mardi 20 mars 2018

Hangman's Chair, Witchthroat Serpent, Mudbath ; 17/03/18, Akwaba, Châteauneuf de Gadagne

Mudbath : impossible de douter de la sincérité de l'enthousiasme passionné qu'ils mettent à ce qu'ils font, comme il en a toujours été, depuis leurs débuts entre EW et EHG, puis dans leur mue à partir de Corrado Zeller - aussi impossible que de comprendre où ils veulent en venir, ou plutôt tout simplement, me concernant, de quoi ils parlent dans leur inspiration actuelle. Respect.


Witchthroat Serpent : "Electric Wizard ? Bien sûr ! Pas vous ?" Voilà ce qui résumerait assez bien le doom de Witchthroat Serpent... mais cela ouvrirait la possibilité à des ambiguïtés qu'il serait criminel de laisser vivre. Explicitons donc lourdement : oui, Witchthroat Serpent a écouté le Wizard, oui sa musique leur a probablement donné des idées ; et ils les mettent en pratique, manifestant clairement apparaître, par le fait, que ces idées consistent à n'en faire, de ces mêmes ingrédients, mais alors radicalement PAS la même chose. Du tout. L'affaire de Witchthroat Serpent n'est pas de mater des films de boule satanistes écroulé dans son canapé avec Bobonne ou les copains, mais de se livrer aux rituels et à la magie.
J'ai dit depuis le début qu'on entendait chez le groupe les pas qui les amenaient depuis la forêt de Darvulia : cela se confirme donc en concert, où leur doom ressemble à du Darvulia transposé dans la langue d'un groupe... étrange, et cagneux à définir, à la musique de qui, ainsi exécutée, on a l'envie d’accoler les mots "jazz" et "sixties". Car mis à part deux derniers morceaux carrés et efficaces où l'on retrouve le souvenir qu'on a de Sang-Dragon, à savoir celui d'une sensibilité pop et chantable à la Electric Wizard... en plus raffiné/sophistiqué/polyneuronal - on n'aura rien reconnu de tout le concert, ni éprouvé un autre sentiment que celui d'être égaré, comme dans ladite forêt, entre ce chant mélodique et pourtant mystérieux, hermétique, lunaire, et cette rythmique patibulaire (le son de basse, en particulier, faites excuse !) et qui pourtant laisse avec la sensation de toujours se retrouver en équilibre précaire sur un pied, paraissant se décaler en permanence, avec discrétion, distinction - et une intention occulte de tous les instants.
Une expérience dont on sort un peu rincé, un peu hébété, mais avant tout surnaturellement empli de lumière et de bonheur, ce ne sont pas les collègues qui me contrediront.

Hangman's Chair : musique d'attente pendant les derniers réglages son, entre Drive et Terminator, rampes de lights raccord avec ces deux mêmes références : les premiers signes envoyés correspondent à peu près à ce qu'on s'attend vaguement à trouver, sur la tournée Banlieue Triste, mais... si l'on ne sait exactement où, on sait qu'il y a un tournant, où on les attend, une angoisse au creux du ventre, car voilà un concert s'il en est dont on attend gros, très gros, et dont partant on redoute dans sa chair d'être éventuellement déçu.
Le défi qui se pose à Hangman's Chair, on le comprend aux premières secondes du concert - et l'on comprend, en à peu près autant de temps, qu'il va être balayé avec flegme, et pas mal de plomb aussi - c'est faire passer la rampe d'un rendu live notablement plus cru à des morceaux subtilement mais luxueusement arrangés ; pas de problème, malgré des arrangements vocaux et synthétiques (toute la fourrure qui fait du dernier album un lointain parent de Bloody Kisses) disparus, les chansons restent des putain de très solides roustes - faut dire, aussi, la setlist s'attirerait presque le reproche de la facilité, tellement elle paraît sans pitié : "Naïve", "Sleep Juice", "04/09/16" (soit déjà, en enlevant la polémique "Negative Male Child", très exactement les morceaux que la machiavélique machine promotionnelle MusicFearSatan m'avait envoyés pour m'aguicher : que du tube sans merci aucune, certifié or et plomb massif), "Can't Talk", "Dripping Low", "The Saddest Call", "Flashback", "Touch the Razor" (ça fait peur, hein ?), j'en oublie peut-être une, et un final en forme d'exécution comme sur le disque avec l'apocalyptique beatdown de "Full Ashtray" ; mais pourtant, on se dit qu'on aurait pu en composer presque n'importe quelle autre, de sélection, avec des titres tirés au hasard de leurs albums, que ça aurait peu ou prou la même gueule : celle d'une implacable succession de roustes. Le petit père Chanut assure discrètement le minimum "dégaine post-punk" syndical, dans la discrétion et l'élégance (et une placidité sous laquelle on devine le probable homologue dictatorial d'Adrien Lederer), et de l'autre côté le petit père Hanvic révèle des parentés physiques insoupçonnées : Scott Kelly et Kirk Windstein ; vous l'aurez deviné, il suffirait presque à lui seul à rappeler la composante thug et dure-à-cuire du groupe - mais la musique ne l'a pas oubliée pour autant, oh non ; Monsieur T., cela est encore plus difficile à ignorer que sur disque, a une frappe de mule d'une classe telle qu'on entend rarement sa pareille ; quant à Cubi, les fragilités et fêlures (cela ne veut pas dire "fausses notes", dites le vous bien) que révèle la nudité de sa voix hors studio ne le rendent pas moins admirable, au contraire.
Une seule vraie surprise, en fin de compte, dans ce concert : que si peu de gens dans le public aient la bouche ouverte pour entonner à gorge déployée avec tout ce que le groupe fait d'hymnique et de colossalement pop - même en yaourt : personnellement, ce n'est pas une habitude, mais ce soir-là c'était une évidence ; vous ne chantez pas, vous, à un concert de Depeche Mode ?

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