lundi 1 janvier 2018

Le Réveil des Tropiques : Big Bang

Il en va du krautrock ainsi que du post-rock : je ne suis pas supposé en écouter, je m'en tiens à distance respectueuse d'une façon qui pourrait même paraître suspecte - car de loin en loin, je me retrouve à en écouter (en général sur la sollicitation d'un groupe), et à prendre ma petite claque.
Dans le cas du kraut, c'est à dire aussi que quelques tics soniques mis à part, je ne vois pas bien en quoi les albums qui s'en voient qualifiés - les bons, du moins, ceux qui sont trop grands pour se voir cantonner dans les parcours balisés par les tics soniques - méritent d'être estampillé d'autre étiquette que "psyché", à la rigueur précisé d'un préfixe "gros-" et d'un suffixe "-de-bâtard". C'est tellement mieux, comme genre, le psyché : ça rameute - et ça unifie, par le fait - aussi bien Chaos Echoes que Deutsch Nepal, Aevangelist que Pombagira, Atomikylä, Magma, Urfaust, Bardo Pond, Nibiru, Domovoyd, Blood of the Black Owl, Seremonia, Esoteric... Ah, on me signale que j'ai déjà fait assez de dégâts comme ça dans l'éducation et la sensibilisation des jeunes au bon usage des étiquettes, et à celle-là en particulier (d'étiquette), toutes les années où j'ai parasité un webzine cool dédié aux musiques cool pour les gens cool.
Oui mais ici on n'est pas dans le cool : on est dans le fin fond du cosmos, avec Le Réveil des Tropiques, dont le périple, pour jovial et endiablé qu'il ne s'interdise pas d'être (à la manière d'un Ghold, au hasard), n'en est pas moins de la catégorie des risqués, et des qui ne mesurent pas les doses d'adjuvant alcaloïde au compte-gouttes de petit-bras. Du coup, pour ce qui est de rester dans celles des étiquettes, de mesures... Davantage encore - peut-être... ou alors simplement en raison de la fréquence d'écoute de krautrock évoquée plus haut - que mes autres exemples ci-dessus, la musique jouée sur Big Bang semble être du psyché brut - entendre : sans suffixe ; rock, electro, machin... Aucune espèce d'importance voire de pertinence ici, pour peu qu'on soit un tant soit peu poète - ce que je vous souhaite, au moins sous l'emprise de vos disques - car Big Bang semble fait, non pas même du carburant, mais du mouvement dont on fait les pénétrations en vrille dans le tissu du cosmos ; laissant une empreinte sonore qui n'évoque guère que Xordox ou le passage du doigt mouillé sur une vitre, pour vous dire un peu si vous pouvez compter ici vous faire chouchouter par le son compatissant d'une guitare saturée ; Big Bang fait partie des disques qui vous font couiner l'émail des dents et en redemander : voilà à quel point il est psyché.
En fait, Big Bang est encore plus élémentairement concentré sur la pulsation - cardiaque, psychique, libidinale, séminale - de l'être qui est la réponse instinctive au dit mouvement pulsionnel - au moins chez certains, pour ne pas dire chez les éveillés. Et cette pulsation pousse vos molécules à leur place dans les étoiles, car c'est sa nature. La violence, du reste, en est avouée d'emblée, dès un pantelant "Synchrotron" d'entame qui semble jeter dans la démence d'un cyclotron les vieux Pink Floyd déjà en lambeaux torturés jusqu'à l'os, là où on ne voit plus la différence avec Oranssi Pazuzu... et tout ce qu'il a trouvé d'autre - Robedoor, Inade, plus saillants sur "Matière Noire"... - comme carburant psychédélique à sa faim dévorante ; on va pas répéter une bonne partie de ceux qu'on a cités ou aurait pu citer plus haut : la musique de Big Bang est à la fois la somme de toutes ces choses, d'un bon nombre d'entre elles à tout le moins, à divers degrés, dosages, concentrations - et une simplification-sublimation, en son propre distillat limpide, explicite, élégant dans le bruit inquiétant de ses voiles qui grincent : en quelque sorte la dernière note en date, griffonnée au milieu du tangage, sur le carnet de bord d'un voyage qui se poursuit sans fin. L'album se ferme tandis que ledit périple prend les accents d'une poursuite policière seventies, ce qui est parfait tout bien considéré.

Bref, le kraut-rock, je vais continuer à ne pas en écouter, je pense - d'autre que celui que des groupes ou des labels bien élevés (Musicfearsatan, en l'occurrence) me présentent sur un plateau, du moins.

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