lundi 29 janvier 2018

Ilsa : The Felon's Claw

Il y a quelque chose dans Ilsa. Quelque chose de l'ordre du fantôme, ce qui paraît approprié vu leur concept spooky sous toutes les coutures. Quelque chose de l'ordre de l'absence, mais alors d'une qui jusqu'à un certain point s'est davantage ressentie sur le plan trivial de l'efficacité des artefacts circulaires qu'ils mettaient sur le marché, que sur celui du scénario horrifique de leurs morceaux, et de l'appel du vide et de l'épouvante qu'elle eût pu y... matérialiser, si l'on ose dire, en creux. Quelque chose de l'ordre, intangible, d'une ambiance, qui jusqu'à un certain point tenait essentiellement dans une voix évocatrice de quelque chose d'énucléé, justement, et qui plante d'office et sans discussion possible le décor de tous leurs morceaux dans la nuit, plus précisément le cœur de celle-ci, dans une ambiance de cauchemar intoxiqué, de film fantastique en noir et blanc porté avec sauvagerie dans l'exploration hallucinée de la cruauté et la torture, du type version hardcore de La Nuit du Chasseur. Dans cette voix très spéciale, et accessoirement un talent certain pour la présentation : le ton bien reconnaissable de leurs pochettes, et des intitulés brillants tels qu'Intoxicantations, lequel d'ailleurs était accolé à leur meilleure pochette haut la main... mais hélas un album qui jamais ne décollait vers le terrifiant ailleurs espéré, mal gré qu'on en aie au vu de sa séduisante torpeur.
A l'heure où approche de plus en plus un Corpse Fortress qui s'annonce avec de plus en plus de probabilité comme succulent, il est peut-être encore temps de reconnaître que les choses avaient commencé de changer - enfin - avec l'encore dernier en date ce jour, The Felon's Claw ; avec ses airs de pacte conclu entre les démences respectives d'Obituary et de Pulling Teeth, sous les commandements de gong placide d'une migraine infernale à vous fendre le crâne, qui n'est autre que la pulsion du meurtre cannibale, cherchant à se faire entendre et soulager ; de Seven Sisters of Sleep qui viendrait de découvrir la vraie bamboche, alias Chris Reifert ; de doom carnassier joué par un gang de petites frappes sous datura promenant en laisse des pitbulls à trois têtes, de hardcore de pourceaux dont l'état de complètement-raiditude avancée ne fait que rendre plus proéminent l'amour crassement enraciné pour Celitc Frost et Bolt Thrower : on a compris à la griserie que suggère ce fatras velu de noms utilisé pour la décrire à tâtons, qu'avec The Felon's Claw la séduction d'Ilsa n'opère plus dans la frustration. Ce chant surnaturel a enfin trouvé son écrin, gras comme une mygale concupiscente.
A présent, on espère d'autant plus fort que le passage chez Relapse ne va pas produire sur son sado-crustdoom paranormal le même regrettable effet qu'il eut sur un autre groupe emblématique de la manière A389 de faire les choses, et on écoute régulièrement "Hikikomori", le cœur étreint par la crainte.

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