jeudi 4 janvier 2018

Esoteric : Paragon of Dissonance

Que ce fût parce que soi-même l'on s'est embourgeoisé et empâté - ce premier membre de phrase à preuve - ou simplement  que malgré la ci-contre liste longue comme un jour sans neurones, les sensations intoxiquées ne soient plus chez nous que souvenirs dont tirer miteuse et radoteuse gloriole : peu importe, on commence à l'aimer, cet Esoteric qui englouti jusqu'à mi-corps dans les cyclones cosmiques derniers ne songe qu'à pleurer la perte de sa Patek Philippe, et non celle de sa santé mentale.
Il sonne un peu comme Opeth, un peu comme Paradise Lost, un peu comme Indesinence : que de bourgeoises choses, en somme ; et s'il est également assez bovinement et simplement death par-ci par-là, ce n'est assurément pas à la façon de l'autre œuvre du groupe qui montrait cette capacité, à savoir la démo. Paragon of Dissonance est lustré, voilà l'affaire et le mot lâché. Papier glacé, même. Désodorisant pour les gogues ? Il le paraît à la première vue, qui dure longtemps - comme à peu près tout chez Esoteric ; mais que l'on se rappelle que ce dernier commentaire fielleux était également venu irrésistiblement à l'esprit confronté à de certains passages synthés dans Subconscious Dissolution into the Continuum, et ce même aux meilleurs d'entre nous : Esoteric a toujours flirté avec ce type d'émanations, au moins aussi dangereusement qu'avec celle de produits aux propriétés psychédéliques mieux réputées.
Vous me direz : cela ne change rien, tant qu'on ne fait que flirter - mais tout si l'on a le malheur une malheureuse fois de chuter, de glisser vers l'ornière. Bon ; Esoteric est devenu humain, de forme et de préoccupations, soit ; et ? Est-ce là vraiment ce qui pouvait leur arriver de pire, comme à tous les extra-terrestres à qui cela est arrivé avant eux, Portal étant encore et toujours le premier triste exemple qui vient en tête, mais Aevangelist, qui se tait méticuleusement après des mois à empiler les sorties et en annoncer d'encore plus pullulantes, est impitoyablement guetté au tournant ? Ne font-ils, ici, que chuter en essayant ? Essaient-ils vraiment, ou ne choisissent-ils pas plutôt de mettre un terme à une escalade - celle de l'autreté et de la foncedarditude - toujours vouée à fatalement un jour ou l'autre échouer - pour adopter, justement, à bras et âme ouverts le point de vue d'une humanité qu'ils n'ont jamais totalement niée, sur tout ce périple par-delà le colossal, qui est après tout leur quotidien, pour mériter peut-être un moment donné le point de vue narratif de qui en fait sa routine épuisante ? N'ont-ils pas aussi, tout simplement amplement mérité d'ouvertement aspirer aux rivages turquoises, à leur doux ressac que l'on croit entendre au début de "Non-Being", au répit enfin, ne fût-ce que transitoire, qui se pourraient offrir, avant le prochain rouleau de modification de la conscience et le prochain grand rush d'univers absorbé sur un buvard ? D'y pleurer peut-être un peu quelques longs instants volés, à l'aise tout nus sur la grève ?
Baléarique, Paragon of Dissonance ? Autant que peut l'être un disque anglais, quoiqu'il joue un peu dans la cour de choses plus méridionales, à savoir le doom de la famille funeral tire-larmes des Urna, Void of Silence et consorts : oui ; d'ailleurs, vous n'aurez pas manqué de noter que l'illustration de couverture n'en est pas lapis lazuli, mais néanmoins d'un bleu, si relativement amène, néanmoins adéquatement assombri : entre nuit infinie et fonds marins. Tyranny on the beach, ouais ; une plage au bord du gouffre - pardon : du Gouffre ; celui dont à longueur de titres d'album et de morceaux à rallonge ils nous ont parlé depuis 25 ans, permettez qu'ils soient un peu las ou du moins fourbus.
Alors certes, dans le monde des humains, Esoteric se trouvent appartenir à la sous-catégorie des métalleux, condition comportant son lot de caractéristiques au rayon de la sobriété d'expression : voir comment "Disconsolate" irrésistiblement bascule d'une humeur digne d'Isis ou Intronaut, à quelque chose de sirupeusement héroïque, pour ensuite sur fond d'accélération death à poignées d'amour, s'aventurer comme une fleur dans un type d'espagnolade que l'on croyait illégal depuis septembre 1989, et qui pourtant au bout du coup s'avère peut-être le plus véniel des dérapages constatés sur le morceau concerné ; mais on leur découvre également, à la présente occasion, de surprenantes velléités loungey voire timidement jazzey (easy-funeralistening ?) ; et puis dans le registre piteusement humain, ne touche-t-on pas, au cours d' "Aberration", à ce point dit "Colosseum" où le pathétique atteint au sublime tragique, avec comme chez les Finlandais de ces soyeux déchirements mélodiques où l'on croit entrapercevoir Nino Rota ? Peut-être après tout qu'ils veulent profiter de cette escale pour s'y noyer, dans cette accueillante, douillette lagune, préfèrent-ils le faire en ses eaux laquées de sucre glace, plutôt que retourner le faire en se faisant froisser le mental dans les horribles plissements de l'espace extérieur et ses masses psychivores escarpées ?
Allez, interro éclair (échelle Esoteric, à l'instar de l'énoncé ci-dessus) : vous avez quatre heures.
S'il vous reste du temps, question subsidiaire : est-ce que l'hypothèse ne tient pas tout aussi bien (c'est à dire : ne fait pas autant surgir la beauté du disque), de voir ici en Esoteric le gonze qui décroche du trip, à court de coco, et se réveille parfaitement clair, moulu de courbatures jusqu'à la moelle osseuse et un rien mal aux cheveux, au beau milieu du voyage intermétasubdimensionnel ?

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