lundi 26 mars 2018

GosT : Possessor

Que Possessor soit plus brutal que Non Paradisi, on s'en doutait gros comme une maison depuis la diffusion du premier extrait avec ses deux minutes - voire de son simple titre : "Garruth".
Il l'est, avec une brutale brutalité (comme dirait (du moins je le leur prête) Agoraphobic Nosebleed : à quoi bon utiliser une boîte à rythmes si c'est pour la programmer de manière qu'elle fasse des choses qu'un humain peut faire ?), et parvient à paraître débridé alors que Non Paradisi ne semblait déjà pas l’œuvre de quelqu'un qui contienne ses désirs. On avait beau l'avoir vu venir gros comme une maison, on avait oublié que c'est pas pareil que se la prendre pour de vrai dans la gueule, la maison.
Ce qu'on n'avait pas vu venir, en revanche, c'est qu'il serait à ce point plus wave - avec ses deux morceaux croonés comme un chef (il était initialement prévu de sous-traiter, paraît-il), l'un dans une veine chanteur goth de discothèque transfiguré par l'ecstasy, l'autre carrément taquinant son McCarthy (Doug), sur un morceau intitulé "Malum", ça s'invente pas... Entre autres ; parce qu'il titille son LFO, aussi ; le LFO auteur de "Freak", si vous me suivez. Acid-brutal-wave, donc ?
Ce qui ne rend absolument pas compte de la trempe qui est celle, à cœur, de Possessor. Lequel est un disque à chaque seconde d'une épouvantable efficacité bestiale - et pourtant tubesque à aucun moment. Parce que Possessor n'est pas un album de synth-wave, c'est plus évident que sur un Non Paradisi présentant de fortes ressemblances de surface avec de la house music, et sentant par ailleurs encore pas mal l'album de DJ (de très bon DJ, type Music for a Slaughtering Tribe, ou Attack Decay) : c'est un album de dark electro, et du temps où elle non plus n'était pas asservie à la tyrannie du hit dancefloor - n'allez pas me faire dire que Possessor n'est pas dancefloor : il est une épopée dont le théâtre des opérations est le dancefloor. Comme une sorte d'Underneath the Laughter à la fois plus riche, plus limpide, plus tranchant, plus aveuglant. Possessor est un album de dance music ; plus précisément, un de ces albums capables, diffusés in extenso, de vous maintenir vissé au dancefloor pendant toute leur durée, vous y baladant de moments où la carcasse s'agite mollement toute seule, la tête envolée dans la rêverie - en moments où la joie de la guerre vous prend et retient tout entier. C'est à ce point qu'il est brutal ; sans merci, et dans une extravagance débridée dont on ne connaît pas la pareille hors un certain Twisted Designz - rien moins.
Limite on en entonnerait un couplet réactionnaire sur l'air du "on a tellement pris le pli de se faire régulièrement ensevelir de nouvelles appellations, dans l'idée qu'il se fait toujours des innovations en musique, et que c'est bien (Saint Jean-Louis Murat, priez pour nous) - qu'on en oublie qu'il en existe déjà d'anciennes, pour certaines choses, et que lorsqu'aujourd'hui encore celles-ci sont aussi bien faites qu'avant, il n'est nul besoin de chercher d'autres appellations, que celles qui disent assez bien leur solidité inoxydable. Possessor est le meilleur et le plus flamboyant disque de pure dark-wave (non, ce n'est pas une variante de la synthwave) depuis un sacré bout de temps." : on aura deviné bien sûr que je comptai un temps conclure dessus... Mais ce ne serait pas rendre justice à la modernité du disque, assumée dès une pochette qui contrairement à celle d'un autre truc en -or, ne cherche pas le recours lâche à la nostalgie. Rabaissez la à du Justice si ça vous amuse, mais chez ces derniers la bestialité n'a jamais rien été d'autre que de la communication. S'il faut absolument le nom d'une alternative française à la french touch, au milieu des Psychopomps, In Slaughter Natives et autres yelworC qui sont les vrais pairs de GosT, que cela soit, encore et toujours, cet escogriffe et animal de Rebotini.
Si vous trouvez déjà la pochette vulgaire, n'allez pas plus loin : vous avez bon goût, toutes ma commisération vous accompagne. Sinon, entrez dans cet enfer satiné.

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