vendredi 2 février 2018

.Tallow. : Red Disc of Proxima

En est-on encore à les compter, les albums qui manifestent la consanguinité entre noise rock, grunge pour ce que ça veut dire d'autre que les deux styles cités ci-avant et après - et sludge ? Riffs et chant se tirant la bourre à qui sera le plus traînant, le premier à verser pour de bon dans l'ornière, dégoulinera avec le groove le plus goudronneux de blues pollué : clairement, le propos ici ne pourra être de vous convaincre que Red Disc of Proxima est unique, quoiqu'il soit le seul disque de .Tallow. - et peu importe qu'il fît partie de la fournée historique de ce sous-genre hybride dont il est question.
Se contentera-t-on, pour autant, de préciser que malgré une intermittente capacité à faire danser lourdement digne d'Unsane et -(16)-, l'album nage surtout dans les latitudes chargées, en gaz d'échappement et en gravier, de Brainbombs, King Snake Roost et Shallow, North Dakota ? Il faut avouer qu'il y aurait déjà largement de quoi faire dresser les périscopes. Pourtant, il restera, encore alors, chez .Tallow. une dose tangible du fameux "petit quelque chose", d'irréductible à d'autres noms, de supplémentaire au simple fait d'appartenir à une tradition délectable en soi. Une discrète propension à nager, justement, à s'attarder çà et là dans les eaux interlopes, incertaines, à rêvasser, ramollir et se laisser flotter dans les éparses et accueillantes poches de surnaturel que réserve la vie d'ours dépravé qui est celle dont parle ce type d'albums.
L'histoire étant écrite comme chacun sait par les vainqueurs, la trajectoire de Red Disc of Proxima est peu ou pas documentée ; ce qui laisse toutes coudées franches pour attribuer son passage totalement sous les radars, et le fait que l'on puisse le découvrir ainsi par hasard, comme on le fait d'un petit nanar oublié ou d'un film culte, précisément à cette nature qui est la sienne précisément en raison de ce choix de se réserver à sa propre ambiance, cette couleur, cette température, cette hygrométrie, qui à travers entre autres une proportion non négligeable de moments simplement instrumentaux, préservent toute l'ambiguïté, entre dystopie cyberpunk et redneckerie intégrale (voire jusqu'à y croire reconnaître, à la faveur de certaines similitudes vocales, le jumeau d'un autre disque flottant dans l'interdimension : After Death de Cavity), d'un univers qui a tout d'une voix de garage baignée dans une rougeâtre lueur de corrosion de la réalité, où confire et rôtir douillettement.
Ce que je vous invite à faire tantôt.

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