mardi 9 janvier 2018

Esoteric : The Maniacal Vale

Et tout ce temps il était là, à attendre qu'on le réécoute et qu'enfin on le débusque : l'album bourgeasse d'Esoteric. Tout ce qui constitue The Maniacal Vale respire le luxe, l'opulence, l'aisance, le budget illimité. On ne voudrait pas cracher dans la soupe, peur d'être raillé à juste titre : on aime après tout le metal, la science-fiction et Esoteric. Mais voici pour sûr du Esoteric de parvenu, ce qui pour un groupe parlant de voyages d'ampleur incommensurable, est légèrement gênant.
Voyager oui, mais alors en première. Nacre, ivoire, ronce de noyer, miel d'acacia, cuir pleine peau, Macallan hors d'âge : les matières dont est fait ce Maniacal Vale au nom déjà cossu en soi (franchement il commence à me donner envie de réhabiliter Vessels of Light and Decay, tant qu'à écouter du doom qui roule en berline Audi), s'en affichent presque toutes sur la pochette, qui a les teintes d'un mille-feuilles : qu'il soit permis de douter de sa concentration effective en substances psychotropes. On me répartira que Metamorphogenesis s'avançait sous les mêmes (les albums d'Esoteric, sur la question des couleurs, ne vont-il pas par deux, d'ailleurs ?), je me contenterai de pointer la différence radicale d'intention entre les deux, entre la joliesse et la précision de l'une, qui disent tout de son contenu, et la confusion texturale de l'autre, qui prévenaient assez combien était à prévoir de s'y noyer et rien d'autre.
Bref, The Maniacal Vale c'est peu Stargate version dark-les-portes-de-la-perception, l'album funeral de Nile ; le gros glouton death baroque bouffi et les yeux maquillés à la Cléopâtre - ou Horus - qui a boulotté Tool, Opeth et Isis. Il faut reconnaître que dans le genre croisière dans la Vallée des Rois combinée miraculeusement à un überpeplum transcosmique, "Ignotum per Ignotius" a une certaine gueule.
Bref : il m'est difficile de dire si c'est là ce qui pousse tout le monde à vouloir en faire ce qu'il n'est pas, à savoir le meilleur disque du groupe - mais il est certain que c'est ce qui le sauve : tout le monde ou presque aime le caramel ; surtout pendant une bonne séance de pleurs sur soi, cela donne à la noyade une saveur incomparable.

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