samedi 3 février 2018

Ilsa : Intoxicantations

Intoxicantations ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait communément de la musique rituelle ; Ilsa ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait communément d'un groupe sortant des albums ambitieux ; pourtant Intoxicantations d'Ilsa, comme l'indique gentiment (mais si) son titre, est les deux.
Intoxicantations est un disque qui procède à une méticuleuse, autant que celle décrite dans le morceau d'intro, une rituelle intoxication, car Intoxicantations est un disque qui a une intention : un disque qui veut vous emmener quelque part.
Intoxicantations est la rencontre, comme l'indique gentiment (ni épeires ni mygales ne sont méchantes, elles accomplissent simplement ce pour quoi la nature les a faites) son titre, du sludge et d'Incantation, car Intoxicantations est doom comme Indiana Jones et le Temple du Doom ; Intoxicantations emmène In the Red et Take as Needed for Pain - aisément reconnaissables en la personne de ce son de guitares obèse et paludéen, évoquant la panse poilue des arachnides sus-citées - dans le cœur du Temple Maudit, ou peut-être celui de la fourmilière, ou peut-être carrément celui du ventre de la Reine des Fourmis en sa majestueuse Chambre de Ponte. Intoxicantations est le livre des contes que l'on raconte pour les endormir le soir aux enfants thugs, quand se lève la lune rousse ; un disque qui, on le perçoit promptement mais seulement à la condition qu'on s'y rende entièrement disponible, que l'on s'y adonne, vous emmène au cœur de ces histoires mythologiques à faire ne pas dormir la nuit.
Pour ceux qui goûtent leurs arguments moins poétiques, Intoxicantations est le disque où la batterie en apparence simple et funky et le chant en apparence monocorde, respectivement de Joshy et Orion, montrent comment ils sont loin d'abattre un boulot aussi simpliste qu'il y paraît, et peuvent parvenir à un résultat bien différent de celui des autres albums, en modulant simplement de façon subtilement différente ce qu'ils font d'habitude, en le faisant piquer du nez avec une impitoyable cruauté dans la nausée torpide, faisant du disque non plus un appel adressé directement aux instincts de démence sanguinaire bouillant sous votre enveloppe fragile, comme celui qui le précède, mais une chambre d'incubation où, fois après fois, venir choper l'horrible maladie du sommeil qu'ils ont en réserve pour vous, et leur musique viscéralement maudite (rappelez- moi comme ça se dit, déjà, en anglais ?). Ilsa clame également au nombre de ses influences Burning Witch, et il est temps de se rendre compte que ça ne compte pas pour du beurre.
Cela prend un certain temps, celui d'accepter l'absence de cette efficacité incendiaire directe que l'on se croit en droit d'attendre, de la part d'un groupe que toujours (et avec assez de raison) on a classé dans la même famille que Seven Sisters of Sleep et Pulling Teeth - mais à la fin l'on s'en rend compte : Intoxicantations est bien ce cauchemar collant, cette hallucination chaude, terne et sans fond, qu'il a toujours prétendu être.

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