jeudi 11 janvier 2018

Indesinence : Vessels of Light and Decay

Ce death indiscutablement doom, mais qui ne consent à exprimer sa non moins indiscutable subséquente folie que dans un langage châtié de bourgeois, confortablement environné d'un mobilier et de convenances du même tonneau... Ne serait-ce pas, au bout du compte, la version doom - et donc patricienne - de Morbid Angel, ce notable de l'occultisme cossu ? Pas la peine de me rétorquer que l'on se meut ici à un train, si toujours pétri de raison, malgré tout plus allègre que celui de Gateways to Annihilation : la lenteur du pas ne fait pas le doom, et ce dernier Morbid Angel (ni aucun autre, du reste) ne sera jamais du doom. Trop imperator.
Outre le groupe du boudiné et sourcilleux David Vincent, les noms qui viendront à l'esprit seront ceux de Triptykon et Hooded Menace, et par endroits Valborg : on le voit, seulement ceux de bourgeois noyautés par un grain d'occasionnelle démence meurtrière, tous capables entre deux généreux rabiots de gigot de monter sur la table, démolir quelques pièces de belle vaisselle ourlée d'or, et de se mettre à vomir sang et boyaux sur les carafes à bordeaux avec dans les yeux des larmes de sincérité - rien qu'au niveau vocal pour faire dans le sens le plus littéral, Indesinence, tant sur les growls de carnassier des abysses que sur les shrieks de lycanthrope, calme du monde, on a tendance à l'oublier... Comme on le fait trop volontiers d'un certain nombre de choses, à leur sujet ; d'ailleurs, au rayon sincérité, naturel instinctif des manières, vous pouvez ajouter avec une bonne louchée de sauce grand veneur les nombreux dégourdissements de jambes en tempo death punkish ou thrashy, qui font qu'on verrait bien le groupe inviter généreusement Bolt Thrower ou Asphyx à sa table, s'en jeter gaiement quelques uns.
Et au bout du compte, ce qui gêne avec Vessels of Light and Decay, c'est aussi ce qui finit par faire son charme, entêtant - et l'a du reste toujours fait, si dans des formes plus acceptables avec les autres albums - à savoir sa bestialité ; c'est le caractère léonin dont la chose prend les traits ici, qui lui vaut cette ressemblance avec Morbid Angel, et ce déficit en odeur de mort et de putrescence qui lui a pu attirer des propos désagréables faisant intervenir une marque de berlines allemande fort appréciée par Luc Besson, cause probable par transitivité - les Minimoys - de ce qu'on avait fini par se dégoûter d'une pochette initialement jugée très rafraîchissante pour le genre, et tout simplement magique. Le doom death de cet Indesinence-ci est fleuri tel la barbe du lion et du roi, tout en étant brutal ainsi que le groupe l'a toujours été, et l'annonçait dès un premier maxi punitif comme bien peu ; voilà qui peut désarçonner, non moins que les régulières stridences guère orthodoxes - sinon dans le black du même nom - auxquelles il s'adonne ; c'est qu'Indesinence, on l'avait oublié mais le savait depuis Noctambulism, est un dandy, et l'est de façon différente à chaque album, mais certaine ; et en tant que tel est, dessous le luxe soigné de sa mise, tout sauf le réactionnaire qu'il peut paraître, mais bien plutôt une sorte s'il est possible de rebelle et d'avant-gardiste discret, de visionnaire à qui peut chaut d'être reconnu comme tel sinon à ses propres yeux exigeants - mais seulement de vivre pleinement ses visions, sans avoir cure des conventions faites pour de plus étriqués que lui ; car ample et imposant de gabarit, cela aussi Indesinence l'est depuis le début, hors norme au point parfois de paraître un peu gauche lorsqu'on le regarde à travers ses grilles habituelles, quand simplement il ne se meut pas dans les scénarios, cadences respiratoires et ressorts narratifs accoutumés.
Vessels of Light and Decay est forestier en égale mesure de ce que Noctambulism était citadin ; mais il ne l'est pas à travers les bien reconnaissables traits mélodiques accoutumés, il est nocturne sans ressentir le besoin de marquer les ombres par une débauche de peinture noire, lui préférant les nuances plus envoûtantes des ciels étoilés à travers les feuilles, et les douces teintes tamisées, telles celles qu'on peut déguster sur l'illustration évoquée plus haut, mais le pouvoir d'envoûtement brut d'un "La Madrugada Eterna" dit assez dans quelle haute concentration en (im)possible et en surnaturel l'on se trouve, sous ces ramures ; il est doom avec légèreté, si l'on ose dire à propos d'un death si massif (quoique relativement alerte), avec subtilité mais néanmoins avec force, en vertu précisément de cette complexité de caractère (ceci dit, il suffit plus trivialement d'aller consulter les CV des intéressés sur la base de données en ligne que constitue pour pareilles choses l'Encyclopedia Metallum, pour expliquer que le borné, l'univoque, le plat ou le repli sur soi, ne soient pas dans le genre de la maison), cette richesse d'humeur, ombrageuse toujours, prévisible jamais ; ces façons de fauve imposant qui vous chuchote les confidences de ses ruminations ; jusqu'à un final, narquoisement ou pas intitulé "Unveiled", tout en suggestions et en ambiguïtés, dans les intentions et le décor qu'il expose - avant que de s'y ruer avec une fureur bestiale auréolée d'une lumière de ferveur, qui n'est qu'un nouvel avatar de ce mystère dont Indesinence en tous lieux va environné, lors même qu'il paraît s'expliquer, s'ouvrir, nous embrasser.
Tout, sauf un groupe qui se la pète.

Allez-y, maintenant vous pouvez vous bidonner, c'est moi qui régale ça me fait plaisir ; sincèrement.

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