mardi 13 mars 2018

Ende : Goétie Funeste

Cela se confirme : Ende me fait penser à Gorgoroth. Ce qui se confirme aussi, c'est qu'Ende a de la fichue noblesse dans les veines ; une noblesse qui le porte aux élans et sentiments épiques, une noblesse profondément enracinée dans le terroir, les campagnes, les forêts, une noblesse qui vous contamine presque à votre corps défendant : une fois de plus, j'y suis allé un peu à reculons, vers cet album, nourrissant certes une profonde estime pour le projet mais doutant de mon humeur actuellement adéquate pour supporter avec tout l'enthousiasme souhaitable un nouvel album très probablement de qualité mais aux flambées de mélodies hivernales supposées par avance un peu trop fougueuses pour ma tolérance actuelle au black...
Bernique. En deux minutes, que j'ai été retourné, emballé, pesé, mis sur orbite. Ende est toujours le plus fort pour vous dévorer tout entier de l'envie de courir à travers la campagne enneigée, vociférer votre dévotion à la nature et votre résolution de vivre pour toujours loin des hommes. Toujours le seul frère, davantage que de Gorgoroth peut-être, des très honorables Trelldom, dont ils livrent une forme moins montagnarde et à la froidure moins extrême - plus française tout simplement, latitudinalement parlant - de l'âpreté et de la rude honnêteté ; de la médiévale rigueur, dénuée de toute futile et stérile cruauté, tenant presque d'une certaine forme sévère de bonté - qui est celle tout simplement de ce cher Kristian Espedal.
Ende avec cette Goétie Funeste semble atteindre à une sorte de pureté qui, choix ou pas, lui échappait d'un rien sur les deux albums précédents ; une pureté et limpidité instinctives de l'attaque des guitares qui, pour ne pas citer toujours l'évidence Transilvanian Hunger, opère la jonction avec la rusticité d'un The God's Rejects, qui avait toujours eu ma préférence, mais dans lequel ne s'entendaient pas cette ferveur naturiste et cette lumière religieuse - cette grâce pour appeler les choses par leur nom ; ou mieux encore : il montre qu'elle était en germe, congestionnée par la crasse et la colère, déjà dans cette splendide cassette, il l'époussète, lui rend honneur, et la fait resplendir, elle qui était là, s'avère-t-il, depuis le début, comme un joyau de nuit et de ferveur ; accomplissant le tour de force de conjuguer la hargne canine et enragée de la cassette, à la dite dignité ancienne, compassée, surannée, d'une élégance taciturne renversante, pour laquelle existent peu d'équivalents - Nocternity ?
Du reste cela revient au même : dès The God's Rejects on pensait à Darkthrone, et entendait un groupe qui sur ses propres sentiers parvenait à suivre le même type d'instinct, animal et simple, qui en ce qui me concerne est la condition impérative pour que je tolère la fibre épique dans le black, laquelle autrement s'avère souvent tellement ridicule - alors que, dépouillée ainsi de toute fanfreluche et déguisement, et se montre dans toute sa nudité et sa vérité de pulsion, elle est d'une beauté... pure. D'autant que cette pureté d'émotion elle-même, Goétie Funeste ne la surjoue pas, ne la souligne pas, se contente avec une naturelle réserve toute française de la mettre en gestes, précis, dignes, comme un rituel ou un kata. Aussi imparable et impitoyable, qu'indubitablement humain, sans le moindre faux-semblant ; ce qui rapproche le disque - excusez par avance des références imposantes (de grandes références mais, que cela soit dit clairement si ce ne l'était pas déjà, la grandeur caractérise Goétie Funeste, en toute simplicité), même si cela commence à faire beaucoup de noms norvégiens (du coup, y avait aussi "Enslaved très épuré", je vous le mets quand même ?) pour parler d'un disque qui fait tout sauf soupirer après une nationalité qui n'est pas la sienne - de deux autres exemples typiques et mythiques de cette sensation d'être le loup en chasse sur la lande : Monumental Possession et Deep Drone Master ; on retrouve ici le même sentiment d'être environné, comme d'un manteau de brume, par une exaltante menace dont on est à la fois proie et partie, ainsi qu'on l'est d'un tout : la terre souple sous vos pieds nus, le grouillement de la vie se terrant au-dessous, la lueur des étoiles froides au-dessus, le vent dans vos os, le sang qui rugit dans vos veines...

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