mercredi 7 février 2018

Ides of Gemini : Women

Tellement de bouffonnes et de balourdes, aujourd'hui, qui se bombardent autorisées à utiliser la voix de Susan Janet Ballion - Camille Berthomier, Nika Roza Danilova, et je ne vous parle même pas des autres dizaines qui existent sûrement mais dont j'ai eu la chance de ne pas savoir l'existence - et la police qui ne bouge pas le petit doigt : on comprendra que d'emblée j'aie nourri de la méfiance envers le virage goth franc d'Ides of Gemini avec Women ; alors que je surveillais le groupe, en attente de l'éclosion de son talent certain, depuis la découverte de Constantinople, et qu'aussi, maintenant qu'on réécoute Old World New Wave à l'éclairage d'aujourd'hui (voire également la lumineuse austérité que Constantinople semblait amener dans la musique de SubRosa, cette fière gaucherie à en faire passer (Dolch) pour Lacuna Coil), l'on voit sans doute possible que goth ils l'ont toujours été en pas tout à fait secret.
Mais si l'on pouvait se suggérer le nom d'Alaric devant le second solo de Timms, pour le coup devant Women on l'entend claironner. Dans cette parenté d'un son brillamment anarcho-corbac et cette hybridation de leur vocabulaire dont la squelettique et pourtant volubile maigreur doit autant au black metal qu'à la cold-wave de Cure et Dead Can Dance (oui, on pense également à Atriarch), mais qui chez Ides of Gemini se voit encore troublé par de - subtiles, ça nous change - traces fantomatiques de doom-rock : décidément doom, par ses âcres relents d'une certaine sinistrerie archaïque qui ne trompe pas, mais pourtant purgé de toute adiposité sabbathique et, irions nous presque pérorer, de tout metal hors la ferronnerie gothique ; tout ou presque, n'est-ce pas : mon emphase fait son compte à bon marché d'une chose telle, par exemple, que "Swan Diver", avec ses accents NWOBHM qui campent avec tant de superbe Ides of Gemini en version corbeau de Christian Mistress ; et de s'apercevoir, à la faveur du "Last Siren" qui suit, qu'au bout du compte certains fameux "roulements de batterie tribaux" communément associé au "post-punk" ou au deathrock, possèdent une grâce ambiguë leur permettant d'aussi bien s'avérer assez épiques pour une héroïque cavalcade crust sur la toundra ; un peu comme un Static Tensions en beaucoup moins rustaud, si vous voyez, en beaucoup plus arachnéen ; mais s'il y a des noms metalliques à retenir pour vous faire une idée d'Ides of Gemini, de son Women et de la nature de son metal, que ce soient Christian Mistress et Occultation : voyez ? Ou, pour ne pas faire dans la tournure d'esprit genrée (quoique le disque le soit bien un peu, lui), le second album de Tombstoned - et pour d'autres raisons plus solides aussi, puisqu'on n'invoque par pour rien l'illustre nom d'un disque dont on retrouve ici un parent de la singulière grâce, de sarabande malingre et translucide, n'appartenant entièrement ni au black metal, ni au doom, ni au rock gothique* ; un peu à la manière, somme toute, dont la langueur d'un "Queen of New Orleans" préserve entière une ambivalence insoupçonnée entre raideur post-hardcore teintée de mort qui vient, et sensuelle lassitude gothique.
Un disque, en somme, que l'on qualifierait bien de changeant, trouble et lunaire, si l'on ne craignait un procès en sexisme de comptoir...




*si vous trouvez que cet article comporte un trop grand nombre de fois le mot "goth" sous ses diverses formes, je vous réponds que l'album comporte un morceau dont le titre est "She has a secret" : hein ? Bon... Sans même parler du fait que celui qui suit "Queen of New Orleans" s'intitule pour sa part "Marianne".

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