et A Sun that Never Sets ? N'ont-ils pas toujours été d'autant plus pompeux qu'ils l'étaient avec rugosité ?
Cette tradition-là au bout du compte n'est-elle pas plus directe, malgré les dissemblances de surface, qu'un hasardeux croisement entre Nick Cave ou King Dude avec Gaza ? Neurosis qui en partant vers le Nord aurait dépassé Converge, et se retrouverait paumé quelque part vers Primitive Man : voilà pour la triangulation. Ou, plus précisément et au risque d'insister, une version bovine et saturée des premiers solos de Steve et Scott, ce qui dira bien de quelle surnaturelle façon les chansons "folk du crépuscule blanc" et les chansons "Gazacacia Strain a perdu son dernier neurone dans l'octogone" s'enchaînent sans la moindre rupture dans leur continuité de monocordisme morne, hâve, blafard, dans leur gris lugubre où même la poussière ne se lève plus pour saluer un vent mort de toues les façons. Entre ces riffs qui au chaos préfèrent une dissonance ou une répétition systématiquement vitrifiées, dévitalisées, stérilisées, décérébrées en une manière de Coalesce suicidaire, mlagré les éparses tentations deathcore (j'aurais d'ailleurs volontiers classé l'album en deathcore malade, si je ne redoutais l'accusation de calembour) - et ces accords acoustiques aplatis, lessivés, paraissant parfois recyclés d'un morceau à l'autre tout comme les psaumes christico-funèbres qui les survolent pesamment... Coalesce et Michael Gira réquisitionnés pour prendre la suite de You Fail Me, tenez, voilà des choses qui convergent et émergent ensemble dans A Patient Man, et qui vous ont une autre gueule que ce qu'on a cité en préambule, pas vrai ?
De toutes les manières le moment viendra dans quelques semaines, de voir quels arômes se déploient, autres que la cendre et la rouille, lorsque la bouteille aura un peu ouvert : là il est temps de se taire, sans quoi je vais vous dégainer un Planes Mistaken for Stars qui rencontre The Body sur le charnier, et je vais vous embrouiller ; mais cette salope d'intro de "A World of Joy" fait quand même bien craindre le pire, quelques secondes de tension durant, et ce batteur est je l'espère surveillé par un contrôleur judiciaire. Bref.
Le hardcore, en particulier cainri, étant ce qu'il est à savoir une musique du présent, de l'instant (personnellement, le seul groupe que j'écoute encore avec une certaine régularité s'appelle... Neurosis), il n'est nullement acquis que Cult Leader prendra dans l'avenir l'envol qui avec A Patient Man s'offre à lui - mais au présent, on s'en fout un peu : le machin restera au pire des cas une sacrée bête d'album à la difformité saisissante.

mercredi 7 novembre 2018

Uncle Acid & the Deadbeats : Wasteland

A l'attention de toute personne au goût de qui la première fois manquait de noms qui tombent sur le museau : intersection de Queens of the Stone Age (Villains ou Era Vulgaris) avec Electric Wizard, de Guns'n'Roses avec Doctor Smoke, respectivement s'accouplant nuitamment dans des coins sombres au bord de la Tamise, bien sûr.





Quant à The Lucky Ones, auquel pour un tas de bonnes et de moins bonnes raisons il est cagneux de ne pas le comparer ? Que des trucs punk : les Beatles, les 3 premiers Led Zeppelin, et G'n'R Lies.

dimanche 4 novembre 2018

Pungent Stench : Masters of Moral - Servants of Sin

Dans la continuité d'une longue série "on me dit jamais rien à moi" : il existe, dans le règne du réel, un disque sur lequel l'aura de perversion, que l'on sent bien entourer toutes choses chez Pungent Stench - si non leurs riffs - s'entend réellement.
Un disque où leur death de petit cousin d'Entombed condamné aux performances dans les clubs échangistes de la bordure batave, soudain prend feu sous la forme d'une sorte de, toujours, Entombed, mais période peplum épais (traduire : Inferno et When in Sodom), et dont la beauferie mustélidée se voit manucurée et toilettée par une sorte de cruauté clinique qui n'est ni tout à fait industrielle ni tout à fait Morbid Angel - mais, justement, quelque part entre les deux, en ce point dont il est fascinant de découvrir l'existence par la grâce de Masters of Moral - Servants of Sin.
La tronçonneuse s'y révèle comme un instrument propice aux caresses, certaines d'entre elles du moins : elles donnent, bien entendu, des haut-le-cœur, qu'on attribue ceux-ci à la subliminale claudication insectoïde qui semble hanter ces riffs en apparence bas du front comme death metal nineties peut l'être, et les faire glisser de côté, comme un rideau que l'on tire - ou bien au dégoût que nous causent nos propres pulsions, ici éveillées de façon autrement plus doucereuse et sourde que sur les disques précédents et leurs lourdes charges ; elles étouffent la volonté dans leur pâte acide et glaireuse, qui est l'étrange forme qu'ici donnait Pungent Stench à la traditionnelle obscurité mythique du death metal : une chose étonnamment lisible, en cela dans la ligne de leurs disques précédents de plus en plus rock - et pourtant obscure comme bien peu, un sous-sol où l'on tâtonne, et où la moins pire des choses que parfois l'on se retrouve palper avec révulsion n'est pas sa propre chair.
Pungent Stench a inventé le death'n'roll froid comme la mort.

Rob Zombie : The Sinister Urge

Rob Zombie, on va pas tenter d'en faire ce que ce n'est pas : c'est de la BD. Deux idées par morceau, des riffs indus-thrash au tarif chômeur moins de 25 ans, que du schématique colorié à la serpe, une cadence qui n'est pas là pour niaiser ou laisser le temps de dégoiser sur le plan-séquence, un timbre qui sent bon le bacon et le cheddar fondu... Une histoire de vignettes et de trait.
Et présentement, son trait est à son plus incisif, ses vignettes à leur plus inspiré (y en a même une qui s'appelle Ozzy, elle passe à toute vitesse et c'est cool), et le tout découpé avec une netteté parfaite. Puis bon : un art pareil pour lâcher les "yeah" à intervalles aussi réguliers qu'il est requis, et placer judicieusement çà ou là un "babe" bien senti, n'est pas si partagé qu'il paraîtrait.
Et dans une esthétique certes légèrement différente mais pas fondamentalement étrangère, The Sinister Urge n'a pas loin de la carrure pour un équivalent moderne à un certain Static Age, ouais ouais.
Finger lickin'good motorfast food.

samedi 3 novembre 2018

Dead Can Dance : Dionysus

#à mon signal déchaîne les enfers #caravane des desserts #asseyez vous monsieur Bond #Enrico Macias #Dead Can Dance Machine #Carachel #Frédéric Lopez #Nusrat Fateh Alidl #omega 3 #Obao #formule pierres chaudes jouvence #Colin Farrell #Lisa Gerrard Lanvin #Brendan Perry-Fraser #Age of Empires 1 #loading please wait #dionysucks #Palmolive #ylang ylang #Paris Dakkar #probablement le meilleur café du monde #au mariage de mon ami Aziz #Arthus-Bertrand #Pier Import #Jean-Pierre Raffarin #Solcarelus #petit mezze #Le Spartacus #Max Havelaar #Marie-Ange Nardi #Salakis #les Grosses Têtes au Club Med #Yves Rocher #Ubi Soft #Garbit #Olivier Minne #sors ! sors ! sors

Prong : Whose Fist is This Anyway ?

"Godflesh plays Bootsy Collins", par les Therapy? de New York City.
UN PEU QUE TU LE VEUX, MON NEVEU.

vendredi 2 novembre 2018

Uncle Acid & the Deadbeats : Wasteland

Vous avez écouté The Lucky Ones comme je l'avais demandé. Bien.
Maintenant, imaginez : même ville - pas la même heure. La nuit tombe - tôt, c'est l'hiver, c'est l'Angleterre. Les rues sont pluvieuses, les passants se hâtent chez eux sur le pavé trempé, filant dans les ombres entre les réverbères, qui commencent à donner à la cité des couleurs toujours aussi égrillardes mais plus inquiétantes, plus grimaçantes, plus ricanantes. Vous la parcourez, vous, douillettement blotti à l'abri - carrosse ou Rolls Royce, vous ne vous rappelez plus à vrai dire - sur les ailes engourdies d'une chaude ivresse de sherry qui commence.
Vous vous sentez aristocratique, élégant et défoncé ; vous ne l'êtes pas - défoncé. Pour le reste : dame ! vous êtes Anglais.
Mais bientôt le temps semble se ralentir, s'enliser dans une sorte d'ornière violette, où soudain tout se met à coller comme du sirop et prendre des figures dont on ne sait dans leur mollesse daliesque si elles hurlent de plaisir ou de terreur. "There's no return", croyez vous entendre à travers le fracas de mille oiseaux de paradis jacassant ensemble dans le cœur de l'horlogerie de Big Ben affairée. Vous regrettez d'avoir entamé récemment la lecture des Confessions d'un Mangeur d'Opium ; et vous devinez bientôt, à la suite des événements qui viennent vous cueillir, vous ravir et vous emporter comme fétu dans leur vent de démence et de confiserie épouvantable, que le voyage vers votre véritable destination commence ici, mais que vous n'avez pas la plus petite idée d'où il finit, ni à quelle vitesse on peut avoir le tournis avant de se rompre l'être en un renvoi salvateur. Le sang hurle dans vos veines, un chant de guerre et de joie qui vous laisse l'âme en tôle froissée. Vous vous demandez, rêveur au milieu de la tourmente aux couleurs enjôleuses, si vous tenez aussi bien l'acide que cette garce d'Alice, et si vous avez vraiment envie de revenir un jour - où, déjà ?
Le moment authentiquement désagréable - le plus douloureusement orgasmique, c'est à dire - du rush et de la perte totale, corps et biens, des repères ne dure pas bien longtemps, à vrai dire ; bientôt, vous atteignez une sorte de plateau où à nouveau vous flottez, sur un nuage de léger engourdissement comme devant - mais beaucoup plus haut, au-dessus du plancher de la réalité où vous apercevez encore, pareils à des fourmis depuis le ciel (à moins que ce ne soient des moucherons sur le pare-brise ?), ceux qu'il a toujours fallu accepter comme "vos semblables", en proie à leurs empressements incompréhensibles... Vous soupirez d'aise, et humant ses promesses vous laissez de nouveau emporter par le Sirocco persuasif, qui ne s'est pas interrompu car la route se poursuit sans fin.

mardi 30 octobre 2018

Night Gaunt : The Room

Night Gaunt est de la même espèce que Witchthroat Serpent ; celle des groupes dont l'essentiel et le crucial se joue dans l'implicite, le non-dit, l'intangible, l'aura : car tout comme les derniers cités dans un style légèrement différent, ce qu'ils jouent en surface est un doom tout ce qu'il y a de plus méticuleusement respectueux de la tradition. Leur autre point commun étant que les deux exsudent chaque seconde au litre : la malveillance, la malfaisance, la malignité.
Toxicité prenant, avec The Room, une voie différente de celle observée sur Night Gaunt, puisque le nouvel album, en cela merveilleusement conforme aux promesses de sa pochette, son titre, et celui de l'obsédante "The Oval Portrait" (qui a la fâcheuse tendance d'éclipser toutes les autres, au début, ce que celles-ci ne méritent certes pas), est partout teinté de fantastique fascinatoire et d'horreur gothique XIXème ; pas au point, cependant, de totalement occulter la dangerosité à cran d'arrêt qui était le propre du groupe dès le premier disque, et faisait de celui-ci une bonne part du charme fatal ; ces riffs à faces de carême mais indentés à en couper la viande, toujours prêts à vous tomber sur le râble au détour d'un lead mal éclairé, d'un brouillard de réverbération sous la lune blafarde, d'un brame de prêtre croque-morts, à vous sauter d'un coup à la gorge si vous aviez oublié de surveiller cette basse boueuse, et les accès de bestialité qu'elle couve et incube - tout ce qui fait de The Room, au bout du compte, presque un Facelift dans la langue du Moine de Lewis.
Car peu importe le nombre d'empans de riches soieries orientales dont ils choisissent de se draper pour déclamer leurs homélies : Night Gaunt restent des bandits des campagnes italiennes déshéritées, devant lesquelles Dieu a voilà sa face depuis longtemps, des ladres de la pire espèce.  Et à l'instar de la plupart des pires crapules, ils ont compris que le champ pour leurs outrages serait d'autant plus libre et l'ignominie d'autant plus impunie, qu'ils auraient enfilé soutane. Peut-être est-ce même cette onction, que la bure met à toutes les choses qu'ils font, qui donne au disque ce subtil, douceâtre - comme c'est italien... - arrière-goût de frustration pour la grande chose funèbre et horrifique à en cailler les sangs qu'il pourrait être, au lieu de cette nauséeuse et blette sournoiserie que voilà. Pour la chose extrême qu'il n'est pas ; mais n'être pas extrême ne veut pas dire qu'une chose n'est pas profonde ; vous pourriez vous le rappeler à vos dépens.

Fiend : Seeress

Doom ou stoner punk : pourquoi choisir ? Ou, mieux : pourquoi jouer l'un et l'autre, lorsqu'on peut jouer une seule chose - du punk doom -, qui soit un peu plus que la somme des parties ?
Parce que, bien sûr, tout ceci n'est qu'une accroche, et vole bas, en-dessous de l'odorante réalité. Fiend m'avait un peu perdu avec un second album que j'ai eu de la peine à ne serait-ce qu'écouter, mal gré que j'en aie, vu l'amour dont m'avait baigné le premier. Un peu trop tradi, pour ce que vaut un avis aussi superficiellement bâti. C'est oublié.
Seeress est tout sauf tradi, a-t-on envie de s'ébahir de prime abord, quoiqu'il emprunte sans complexe à la tradition qu'il porte dans son sang ; ou alors aussi traditionaliste, dans la pratique du sabbath, que pourraient l'être des Monster Magnet ou des Soundgarden qui s'en iraient braconner sur les steppes qu'écument des Gates of Slumber et des High on Fire. Tout sauf autre chose que Fiend, avec cette accroche bien à eux, doom jusqu'aux os mais avec une hargne de gorille réveillé avec le mal aux cheveux, qui donne, tiens, aux moments de pure magie miélodique tels qu'il est difficile de les brimer chez un Al-Sayed, de furtifs accents de Hangman's Chair des bois - de quelque forêt mythologique et hashishine : comme qui dirait un truc un peu dans la même veine qu'Obelyskkh, mais totalement dénué de ces manières débonnairement balourdes qu'affichent lesdits Frisons ; remplacées, chez Fiend, par une souplesse fauve qui tient autant du jaguar que du chopper avec son cavalier à bandana, tel un centaure du Maryland ombrageusement vrombissant ses huileuses vapeurs... Ah, ça pour sûr, Fiend a toujours accordé l'importance - énorme - qui seyait à la batterie, et su par voie de conséquence se garnir d'un batteur capable des prodiges redoutables qui conviennent : celui qui officie pour Seeress possède des états de service moins fameux que le rompeur de baguettes d'Agla, mais l'héritage est honoré, largement : attention ça tangue et ça secoue ; et ainsi tout le monde est à l'unisson, tendu pour jouer ce doom si caractéristiquement, divinement chaud qui nous avait manqué, on s'en rend compte en baignant ravi dans les morceaux de Seeress. Car point ne s'agirait de croire pouvoir attribuer hâtivement tout le mérite à la voix brûlante comme le miel d'Al-Sayed (il n'est du reste pas avare en aboiements de flibustier), de cette onctuosité râpeuse, de ce musc capiteux, de cet ondoiement grondant... Oh non ; à commencer par ces riffs de grand chemin, ces choses qui rôdent dans l'ombre des frondaisons, malaisées à identifier, et qui font du doom de Fiend cette sorte de félidé redoutable, très gros chat sauvage ou caracal, on ne sait au juste, car cette musique-là n'est assurément pas la plus corpulente qui soit, mais elle est capable de s'étirer et se détendre de stupéfiante façon - cet art, bon sang de bois, de jouer des morceaux de punkdoom dont les parfois neuf minutes s'engloutissent comme quatre serrées au comptoir ! Et à la manière de ce genre d'individus ne va nulle part qu'où il le désire - ensorcelante "The Gate" avec son apesanteur hashishine carrément digne de Skiz Fernando, qui fait considérer avec considérable étonnement le chemin que l'on vient de parcourir... Serait-on pas parvenu dans les parages de la Toison d'Or - voire au-delà ?
Bref, en un mot comme en cent, avec ses huileux riffs aux senteurs d'encens, avec ses rudes galopades de percheron d'assaut qui paraissent l'emmener rudoyer les nuages mauves et ocres, Seeress démontre qu'on peut être à la fois sagouin et soulful, bandit et auguste, et concilier moustache d'Ottoman avec œillades ravageuses, à l'égal d'un héros de Tim Willocks (bref, Seeress accomplit à sa charmeuse et virevoltante façon ce que Conan jamais ne comprendront) - et le fait de telle manière qu'on ne peut faire autrement que de se dire : eh ! c'est cela le doom, après tout... De l'essence de hard rock, crue, primitive et vivante.

samedi 27 octobre 2018

Bambara : Shadow on Everything

De prime abord, l'envie de bailler est ce qui prévaut devant Shadow on Everything. Swamp-rock-post-punk où pèse pesamment l'influence des lourds Birthday Party, chant dénotant celui qui met une large rasade d'ennui dans tout ce qu'il fait, dans la manière d'Iceage... voilà un disque qui paraît fort bien fait, fort bien mis, et fort bien fléché. On baille donc, poliment.
Mais il y a autre chose, par-dessus cet air très fort de déjà-vu et de si bien dans son temps. Peut-être est-ce là cette ombre sur tout dont il annonce la couleur dans son titre et qui, à l'image de sa pochette, semble tout draper dans une chose faite d'autant de laque que de brume, et voir tout se diluer dans son encre, alors même que pourtant l'album fait plus souvent qu'à son tour appel à cette cadence si chère au genre, ce beat façon rumble in the jungle qui dit "rockabilly va y avoir du rififi" - et qui pourtant ici, plutôt qu'une bagarre de saloon à l'australienne, évoque une troublante parenté de l'album avec The Careless Flame, et paraît plutôt le placer dans une famille du jazz voyou, des ambiances délétères de fumeries d'opium louisianaises... A moins que ceci ne soit que complète fausse route ?
Cette pochette n'est-elle pas aussi évocatrice que mystérieuse ? Dites vous que la musique dedans est à son image, à la fois très léchée, et irradiant une sourde menace ; on est dans un polar, pour sûr, un empreint de fantastique et de mystique ; mais est-ce plutôt Angel Heart, Lost Highway, un Cop Shoot Cop, ou alors quelque sombre histoire des bas-fonds de Blade Runner ? Difficile de trancher à travers pareil nimbe d'irréalité soyeux - vous dites ? Un album de rock ? Certainement pas ; ce qu'il a de répétitif ne vient pas de là, sûrement pas, mais de quelque mécanique onirique, et Shadow on Everything est avec au moins autant de probabilité un disque de dark ambient : dans quel morceau est-on au juste ? Est-ce le même que tout à l'heure ? Est-ce que cette partie brumeuse en est l'intro, le dénouement, un nouveau tableau ? Le chanteur lui-même, qui titube à travers en parvenant presque assez bien à donner le change de l'imperturbable, entre David Yow et Buster Keaton, ne paraît pas forcément bien savoir non plus, mais il continue de postillonner et glisser ; et on le suit donc, dodelinant hébété, mis en confiance par sa sape aussi satinée que son grain, sa morgue cabossée mais décidée et sa beau-gossitude (oh et puis merde, Nick Cave ? il a trop longtemps profité d'une niche fiscale pour difformité, faciale et vocale ; les beaux gosses n'ont pas toujours à se faire pardonner) dans les reflets de quoi l'on croit parfois apercevoir Fariss Badwan ou Guy McKnight ; on le suit tandis que toujours plus il s'éloigne, au fond d'un disque qui n'a pas grand chose d'organique, et dont les véritables patrons sont les vagissements surnaturels (dont il est difficile de croire qui sont l’œuvre de guitares) qui le peuplent, de loin en loin, à la façon dont brillent les pupilles des animaux la nuit, avec leurs intentions indéchiffrable mais non apprivoisées. Et l'on tombe, sans fin, trébuchant en avant dans cette spirale lustrée, qui parfois ralentit, mais jamais ne s'arrête.
Comment voulez-vous retrouver la piste, aussi, alors que pour commencer pareil disque ne sort même pas chez Sacred Bones ?

mardi 23 octobre 2018

The Body : O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth; Pay Back To The Proud What They Deserve.

O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth ; Pay Back To The Proud What They Deserve., c'est exactement le même salami que The Tears of Job : l'essence de The Body. Ou comment une chose qui est un pur produit de circonstances de sa production devient une manifestation, qui les sublime, de l'identité fondamentale.
Car, audiblement, les deux sont pareillement engendrés par et pour les tournées, et les besoins afférents à celles-ci, de réparer le van, faire le plein d'essence, de ventoline, bref aller jusqu'à la prochaine date, encore et encore. Les deux sonnent comme faits avec le même luxe de moyens qu'un gribouillis sur le coin de la nappe en papier du restoroute avec le stylo emprunté à la serveuse - et laissent jaillir le même fruste génie brut que peuvent voir germer ces sorte d'épisodes, lorsqu'on parle de qui en a - du génie, donc. Celui de The Body, outre qu'il est certain, a le propre de par son caractère même s'accommoder fort bien de ce genre de finesse et de vocabulaire, qui est le sien : faut-il le dire ? Le classique de The Body est All the Waters of the Earth Turn to Blood, n'en déplaise à la réelle et tranchante beauté des deux derniers disques en date - le rose et le noir. Et on en retrouve ici la crudité.
Or donc, O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth ; Pay Back To The Proud What They Deserve. c'est même tarif que The Tears of Job, c'est  donc ce que joue The Body lorsque, pour ne pas s'aventurer dans la précision technique que je ne possède pas, ils jouent au Bic sur des nappes en papier : de l'indus, du vrai, du -triel. Du sur quoi l'on aurait vite fait, pour le plaisir, de broder des délires dans la façon Légion Noires sur l'histoire de Cold Meat Industry. Sauf qu'où The Tears of Job donnait dans le charmant petit bouquet (quel groupe d'ailleurs, à part Harvey Milk, serait plus approprié que The Body pour faire des cadeaux de Fête des Mères ?), O God Who Avenges, Shine Forth. Rise Up, Judge Of The Earth ; Pay Back To The Proud What They Deserve. se concentre quant à lui sur tout ce que l'on peut faire de tranquillement aliénant autour de rythmiques primitives et mécanisées.
Alors, s'il faut à tout prix traduite, Megaptera, Brighter Death Now, Un-Core et Lille Roger sont de bonnes indications. En encore un poil plus charclo, dépenaillé, avec un tout petit peu de punk rock dedans, mais à peine, parce que c'est là ce que sont The Body : non pas un groupe de power electronics, d'industriel rythmique ou de death industrial, mais le rataillon, rabougri mais tenace, qui a pu repousser, de punk rock, après la bombe sale.
Ça arrache un peu la gueule, c'est étrangement frais, et ça donne encore plus envie de les entendre collaborer avec Uniform, dont ils semblent ici au moins les jumeaux assemblés différemment, sinon la moitié astrale.

dimanche 21 octobre 2018

Scorn : Gyral

L'album de Scorn qu'on a tendance à oublier, et ce depuis 1995. Parce qu'il est arrivé, ce jour-là, sans tambour ni trompettes, nimbé et pétri de toute l'humilité et l'effacement dont est fait Mick Harris, dévalué a priori car le premier sans Nick Bullen, à la fois trop beau pour être vrai et comme s'il y avait toujours été, prêt à recevoir une formule journalistique du type "définition de Scorn" comme le gros et bon chat qu'il est aurait reçu la caresse, chat et caresse à la fois, accueillant et laiteux à l'image de sa pochette, paru chez Scorn Recordings, paré d'un morceau intitulé "Black Box" et un autre "Hush" ce qui en fait une forme de quintessence de Mick Harris, présentant toutes les soyeuses qualités d'un Evanescence qui aurait parfaitement digéré sa propre tumeur Ellipsis, et déjà les prémices de Logghi Barogghi, enceint de What do you know about it ?, d'une facilité prête à l'emploi déconcertante - "Trondheim - Gävle", ce tube -, candide avec son nom à la fois si simple et si gros de mystérieuse puissance oniromancienne, presque trop idéalement parfait douillettement psyché autant qu'il était douillettement dark, si benoîtement et naturellement basculé de plein pied de l'autre côté du miroir, tout au fond de l'étang et de ses eaux noires...
On le voit, pour toutes ces raisons, et autant d'autres que j'oublie et qui toutes sont aussi inter-connectées et -pénétrantes que celles-ci : un non-événement parfait, limpide, une forme de confirmation parfaitement apaisante, de dématérialisation de tout dans l'irréel, et de triomphe de ce dernier, peut-être bien ai-je cessé de croire au monde cette année-là d'ailleurs.
Car, tout de même : quelle bête. Un monstre de la famille des grands gouffres d'encre, et qui se laisse avaler à la façon d'une soucoupe de crème fraîche avec juste ce qu'il faut de sucre. Une inversion complète du concept de "cauchemar". Loin, si loin du monde. Quelle paix.

samedi 20 octobre 2018

Satan's Satyrs : The Lucky Ones

Imaginez, essayez un instant, Appetite for Destruction, voire uniquement les tout meilleurs moments de celui-ci à savoir, bien sûr, les "Rocket Queen", "Paradise City", "Mr Brownstone" et autres "Anything Goes" - et faites refaire le match par une bande de nuisibles petites racailles taillées comme des plumeaux batcave, et tout sapés en couleurs pop sixties - des putain d'Anglais, sacré bon sang... avec un son de basse purement et simplement OBSCÈNE ; à la façon d'une version explicite d'Iron Fist.
Vous bandez ? Elle aussi.

jeudi 18 octobre 2018

Mark Lanegan Band : Gargoyle

Le disque où mon gars Mark assume complètement, et embrasse de ses bras tannés de camionneur camé, cette voie pop-variète qu'il ne semblait qu'emprunter en roue libre, comme on se beurre la gueule pour oublier la demi-honte, sur un Blues Funeral qui du coup sonnait un peu trop auto-pilot no control si vous me permettez. En toute logique, mon Mark il assure grave, comme le chef indien qu'il est. Les arrangements electro sont par le fait beaucoup plus nombreux et présents que sur Blues Funeral, et de pas meilleur goût (le beat drum'n'bass de "Drunk on Destruction" ? vraiment ?) mais c'est parfait, ça fait le job, plus classieux c'eût été chiant, eût sonné Télérama.
C'était, que voulez vous, la période où Mark était pop et se voyait partout en ville, il n'a pas même  chanté sur des bandes originales de films ces années-là ? Et ben il a les épaules pour, Mark, s'il le décide, en avant pour la pop, il tient le volant d'une main ferme - l'autre pend toujours au bout du coude à la portière, un vieux clopon collé entre deux doigts de bagnard, faut pas déconner - et il se fait plaisir, enfin réveillé cette fois, en met des caisses sur le vibrato, pour être à la mesure de ces paysages un peu cliché qui ne prennent la juste mesure de leur saveur en puissance, qu'ainsi brossés avec une sincérité larger than life - et Mark est plus grand que la vie. Il s'avère ici plus grand que Bono - ce qui est facile - et plus grand que Mark Knopfler - ce qui est plus difficile.
Parce que bon, au fait : le disque s'appelle Gargoyle, et une de ses chansons "Nocturne", et je suis ravi, à lire certaines chroniques qui le déclarent album du virage gothique pour Lanegan, de constater que je ne suis pas le seul à posséder un inconscient couche-toi-là - mais si jamais à aucun moment de votre vie vous n'avez aimé U2 ou Dire Straits, et si les roads movies dans la poussière du Grand Ouest ne vous font pas rêver, peut-être aurez vous un problème à voir le charme renversant de Gargoyle - mais bon, je ne peux pas résoudre non plus tous vos problèmes. Gargoyle est, à la limite, aussi gothique qu'un Star Treatment : voilà dans quelle famille esthétique on est, celle qui comprend également un certain Uncle Anesthesia, et aussi des films de motel comme Powder Burns ou Prey.
Pour les autres, sachez qu'à tout ceci Mark ajoute la profondeur d'un City of Industry - maman, "Nocturne" ! - ce qui après tout n'est presque que tautologie : je rappelle que l'on sait depuis son rôle aux côtés de Michael Madsen dans Gutter Twins, que Mark Lanegan n'est autre qu'Harvey Keitel ; en sus d'être un Lou Reed ou un Iggy Pop (celui du "Passenger", d'Arizona Dream ou de Post Pop Depression, vous choisissez : Mark est un pitre fort accommodant) en version hard boiled bad ass motherfucker, ce qu'il prouve à mesure que le disque avance ; puis se clôture, sur une "Old Swan" qui quant à elle fait la jonction, dans du velours, entre Joshua Tree et Violator - quand on y songe un instant, c'est l'évidence, non ? Dark Mark ? Stratosphérique Mark, oui, rien moins.
Bref : lorsque le grand Mark se pique de variété, il en résulte, fatalement, de la grande et tragique variété grand luxe.

mercredi 17 octobre 2018

Ævangelist : Matricide In The Temple Of Omega

A mi-chemin, non de notre vie de misère, mais de la férocité animale d'un Cultes des Ghoules et de la férocité pas forcément moindre mais beaucoup plus cérébrale d'un  Reverorum Ib Malacht ; des appétits d'un Monumental Possession et des délires opioïdes d'un Stained Glass Revelations ; il s'y tapit... celui qu'on croyait un groupe de death metal ; d'une espèce sévèrement défoncée et super-perchée, par des drogues synthétiques d'un futur aux allures de cul-de-sac, mais de death metal néanmoins. Il est donc passé au noir, celui des forêts maudites.
Vous l'avez à présent deviné : Ævangelist a pris la décision qu'il fallait. Arrêter la course à la xénomorphie pour la xénomorphie (que les médecins appellent "syndrome Portal"), et se laisser aller, glisser, simplement, peinard, selon sa propre naturelle pente au délire. L'être humain est une assez bien belle saloperie tordue, après tout, sans avoir besoin du recours à des déguisements de Créature du Lac Noir. Ainsi Matricide In The Temple Of Omega sonne-t-il à plusieurs insistantes reprises, non pas comme Deathspell Omega (ouf !), mais à Deathspell Omega bourré comme un coing (et révélant à cette occasion qu'il a l'ébriété nuisible) ; à Reverorum Ib Malacht, donc, un peu saturé des spirales ascendantes vertigineuses de ses transes mystiques, même les très coupantes du dernier album en date, et succombant avec un soulagement terrifiant à d'autres vertiges, plus charnels, jusqu'au carnivore, où il se laisserait chuter en sens inverse, comme une feuille au gré du vent fou... qui s'avère à plusieurs reprises l'égarer jusque sur le courant ascendant de quelque sentiment religieux nouveau, plus purement et simplement galvanisant que l'effervescence de la spéculation en fractales ; Matricide in the Temple of Omega affiche la crudité des albums d'Urfaust, et des ailes bordées de dents acérées, et il montre une sensualité malade dont bien peu sont capables au moment de jouer le black metal.
Or donc Ævangelist a décidé, non de s'humaniser, mais de tomber la robe de sacerdote non-humain, et de s'avancer nu, comme comme un ver, comme au premier jour, comme il ne l'avait pas été depuis De Mastiocatione Mortuorum in Tumulis et son bain de cloportes, nu aux pieds du divin. Ce n'est pas là la moins saisissante de ses extravagances.

samedi 13 octobre 2018

Soror Dolorosa : Blind Scenes

Tout de même, lorsqu'il faut lire (y compris par un cuistre écrivant sur fond rose) que Soror Dolorosa est un groupe d'adorateurs transis, de copieurs, de fans de Cure bornés... Quelle marrade.
Oui, Soror Dolorosa ont des influences : qui n'en a pas ? Vous voulez vraiment refaire cette disserte de philo, sur le principe d'ex nihilo ? Oui Soror Dolorosa aiment The Cure d'amour : pas vous ? Jouent-ils, comme j'ai pu le lire - je ne vous cacherai pas que cela m'a causé un peu d'humeur : vous le voyez bien - des plagiats de morceaux de Faith ? Cette bonne blague. Rien que "Silver Square" à l'ouverture de No More Heroes : si elle ne vaut pas cent fois mieux, au bas mot, que cette fichue "Temple of Love"...
Tenez, regardez une "Scars of Crusade" : comme une chanson telle que celle-ci, non seulement est magistralement réussie, mais surtout est typique de leur répertoire, et de leur propre personnalité, comme ce qui en fait l'essence et le désir moteur se retrouve d'album en album, mais dans une tonalité, une couleur différente pour s'accorder - évidemment, il n'est que de voir comment le Julia est amateur d'art - avec le tableau propre que peint chaque album.
S'il est, d'ailleurs, une chose qui sur Blind Scenes, non pas manque car elle est déjà présente, mais se trouve à un état moins brillant et aveuglant que sur No More Heroes, c'est ce talent pour agencer ces morceaux sublimes en une enfilade encore plus sublime, qui à chaque enchaînement vous retourne, vous renverse, vous chavire à la façon du danseur de tango chevronné qu'est le groupe... Et peut-être est-ce simplement (mais qu'importe au fond ?) non pas un progrès qu'ils n'auraient alors pas encore accompli, seulement une volonté précisément de ne pas briller tant que cela, comme l'or vieux de la pochette, qui se pourrait deviner dans un morceau tel que "In a glance", lequel aurait tout pour être un hymne goth-à-ray-bans flamboyant, mais se contente de l'ombre peinarde, d'une assurance mâle mais réservée... C'est que Blind Scenes, "Broken Wings" vient le rappeler pour la note de conclusion, est une âme endeuillée qui erre la forêt, un chat qui s'en va tout seul. Un tableau en lumière basse de fin d'année, où la voix de Julia vient, en toute discrétion, au service du symbolisme, figurer tantôt le goéland de passage, tantôt la ramée qui bruisse dans le vent plaintif, tantôt encore un nuage qui vient bleuter le ciel...
En vérité cet air de simple imitateur virtuose de Robert Eldritch Murphy est un leurre, une modestie qui ferait presque passer inaperçu la façon dont ce chant, davantage que l'expression d'un ego qu'il est facile d'y voir, d'un narcissisme écorché qu'il est aussi - est pinceau, qui vient poser ses figures parmi les magnifiques paysages automnaux de roman - de ceux qui vous hantent ensuite sourdement toute votre vie - que vous tissent les morceaux. Soror Dolorosa possède ce talent - ou plutôt un talent, ce démonstratif suggère bien mal à propos qu'on en aurait déjà pu rencontrer autre exemple - pour concilier, entretisser sans aucun scrupule ni pédante maladresse, mais en revanche un aplomb ahurissant, nature viscéralement dandy et décadente, et ambitions à parler le langage des éléments. Comme une forme très étirée de haiku, serait-on tenté de dire pour faire le bel esprit. Cela prendra une forme beaucoup plus grandiose, une envergure sacrée antique plus manifeste, sur Apollo mais regardez, tout est déjà là. La new-wave et le rock plombé comme odes les plus sincères, comme vœux les plus éternels à la nature. Eh oui les gens, vous tous pour qui se proclamer goth est, provisoirement, le nouveau sommet du cool, les gothiques sont aussi cela ; depuis bien avant que ce soit cool.
Soror Dolorosa, un groupe sous influence... de qui tu vas être sans rémission, oui, et non pas sitôt que tu l'entendras, ce n'est pas aussi simple, leur musique est tellement aqueuse qu'elle paraîtra te couler dessus les premières fois - mais cette eau-là te changera, te troublera le sang pour jamais, et te noiera comme un bienheureux dans son royaume des rêves.

Exploded View : Obey

Davantage que les notes de dégustation que l'on pourra faire - Cercueil, Kas Product, Andrew Weatherall, Adult. et Haus Arafna pour se cantonner à peu près au plus saillant - ce qui dira le mieux ce qu'est cet Obey, c'est qu'après Magus, Vive la Void, la réédition de la bande originale d'Eraserhead et la prochaine parution d'un album de Thought Gang, le disque d'Exploded View achève, de la splendide et brumeuse façon qui convient, de faire de Sacred Bones les dépositaires musicaux de l'esprit David Lynch.
Ou plus précisément de ses toxiques héroïnes, et leur inimitable mariage de l'eau de rose la plus sucrée et délayée, avec le vinaigre le plus létal ; tant où Vive la Void semble dérouler les horizons parfaits pour de ces dernières les rêves chloroformés et les hallucinations à l'eau de Cologne, Exploded View (que de V's, dites, comme dans ?) paraissent, quant à eux, distiller pile le genre de shoegaze-nowave-a-billy (le mélange de Nancy Sinatra et d'industriel au cimetière, si vous préférez) qu'il faut pour le genre de rades clandestins, illégaux sur plusieurs plans y compris métaphysiques à la fois, où les mêmes sirènes aiment à passer leurs nuits dévergondées incognito, pour y plier encore un peu plus les inconscients offerts, à ses palpitations montant du fond du gouffre... et y faire souffler un vent un rien plus glacé qu'à l'accoutumée.

lundi 8 octobre 2018

Hell in Town : Bones

Il y a quelque chose chez Hell in Town... Quelque chose que Hell in Town a pigé, ou du moins et cela suffit, capté, de l'essence toutes ces saintes icônes des nineties, dont lesdites portaient haut et fier la bannière, avant que tout ne devienne du doom, du sludge et de l'extrême : c'est le groove, et plus globalement l'accroche.
C'est cette simplicité à laquelle Hell in Town s'affilie, au moins autant qu'aux gimmicks certifiés Alice in Chains et Down (pour nommer clairement de quoi on parle), et à laquelle ils ajoutent leur transposition dans une langue et une sensibilité modernes, par-dessous l'humilité de leur respect non dissimulé. Lequel ne dissimule pas non plus, ceci expliquant sans doute cela, qu'il inclut Pantera au nombre de ses bénéficiaires, et son goût d'un bon coup de soleil sur le cabochon, à égalité avec celui pour une bonne vieille sinistrose du foie à la Crowbar - rappelez moi à qui ceux-là doivent leur exposition, au fait ?
Et ce que cette simplicité, cette honnêteté rappelle plus que tous autres, ce sont les jeunes Hangman's Chair : cette façon d'assumer ses admirations, sans que la force de celles-ci ne suffise à étouffer la flamme d'un caractère bien trempé qui déjà point, discrètement. Ou Cultura Tres. Le même genre de trajectoire dans l'épanouissement que ces deux-là, c'est tout le mal qu'on leur souhaite, ce qui nous arrangerait aussi au passage.
En l'état, Bones est déjà autrement plus réjouissant que le dernier Alice in Chains.

mardi 2 octobre 2018

Demande à la Poussière : Demande à la Poussière

Je n'ai pas trouvé de vanne fielleuse à faire sur "étranglé", mais vous pouvez croire que ce n'est pas faute d'avoir essayé, ou en tous cas envisagé de chercher, à la première écoute au moins.
Sérieusement ? Qu'est-ce que ce morceau tarte vient faire dans l'onctueuse soupe de velours, de magma et de cendre, qu'est le neuro-core patibulaire de Demande à la Poussière ? Dans ce torride royaume onirique où se confondent science-fiction pure, dystopie cyberpunk, et héroïsme noirci à la cimmérienne ? Pourquoi, au milieu de cet épais et capiteux sirop qui tient à la fois de la ginja et du pétrole au goulot, ce morceau d'une regrettable orthodoxie dans le mièvre ?
Le morceau n'est même pas à jeter dans son entier, soyons honnête, il apporte après tout une couleur jazz et comptoir de bar aux petites heures de la nuit, qui sied bien à la référence contenue dans le nom du groupe (et du disque), et finalement on réussit à l'intégrer, au sublime et sanglant tableau général de bouge mal famé, perdu sur un caillou entre des étoiles qui grondent au son d'un dub de la braise, dans quoi l'on croit entendre les séquelles de Red Harvest... Le moment du film où l'on écrase une larme, tandis que survient un souvenir du présent, de l'humanité, où l'on étrangle... Allez : ça se tient.
Or donc, on pourrait s'appuyer sur le présent disque, le nouvel album de Barus, et éventuellement Eryn Non Dae, pour détecter dans le metal français actuel une intrigante nouvelle tendance du beatdown sous semuta, mais je dois confesser une préférence dedans : pour le ci-devant disque (sans conteste le plus animal et brûlant des trois) en forme de périple intime comme peuvent l'être des Deathspell Omega ou des Leviathan, mais retaillés au gabarit ours, trapu mais redoutablement souple et vif quand nécessité le requiert, aux allures de péplum fulminant et carnassier. L'intersection d'Entombed avec Oranssi Pazuzu ? Non plus. Une Chronique de Riddick par Frank Herbert ? Il y a de ça...
Demande à la Poussière semble jouer - et vous moudre un tantinet les os au passage - avec une sorte de demi-sourire qui colore de narquoiserie son nom, pour vous laisser seul décider où vous êtes - j'allais dire "réellement"... On pensera de façon aussi légitime à des choses aussi primitives que Lurk, ou que... A moins que, peut-être, suffît-il tout simplement de prononcer le nom Proton Burst, disant ainsi à la fois la tradition (française et fantastique), ancienne, dans laquelle s'inscrit Demande à la Poussière, et son ambivalence, entre rustauderie antique et occulte savoir tombé du futur ; sur la foi desquelles le disque s'appuie pour son odyssée au gré de langoureux fleuves de lave et de mercure sale, qui aussi bien vous troubleront le sommeil de lointains rêves de P.H.O.B.O.S. que de Lab° ou Treponem Pal, bref des fantasmagories comme lui taillées dans la brûlante chair même dont on fait les mirages ; et les chimères. Au milieu desquelles, dans son groove sourd et huileux, il se meut avec la féline, redoutable grâce d'un prince ou d'un merlan.

samedi 29 septembre 2018

Soror Dolorosa : Severance

Alors certes, Severance est des disques de Soror Dolorosa peut-être le plus classique, authentiquement et non trompeusement comme les deux suivants ; mais déjà l'on y contemple Andy Julia pareil à un Glen Anzalone dans le corps de Brett Anderson, et déjà son groupe s'y peut voir comme un équivalent romantique de Hangman's Chair... Sauf qu'il restera à déterminer si l'on a là devant soi leur Lament for the Addicts, appliqué et talentueux... ou bien leur Hope Dope Rope ; car pour sûr Soror était malade alors. Jusqu'au trognon. Avec émissions de capiteux rayonnement de contagion, à en flétrir sur pied tout ce qui pousse alentour.
Dans Severance on y sent, bien plus que par la suite, les racines au sang noir insinuées, agrippées profond, comme un cancer amoureux, dans Bauhaus et Christian Death, on croit même par endroits se retrouver en face d'une manière de Deadchovsky purgé, lessivé (j'ai dit Danzig, déjà, ou pas ?) de tout son sarcasme, son extravagance, sa démence batcave, ne conservant que... la maladie. L'absinthe triste, la syphilis, la chlorose, l'humeur noire.
Severance est des disques de Soror Dolorosa le moins mégalomane de toute évidence - comparativement aux sacrés morceaux à suivre, difficile de faire autrement - mais certainement pas dénué d'envergure : dans sa maladie même, dans son odeur omniprésente de bacilles, de macérations, d'alcool, de chloroforme, et dans sa façon déjà doucement excessive de les embrasser tous ensemble, avec déjà cette ferveur, cette flamme goth religieuse qui caractérise le groupe - et pour autant toujours au bord de prendre son essor et sa liberté dans l'indie pop pure... ou presque : le spectre de la douleur rôde, jamais loin dans les ombres translucides, prêt à revenir serviablement sitôt qu'il est appelé ; cette magistrale façon de finir le disque par le morceau le plus oxygéné, élégiaque, suivi en piste-fantôme par le plus rituel, mazette !
Mais après tout, oui, ce disque est-il si linéairement gogoth que tout semble porter à le croire ? Ou bien ne mériterait-il pas amplement les rappels rétrochroniques que suscite sa pochette avec celle d'un certain Relatives in Descent, qui est en vérité son parent en laconique ambiguïté aux basses sourdes comme une angoisse familière, comme une envie trouble ? Je laisse la porte ouverte, vous êtes libres et majeurs.
Non vraiment, un bon conseil : ne vous fiez pas aux conneries, et dieu sait s'il s'en trouve, que vous pourrez lire sur le vaste web, pour vous corner des histoires de groupe-hommage, appliqué, pathétique (sérieux, on parle d'Interpol, ou bien de Soror Dolorosa ?) : Soror étaient grands, déjà quand ils étaient petits.

vendredi 28 septembre 2018

Soror Dolorosa : No More Heroes

On est prévenu d'emblée, dès une pochette (quelle que soit celle retenue, notez bien) qui témoigne de l'honnête crudité propre au groupe (en sus de, pour l'occasion et une bonne fois, affilier ouvertement et sans fausse pudeur le groupe à la famille du goth beau-gosse, dans les rangs duquel il a tout de même une tout autre gueule que les saletés à la retape façon London After Midnight, qu'on a dû sa fader parfois jadis, si vous saviez...). No More Heroes développe de Soror Dolorosa la facette la plus Sisters : vous savez, ce groupe dont, comme vous êtes personnes de qualité, vous n'avez jamais ignoré la part de Rolling Stones en lui ?
Évidemment, comme il s'agit de Soror Dolorosa, c'est là une autre chose dont on aura vite compris qu'elle leur était propre, la "réalité" est loin d'être aussi simple ; mais c'est ainsi - et par la même occasion une troisième qualité propre à Soror Dolorosa : les paysages, les humeurs ont beau être changeants, trompeurs, labiles, ambigus, hermaphrodites, troublés, brumeux et tout ce qu'on voudra, la force du groupe est telle pour insuffler une direction, une intention bien d'aplomb sur le plan mythologique et fantasmatique, ne serait-ce qu'à quelques morceaux mais en les rendant marquants comme pas deux (ce qui chez eux n'est pas synonyme de tube, pas au sens inflammable et périssable de la chose, tout du moins) - que l'on peine à se retenir d'identifier distinctivement chaque disque, comme un tout, à telle ou telle grande figure tutélaire, tel ou tel épouvantail superbe du rock'n'roll et de ses domaines oniriques...
Et onirique, No More Heroes sait l'être aussi bien qu'un Blind Scenes, si pas aussi souvent ; car le disque n'est pas que sistersien : si jamais vous aviez déjà percuté le cousinage entre The Cure et les Rolling Stones, vous, je vous félicite. Car pour autant qu'il porte avec un divin naturel le perfecto, voici un album qui n'a pour rien au monde renié son amour des guitares aquatiques de Simon et Robert, quoiqu'il y marie - avec quel talent ! - une batterie animale, à la puissance rock, avec lesquelles les précitées n'ont pas accoutumé de frayer, ou si timidement - Wish et Bloodflowers, d'accord ; ce sont du reste justement deux albums que Soror Dolorosa, à la différence de maint corbeau, savent apprécier à leur juste valeur. Alors, on a  beau avoir juré une amitié éternelle au Docteur Avalanche et à Lol Tolhurst, difficile de rester de marbre...
C'est aussi cela Soror, dans un jargon plus philippe-manoeuvresque : la preuve vivante que la musique des Cure et des Sisters reste moderne, autant qu'elle est inscrite dans un éternel du rock, une forme sans âge et toujours verte ; Andy Julia n'y est pas tout à fait pour rien non plus, lui qui sous ses éternels faux airs d'adorateur d'André Le Driche, délivre dès le refrain de "Silver Square" une subjuguante performance d'aboiement fauve entre viking et Danzig, avant sur "Sound & Death" d'étaler une superbe puissance tranquille nichée, elle, pile entre Glen Danzig et Chris Isaak... Renversant, et tout en discrétion.
Et ainsi, comme face à la lumière rasante de la fin du jour sur la route, tantôt les yeux verront le passé, tantôt l'avenir qui s'ouvre accueillant, tantôt la vigueur conquérante et tantôt le trouble et la rêverie.Mais à la fin, pour être honnête et dire ce qui compte, ce que Soror Dolorosa et tout particulièrement un disque de sel sur les plaies tel que No More Heroes - ce brelan d'as d'ouverture ! - brandit comme d'une modernité perpétuelle, c'est, encore au-delà du rock, cette musique des gens pour qui est aise la malaise, dont le pêché mignon et la talon d'Achille est le bonheur d'être malheureux, la sensualité à être souffrant (et là-dessus No More Heroes vaut pas loin d'un Disintegration et bien un First and last and Always) ; et de bramer là-dessus d'une voix grave, salée, amère, et vertigineusement amoureuse d'elle-même : Buffalo Bill est un petit joueur. Ils parlent même de nous à l’Église, nous sommes la délectation morose contre laquelle ils vous ont avertis... On est gothiques et on vous emmerde, putain. Dégagez le passage.

mercredi 26 septembre 2018

Soror Dolorosa : Apollo

Comme indiqué dans la chronique de Blind Scenes, voici l'album où Soror, après la parenthèse (ex-)héroïque et perfecto de No More Heroes, reprend les chemins célestes pour de nouvelles dérives oniriques, magiques, fantastiques : dès la pochette on est préparé à l'envoûtement, elle qui reprend les prières adressées à Dead Can Dance, encloses dans le titre du tout premier disque.
On n'est pas déçu, assurément : on retrouve en quelque sorte le Soror Dolorosa de Blind Scenes, mais dans un récit différent, un idiome contemplant - et partageant avec nous son émerveillement subjugué devant - sa propre métamorphose : s'il faut se montrer trivial, une musique qui n'est définitivement plus ni gothic rock, ni cold-wave, ni new-wave, mais se meut ainsi qu'on nage de l'une à l'autre en permanence, s'égarant parfois avec délices. Affranchie de tout impératif y compris celui d'être sombre ou tourmentée, à l'écoute de son seul instinct, de son désir - et d'enchantement il est bien question, on aurait tôt fait de se retrouver nu dans la forêt à écouter des choses telles que "That run", et sa synthèse du Cure océanique de Wish avec The Beloved, sous la haute bienveillance pour ne rien gâter du Pasteur Morten Harket, dont du reste la présence altière ne fait que se confirmer sur la suite du disque, que ce soit dans la voix de Julia ou les violons dignes du plus sublime A-Ha.
La dimension pagano-naturaliste, esquissée avec douceur mais conviction sur Blind Scenes, prend ici toute l'envergure druidique, sexuelle et messianique d'un, allez, mais oui, October Rust. Voilà, Monsieur, de quelle légitime mégalomanie Soror montre ici l'envergure, de quelle superbe sans ces fausses modesties qui sont des pudeurs, et la pudeur n'est pas au vocabulaire de la pureté d'amour qui est celle de Soror Dolorosa. Encore heureux qu'on ne soit pas du genre porté à la grandiloquence ou l'hyperbole : on eût tôt fait de décréter qu'Apollo est en vérité œuvre alchimique, qui transmute ainsi le plomb de Saturne en or d'Apollon - sans blague ? Apollo est apollinien ? Comme d'habitude, au fait : vous dites angélique, si vous préférez, ou luciférien, selon votre patois.
Peu importe au juste, car l'heure n'est plus au pusillanime ni à quoi que ce soit qui fasse intervenir une pince à épiler, devant pareil printemps. Car ce n'est plus ici sur Faith ou Pornography, que Soror Dolorosa démontre ici la juvénile audace d'ouvrir les fenêtres au parfum des fleurs fraîches - mais Disintegration et ses marais, dont ce faisant il révèle la splendeur secrète, toute de jade et de riches tapis de nénuphars, avec son rock ambient et félin.
Alors, évidemment, Apollo a comme on dit le défaut de sa qualité : il est ambitieux ; il pourra donc paraître trop long, trop solennel par endroits, trop sûr de lui, trop impérieux ; mais ainsi qu'est toujours de mise en pareil cas, il sera permis de se demander si ce n'est pas nous plutôt qui sommes trop petits, pas à la hauteur de cette ambition : le disque, lui, se contente d'être à la sienne, quoi de plus naturel. Car de maladresses, on n'en trouvera pas ici. Exceptée, bien entendu, celle d'être gothique. A en crever tel, pour paraphraser Camus, qu'il faut imaginer Icare heureux ; car le salaud, faut dire, s'est bien gardé de nous dire que ce n'était que sa carcasse qui s'était abîmée dans la mer, mais que lui avait bel et bien plongé dans le soleil.