samedi 13 janvier 2018

White Hills & Der Blutharsch and The Infinite Church of the Leading Hand : Desire

Productif, Albin Julius, eh ? Finalement, Der Blutharsch & Son Cirque Itinérant, c'est l'équivalent evil-hippie de The Body (ou de ce qu'un moment on a cru voir devenir Aevangelist, mais chez eux ce ne furent qu'effets d'annonce velléitaires), non ? La même productivité obscène exercée dans une musique assez simple (mais bon : on pourrait aussi dire que bien des groupes metal, particulièrement en terres doom et/ou psyché, en font des caisses romantiques à prendre des intervalles en années entre chaque album, pour un résultat au bout du compte tout aussi proche de l'auto-citation et la paraphrase en spirale plus ou moins mystique), qui finit forcée de se soulager dans des collaborations tous azimuts, comme on trompe sa main droite avec la gauche, dans l'espoir de découvrir des sensations inconnues, de surprendre enfin et bousculer un brin une mécanique parfaitement accomplie de la satisfaction parfaite et auto-suffisante...
Alors bon : il s'entend de bonnes choses, sur celle avec White Hills - et même certaines qu'on peut attribuer à White Hills, quoique Albin Julius n'ait peut-être pas besoin de se faire épauler de ce genre de jeunes flandrins pour jouer de la bonne cold-wave, même s'il aura donc décidé d'attendre ce prétexte pour le faire. De la qui rappelle New Order ou Two Lone Swordsmen, plus précisément : une cold de messieurs bien mis et vaguement astronautes de leur démarche, de la cold vaguement kraut qui a opté, afin de se prémunir contre un monde à vomir, pour la ouate et l'apesanteur, plutôt que de risquer finir par avoir les pieds qui pendouillent en pendule. Et bizarrement, passé un temps d'adaptation où l'on a juste l'impression qu'Albin a fait remixer ses deux riffs psyché et demi pour tromper l'Ecclésiaste, il s'avère que cela ne fonctionne pas mal du tout avec les mélopées archaïques de Marthynna, les désincarnant un peu de tout ce qu'elles peuvent avoir de légèrement trop typé, quoique délectable : comme si doucement on s'envolait de la robe d'Alzbeth, croisait en flottant dans les brumes le spectre de Jex Thoth mais sans se fixer là non plus, pour devenir quelque chose de réellement, eh bien, non-terrestre, qui ne peut qu'ensuite dériver tout naturellement vers l'ambient techno froide elle aussi, à la lisière de quelque vieille cassette d'EBM minimale belge chantée par une Nico qui aurait trouvé une paix relative.
Toutes choses qui font de Desire... un disque frustrant : on aimerait... on ne sait quoi, qu'il dure un tantinet plus longtemps, quoique sa durée très raisonnable en fasse une compagnie très sympathique, accommodante et peu fatigante, que ses morceaux soient rien qu'un peu plus traumatisants, quoique leur persuasion très raisonnable... On a saisi : voilà des morceaux irréprochables mais qui hélas dénotent un talent - volontairement ou pas - consacré à la décoration raffinée, à la tapisserie de haute couture ; une discrétion, une réserve excessives, une armure de flegme, qui semblent inviter à se frayer l'accès dedans, et en déplier les dimensions, en se faisant aider de quelque adjuvant alcaloïde.
Évidemment le meilleur disque de White Hills haut la main, et un nouveau signe de pétante santé de Der Blutharsch, ce qui ne peut que faire redoubler d'appétit concernant la collaboration (ne retenez pas votre souffle en l'attendant, toutefois) avec Mhönos chéri.

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